MANLIUS, PRISCUS, LICINIUS, RÉGULUS, AMILCAR
MANLIUS
Citoyen généreux , qui peut vous arrêter ?
RÉGULUS
Rome entre ses enfants ne doit plus me compter.
MANLIUS
Recouvrez tous vos droits, et prenez votre place.
RÉGULUS
J« n'en ai point ici.
MANLIUS
Rome vous a fait grâce.
RÉGULUS
Un esclave paroître et s'asseoir parmi vous !
MAN lius.
Le malheur d'un héros le rend sacré pour nous.
( Se retournant vers Amilcar. )
Mais je cède à vos vœux. Que souhaite Carthage ? Parlez; sur quel espoir cherchez- vous ce rivage?
lis REGULUS.
AMILCÀR.
Carthage, qui long-temps balança vos suc Par ma voix, sénateurs, vous propose la pai Et si vous refusez sa première demande, Elle souhaite au moins que le Tibre lui rende Nos illustres captifs, dans vos murs retenus : Les vôtres , à ce prix , vous seront tous rendus ; A ce prix, Régulus, qu'Amilcar vous ramène, Pour gage du traité, va voir tomber sa chaîne, Et peut, dès aujourd'hui, reprendre avec éclat Tous ses titres dans Rome, et son rang au sénat.
M ANLIUS.
Nous aimons Régulus : le destin qui l'opprime N'a pu changer nos" cœurs, qu'un même zèle anime; Et nous serons heureux , s'il est quelque moyen De rendre à la patrie un si noble soutien : Mais sur ses intérêts que lui-même il prononce, Rome dans son avis trouvera sa réponse; C'est elle qui le veut. Approchez, Régulus, Et réglez votre sort.
( Manlius s'assied. ) RÉGULUS, avec joie et plus de sérénité.
Je ne résiste plus.
AMILCAR, à Régulus.
De parler pour Carthage aujourd'hui tout vous presse, Et vous savez quel prix...
( Auailcar s'assied. )
TRAGÉDIE. u3
RÉGULUS, toujours debout.
Je tiendrai ma promesse.
( S'avançant au milieu du sénat. )
Puisque, malgré mes fers, ma défaite, et vos lois, Vous permettez qu'ici j'ose élever la voix, Je n'abuserai point de cet honneur insigne ; Et moins je Tespérois, plus mon cœur en est digne. Me laissant vos bontés , le sort ne m'ôte rien , Et l'esclave dans moi fait place au citoyen. Descendants de Rémus, peuple vainqueur et libre, Guerriers, législateurs, héros et dieux du Tibre, Vos ennemis enfin s'abaissent devant vous ; Mais ne laissez jamais fléchir votre courroux. Encore une victoire, et l'Afrique est soumise; Deux postes exceptés, la Sicile est conquise. Rome voit se former des soldats généreux, Nés sur le même sol, servant les mêmes dieux, Réunis par les lois, les mœurs et le langage: Eh,quepourroient contr'euxles soldats de Carthage, Mercenaires errants, dont le sang mendié Ne vaut pas même l'or de ceux qui Font payé ? Quedis-je? l'étranger, qu'aigrit leur injustice, Aux Africains déjà ne vend plus son service. Xantippe, ce héros, leur vengeur, leur appui, Dont j'ai pleuré la mort, quoique vaincu par lui, Xantippe, qu'opprima leur perfide inconstance, Apprend à l'univers ce qu'il faut qu'il en pense, Détourne les secours qu'on osoit leur porter,
n4 RËGULUS,
Et décourage ceux qui pourroient l'imiter. Triomphants aujourd'hui, vous allez l'être encore : Est-il temps de traiter alors qu'on vous implore ? Enfin que craignez- vous de ce peuple affoibli ? Une fois 9 il est vrai , les destins m'ont trahi : Mais soudain notre Rome, en guerriers si fertile, Pour effacer ma honte, arme un bras plus utile: Métellus a paru; nos vainqueurs ont tremblé, Et leur sang odieux à grands flots a coulé. Combien de fois, 6 ciel ! j'ai joui de leurs craintes ! L'écho de leurs rochers me renvoyoit leurs plaintes. De la contagion le souffle dévorant Les ensevelissoit sous leur sable brûlant; Et les cris de Carthage, à la douleur en proie, Au fond de mon cachot venoient porter la joie. J'y rentre sans regret, pourvu que par vos mains Ruisselle jusqu'à moi le sang des Africains. Que je hais leur demande et leur infâme adresse! Ils ont cru dans mon cœur surprendre une foiblesse , Et par un vil appât s'assurer de ma foi : Mais ils me connoîtront, mais Rome est tout pour moi; Mais je voue à Carthage une haine immortelle, Et ne viens parmi vous que pour m'armer contr'elle.
l ici ni us.
Vous !