‹ uvres choisies de DoratChapitre 49 sur 142 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

LISIMON, MÉLISE, DORINE.

LISIMON.

Eh bien , qu'est-ce ? un air mélancolique ? Moi, je veux qu'on me parle et qu'on se communique. Çà, raisonnons un peu. J'avois jugé trop tôt: Damis, je le vois bien, n'est pas ce qu'il vous faut. Il a je ne sais quoi qui d'abord intéresse ; Mais sa conduite sourde annonce trop d'adresse. Trop de flegme, à la longue, est à périr d'ennui, Et je crois que vraiment je me gâte avec lui.

DORINE

Vivat ! enfin, monsieur redevient raisonnable! Damis a des moments, mais il n'est point aimable. Il aime avec méthode , il brûle sensément ; La mode en peut venir, et rien n'est moins plaisant.

MÉLISE.

A ravir! comment donc?... Allez, mademoiselle, Sachez une autre fois mesurer votre zèle; Renfermez avec soin ces transports indiscrets, Et supprimez surtout le talent des portraits.

DORINE

Madame, une autre fois je serai moins sincère, Et je saurai...

MÉLISE.

Sachez m'obéir et vous taire.

LISIMON.

Sans doute, elle outre un peu ; mais je crois qu'en effet Damis est trop contraint, et n'est point votre fait.

Y songez-vous ? Laissez, laissez aller les choses. Je ne comprends plus rien à vos métamorphoses.

LISIMON.

Oh ! je veux vous venger d'un insolent refus.

MÉLISE.

Je vous dispense, moi, de ces soins superflus.

LISIMON.

Mon amitié pour lui, dans cette circonstance, Lui vaut de votre part un reste d'indulgence : Mais je vois clairement que vous le détestez, Et je ne prétends pas forcer les volontés. Rejeter un hymen pour lui trop honorable...

MÉLISE.

( à part. )

Yous me persécutez. Il est insupportable !

LISIMOJV.

Assuiément il l'est, et j'en suis révolté. J'admire, en pareil cas, votre sécurité; Je suis d'une fureur !... C'est que cette aventure Peut prendre dans le monde une sotte tournure. Je vois loin.

M ÉLISE

Oui, très-loin.

LISIMOIN.

Et puis d'ailleurs j'ai su Que là-bas... à la cour, il est très-peu connu.

MÉL1SE

Quoi ! cela vous reprend ?

LISIMON.

L'obscurité me blesse.

Tout bien considéré, se borner est foiblesse. Quand on a votre esprit, vos grâces, votre goût, Il faut prendre un mari fait pour aller à tout. J'ai des projets... je veux... l'affaire m'intéresse; Et, pour bien des raisons, je dois venger ma nièce, En ce jour, à l'instant: oui, j'y cours de ce pas... Vous m'arrêtez en vain, je n'en démordrai pas. Je n'ai point comme vous une tête légère, Qui veut et ne veut plus; il faut du caractère.

(Il sort.)

Page 1