‹ uvres choisies de DoratChapitre 136 sur 142 · L'EXTASE · texte numérisé non relu

L'EXTASE

V ois, ma Thaïs, cette vigne amoureuse, Se marier à ce jeune arbrisseau;

Vois le lierre embrasser l'ormeau

De sa guirlande tortueuse.

Puissent tes bras voluptueux

Me serrer, m'enchaîner de même! !

Puisse -je, par autant de nœuds,

T'enlacer, te presser, te ceindre de mes feux , Me replier cent fois autour de ce que j'aime, Et puissions -nous enfin nous reposer tous deux

Dans l'extase du bien suprême, Et ce calme enflammé connu des vrais heureux !... Alors, ô ma Thaïs, ni les coupes riantes Oii la gaîté pétille en bachiques vapeurs, Ni la pompe des rangs , ni l'éclat des grandeurs , Ne me détacheroient de tes lèvres ardentes. Anéantis à force de sentir,

L'œil humide et chargé d'ivresse,

Arrivés à cette foiblesse,

Le dernier degré du plaisir...

La même barque au noir rivage Porteroit sans effort deux amants éperdus,

Et nous y serions descendus, Avant d'avoir soupçonné le passage.

XVe BAISER.

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