‹ uvres choisies de Jean RacineChapitre 77 sur 132 · AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE

Out, Seigneur, nous partions ; et mon juste courroux Laissait bientôt Achille et le camp loin de nous. Ma fille dans Argos courait pleurer sa honte : Mais, lui-même étonné d'une fuite si prompte, Par combien de sermens, dont je n'ai pu douter, Vient-il de me convaincre et de nous arrêter ! Il presse cet hymen, qu'on prétend qu'il diffère, Et vous cherche, brûlant d'amour et de colère. Prêt d'imposer silence à ce bruit imposteur, Achille en veut connaître et confondre l'auteur. Bannissez ces soupçons qui troublent notre joie.

AGAMEMNON

Madame, c'est assez. Je consens qu'on le croie. Je reconnais l'erreur qui nous avait séduits, Et ressens votre joie autant que je le puis. Vous voulez que Cale h as l'unisse à ma famille, Vous pouvez à l'autel envoyer votre fille ; Je l'attends. Mais, avant que de passer plus loin, J'ai voulu vous parler un moment sans témoin. Vous voyez en quels lieux vous l'avez amenée. Tout y ressent la guerre, et non point Fhyménée.

TRAGÉDTB» 211

Le tumulte d'un camp, soldats et matelots,

Un autel hérissé de dards, de javelots.

Tout ce spectacle enfin, pompe digne d'Achille,

Pour attirer vos yeux n'est point assez tranquille;

Et les Grecs y verraient l'épouse de leur roi

Dans un état indigne et de vous et de moi.

M'en croirez-vous 1 Laissez, de vos femmes suivie,

A cet hymen, sans vous, marcher Iphigénie.

GLui, moi'? due, remettant ma fille en d'autres bras,

Ce que j'ai commencé, je ne l'achève pas?

du'après l'avoir d'Argos amenée en Aulide,

Je refuse à l'autel de lui servir de guide 1

Dois-je donc de Calchas être moins près que vous ï

Et qui présentera ma fille à son époux t

GLuelle autre ordonnera cette pompe sacrée 1

AGAMEMNON

Vous n'êtes point ici dans le palais d'Atrée : Vous êtes dans un camp....

CLYTEMNESTRE

Où tout vous est soumis ; Où le sort de l'Asie en vos mains est remis ; Où je vois sous vos lois marcher la Grèce entière; Où le fils de Thétis va m'appeler sa mère. Dans quel palais superbe et plein de ma grandeur, Puis-je jamais paraître avec plus de splendeur'?

AGAMEMNON

Madame, au nom des dieux auteurs de noire race, Daignez à mon amour accorder cette grâce. J'ai mes raisons.

BPHIGEME,

CI/ÏTEMNESTRE.

Seigneur, au nom des mêmes dieux, D'un spectacle si doux ne privez point mes yeux. Daignez ne point ici rougir de ma présence.

AGAMEMNON

J'avais plus espéré de votre complaisance : Mais, puisque la raison ne vous peut émouvoir, Puisqu'enfin ma prière a si peu de pouvoir, Vous avez entendu ce que je vous demande, Madame. Je le veux, et je vous le commande. Obéissez.

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