‹ Œuvres choisies de Diderot;Chapitre 97 sur 153 · SCÈNE XXXI · texte numérisé non relu

SCÈNE XXXI

MONSIEUR HARDOUIN, MADAME BERTRAND MONSIEUR RENARDEAU, MADAME DE CHEPY.

MADAME DE CHEPY. — Puisquo mousicur donne ses audiences chez moi, aurait-il la bonté de m'y admettre, et de me dire s'il est bien satisfait de la manière dont il oblige ses amis?

MADAME BERTRAND. — Et trois; quaud nous serons à six, nous ferons une croix.

MONSIEUR* HARDOUIN. — Pas infiniment, madame; et cela n'encourage pas à bien faire ; mais venons au fait. De quoi M"** de Ghepy se plaint-elle? ^

MADAME DE CHEPY. — Elle sc plaint de ce que M. Hardouin lui permet de le compter au nombre de ses amis ; qu'elle arrive à Paris malade , et pour six semaines ; de ce qu'on daigne à peine une fois s'informer de sa santé, et qu'on choisit tout juste ce temps pour se renfermer

dans une campagne , et s'exténuer Tâme et le corps , à quoi faire ? peut-être un mécontent.

MONSIEUR HARDOuiN. — Peut-étre deux : un autre et moi.

MADAME DE CHEPT. — Ce u'est pas M. Hardouin qui me cherche, c'est M°*® de Chepy qui court après lui, à force d'émissaires; enfin, elle parvient à le déterrer. Elle est installée chez une femme charmante qui l'estime et qui l'aime. Elle désire lui témoigner sa sensibilité par toutes ses attentions, par une petite fête. Elle a recours à son ancien ami, M. Hardouin; et ce qu'il a fait pour vingt autres qui ne lui sont rien, qu'il connaît à peine, ou qu'il méprise peut-être , il le refuse à M™* de Chepy.

Monsieur, madame, qu'en pensez-vous?

MONSIEUR RENARDEAU. — Ce u'est que cela? Et s'il vous en coûtait dix mille francs, comme à moi ?

MADAME BERTRAND. — Et s'il VOUS cu coûtait l'houneur comme à moi?. Je les trouve plaisants tous deux, l'une avec sa pièce, l'autre avec ses dix mille francs? '

MONSIEUR HARDOUIN. — Fort bien, madame ; mais si la pièce était faite?

MADAME DE CHEPY. — Oui, si ; mais si elle ne l'est pas ? Et, quand elle le serait, si elle m'est inutile, à présent qu'il n'y a rien de prêt, et que tous mes acteurs sont en déroute?

MONSIEUR HARDOUIN. — Ce u'est pas ma faute.

MADAME DE CHEPY. — Et l'humeur enragée et la migraine que cela m'a données : c'est peut-être la mienne?

MONSIEUR HARDOUIN. — Je suis ué, je crois, pour ne rien faire de ce qui me convient, pour faire tout ce qui plaît aux autres, et pour ne contenter personne, non, personne, pas même moi.

MADAME BERTRAND. — C'cst qu'il uo s'agît pas de servir , mais de servir chacun à sa manière, sous peine de se tourmenter beaucoup pour n'engendrer que des ingrats.

MONSIEUR RENARDEAU. — C'cst bien dit.

MADAME DE CHEPY. — Ricu n'cst plus vrai.

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