DOR11YE
De vos ressentiments ce dépit est le reste.
MÉLISE.
Tu dis que mon billet n'a point paru l'aigrir ?
r<)o LA FEINTE PAR AMOUR,
DORINE
Non ; tranquillisez-vous.
MÉLISE.
Je n'en puis revenir.
Mais moi, Dorine, aussi j'ai fait une imprudence; Que prétendois-je enfin?
DORINE
Punir son impudence.
MÉLISE.
Dis sa discrétion , c'est le mot : en effet ,
Tu le sais comme moi, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait
Qui lui pût attirer cette rigueur extrême?
DORINE
Comment, un insolent qui ne dit pas qu'il aime!
MÉLISE.
Qu'il aime ! il faut savoir s'il aime : le sais-tu ?
DORINE
Eh ! mais , rien n'est plus clair.
MÉLISE.
Moi , je n'en ai rien vu.
DORINE
Moi, je vous garantis qu'il brûle au fond de l'ame.
MÉLISE.
Eh ! que ne parle-t-il ?
DORINE
Mais il craint pour sa flamme.
MÉLISE.
Oh! il a bien raison... mais il faut s'expliquer.
DORINE
N'ayez pas seulement l'air de le remarquer.
MÉLISE.
Bon!
DORIII.
Laissons ce sujet; car il vous indispose.
MÉLISE.
Moi ! non : autant parler de lui que d'autre chose. Tu peux continuer.
DORINE
Parlons-en donc... eh bien, Puisque vous le voulez, qu'en dirons-nous?
MELISE.
Oh! rien.
DORINE
Pourquoi donc cette humeur et cette impatience ? Si vous l'aimiez encor ?
MÉLISE.
Tais-toi.
( Elles se taisent pendant un moment. ) DORINE.
Le beau silence !
Tu n'as point remarqué le portrait qu'il tenoit ? Tu n'as point distingué?...
DORIJNTE.
Non, il l'examinoit D'un œil très-satisfait.
j92 LA FEINTE PAR AMOUR,
MÉLISE, à part.
(haut.) Je souffre le martyre;
Tu n'as rien entendu de ce qu'il a pu dire?
DORINE
Il avoit l'air content... c'est tout ce que je sai.
MELISE, avec la plus grande vivacité.
Je ne demande pas s'il étoit triste ou gai; Répondez juste au moins.
DORINE
Je quitte la partie.
Mais j'aperçois Germain.
MÉLISE.
Demeurez, je vous prie.
Qu'il approche.