‹ uvres choisies de Jean RacineChapitre 10 sur 132 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ATALIDE, ZAÏRE

ATALIDE

Zaïre, il est donc vrai, sa grâce est prononcée'?

ZAÏRE

Je vous l'ai dit, Madame, une esc ave empressée, Gtùi courait de Roxane accomplir le désir, Aux portes du sérail a reçu le visir.

Ils ne m'ont point parlé. Mais, mieux qu'aucun langage, Le transport du visir marquait sur son visage GLu'un heureux changement le rappelle au palais, Et qu'il y vient signer une éternelle paix. Roxane a pris sans doute une plus douce voie.

ATALIDE

Ainsi de toutes parts les plaisirs et la joie M'abandonnent, Zaïre, et marchent sur leurs pas. J'ai fait ce que j'ai dû, je ne m'en repens pas.

ZAÏRE

Quoi, Madame ! Quelle est cette nouvelle alarme 7

ATALIDE

Et ne t'a-t-on point dit, Zaïre, par quel charme, Ou, pour mieux dire enfin, par quel engagement

Bajazet a pu faire un si prompt changement % Roxane en sa fureur paraissait inflexible ; A-t-elle de son cœur quelque gage infaillible 1 Parle. L'épouse-t-il 1

ZAÏRE

Je n'en ai rien appris.

Mais enfin s'il n'a pu se sauver qu'à ce prix, S'il fait ce que vous-même avez su lui prescrire, S'il l'épouse, en un mot

ATALIDE

S'il l'épouse, Zaïre*?

ZAÏRE

Gluoi ! vous repentez- vous des généreux discours Que vous dictait le soin de conserver ses jours %

ATALIDE

Non, non, il ne fera que ce qu'il a dû faire. Sentimens trop jaloux, c'est à vous de vous taire: Si Bajazet l'épouse, il suit mes volontés, Respectez ma vertu qui vous a surmontés. A ses nobles conseils ne mêlez point le vôtre ; Et, loin de me le peindre entre les bras d'une autre, Laissez-moi, sans regret, me le représenter Au trône où mon amour l'a- forcé de monter. Oui, je me reconnais, je suis toujours la même. Je voulais qu'il m'aimât, chère Zaïre, il m'aime. Et du moins cet espoir me console aujourd'hui, Gtue je vais mourir digne et contente de lui.

ZAÏRE

Mourir î Gluoi, vous auriez un dessein si funeste?

ATALIDE

J'ai cédé mon amant ; tu t'étonnes du reste.

Peux -tu compter, Zaïre, au nombre des malheurs Une mort qui prévient et finit "tant de pleurs'? Glu'il vive, c'est assez. Je l'ai voulu, sans doute, Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte Je n'examine point ma joie ou mon ennui. J'aime assez mon amant pour renoncer à lui. Mais, hélas ! il peut bien penser avec justice due, si j'ai pu lui faire un si grand sacrifice, Ce cœur qui de ses jours prend ce funeste soin, L'aime trop pour vouloir en être le témoin. Allons, je veux savoir

ZAÏRE

Modérez-vous, de grâce j On vient vous informer de tout ce qui se passe. C'est le visir.

Page 1