‹ uvres choisies de DoratChapitre 42 sur 142 · DOR11YE · texte numérisé non relu

DOR11YE

De vos ressentiments ce dépit est le reste.

MÉLISE.

Tu dis que mon billet n'a point paru l'aigrir ?

r<)o LA FEINTE PAR AMOUR,

DORINE

Non ; tranquillisez-vous.

MÉLISE.

Je n'en puis revenir.

Mais moi, Dorine, aussi j'ai fait une imprudence; Que prétendois-je enfin?

DORINE

Punir son impudence.

MÉLISE.

Dis sa discrétion , c'est le mot : en effet ,

Tu le sais comme moi, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait

Qui lui pût attirer cette rigueur extrême?

DORINE

Comment, un insolent qui ne dit pas qu'il aime!

MÉLISE.

Qu'il aime ! il faut savoir s'il aime : le sais-tu ?

DORINE

Eh ! mais , rien n'est plus clair.

MÉLISE.

Moi , je n'en ai rien vu.

DORINE

Moi, je vous garantis qu'il brûle au fond de l'ame.

MÉLISE.

Eh ! que ne parle-t-il ?

DORINE

Mais il craint pour sa flamme.

MÉLISE.

Oh! il a bien raison... mais il faut s'expliquer.

DORINE

N'ayez pas seulement l'air de le remarquer.

MÉLISE.

Bon!

DORIII.

Laissons ce sujet; car il vous indispose.

MÉLISE.

Moi ! non : autant parler de lui que d'autre chose. Tu peux continuer.

DORINE

Parlons-en donc... eh bien, Puisque vous le voulez, qu'en dirons-nous?

MELISE.

Oh! rien.

DORINE

Pourquoi donc cette humeur et cette impatience ? Si vous l'aimiez encor ?

MÉLISE.

Tais-toi.

( Elles se taisent pendant un moment. ) DORINE.

Le beau silence !

Tu n'as point remarqué le portrait qu'il tenoit ? Tu n'as point distingué?...

DORIJNTE.

Non, il l'examinoit D'un œil très-satisfait.

j92 LA FEINTE PAR AMOUR,

MÉLISE, à part.

(haut.) Je souffre le martyre;

Tu n'as rien entendu de ce qu'il a pu dire?

DORINE

Il avoit l'air content... c'est tout ce que je sai.

MELISE, avec la plus grande vivacité.

Je ne demande pas s'il étoit triste ou gai; Répondez juste au moins.

DORINE

Je quitte la partie.

Mais j'aperçois Germain.

MÉLISE.

Demeurez, je vous prie.

Qu'il approche.

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