LA FAUSSE PUDEUR
Pourquoi donc, matrones austères, Vous alarmer de mes accents ?
Vous, jeunes filles trop sévères, Pourquoi redoutez-vous mes chants?
Ai-je peint les enlèvements, Des passions les noirs ravages, Et ces impétueux orages Qui naissent aux cœurs des amants?
Je célèbre des jeux paisibles, Qu'en vain on semble mépriser, Les vrais biens des âmes sensibles , Les doux mystères du baiser.
Ma plume rapide et naïve Ecrit ce qu'on sent en aimant.
L'image n'est jamais lascive, Quand elle exprime un sentiment.
Mais, quelle rougeur imprévue!
Quoi ! vous blâmez ces doux loisirs,
LES BAISERS. *.c
Et n'osez reposer la vue
Sur le tableau de nos plaisirs !...
Profanes, que l'amour offense, Qu'effarouche la volupté, La pudeur a sa fausseté , Et le baiser son innocence.
Ah ! fuyez , fuyez loin de nous ; N'approchez point de ma maîtresse :
Dans ses bras quand Thaïs me presse , Et , par les transports les plus doux , Me communique son ivresse; Thaïs est plus chaste que vous.
Ce zèle, où votre coeur se livre, N'est que le masque du moment:
Ce que vous fuyez dans un livre, Vous le cherchez dans un amant.
XIIIe BAISER.