‹ uvres choisies de Jean RacineChapitre 34 sur 132 · SCÈNE DERNIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE DERNIÈRE

ATALIDE, ZAÏRE

Enfin, c'en est donc fait. Et par mes artifices, Mes injustes soupçons, mes funestes caprices, Je suis donc arrivée au douloureux moment Où je vois, par mon crime, expirer mon amant. N'était-ce pas assez, cruelle destinée, GLu'à lui survivre, hclas, je fusse condamnée !

84 EAJAZET, TRAGÉDIE.

Et falî ait-il encor que, pour comble d'horreurs, Je ne pusse imputer sa mort qu'à mes fureurs ! Oui, c'est moi, cher amant, qui t'arrache la vie ; Pwoxane ou le sultan ne te l'ont point ravie. Moi seule j'ai tissu le lien malheureux Dont tu viens d'éprouver les détestables nœuds. Et je puis, sans mourir, en souffrir la pensée 1 Moi qui n'ai pu tantôt, de ta mort menacée, Retenir mes esprits, prompts à m'abandonner ! Ah, n'ai-je eu de l'amour que pour t'assassiner ! Mais c'en est trop. Il faut, par un prompt sacrifice, due ma fidèle main te venge, et me punisse. Vous, de qui j'ai troublé la gloire et le repos, Héros, qui deviez tous revivre en ce héros; Toi, mère malheureuse, et qui, dès notre enfance, Me confias son cœur dans une autre espérance ; Infortuné visir, amis désespérés, Roxane, venez tous, contre moi conjurés, Tourmenter à la fois une amante éperdue;

{Elle se tue.) Et prenez la vengeance enfin qui vous est due.

ZAÏRE

Ah, Madame !... Elle expire. OCiel ! En ce malheur, due ne puis-je avec elle expirer de douleur !

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