‹ uvres choisies de Jean RacineChapitre 8 sur 132 · BAJAZET, ACOMAT · texte numérisé non relu

BAJAZET, ACOMAT

ACOMAT

Seigneur, qu'ai-je entendu 7 Quelle surprise extrême ! Glu'allez-vous devenir 7 due deviens-je moi-même 1 D'où naît ce changement 1 Ctui dois-je en accuser 7 O Ciel !

Il ne faut point ici vous abuser.

Roxane est offensée, et court à la vengeance Un obstacle éternel rompt notre intelligence. Visir, songez à vous, je vous en averti ; Et, sans compter sur moi, prenez votre parti.

ACOMAT

auoiî

Vous et vos amis, cherchez quelque retraite. Je sais dans quels périls mon amitié vous jette ; Et j'espérais un jour vous mieux récompenser. Mais c'en est fait, vous dis-je, il n'y faut plus penser.

ACOMAT

Et quel est donc, Seigneur, cet obstacle invincible 1 Tantôt dans le sérail j'ai laissé tout paisible. Gtuelle fureur saisit votre esprit et le sien ?

Elle veut, Acomat, que je l'épouse.

ACOMAT

Eh bien!

L'usage des sultans à ses vœux est contraire ; Mais cet usage, enfin, est-ce une loi sévère Qu'aux dépens de vos jours vous deviez observer ! La plus sainte des lois, ah, c'est de vous sauver ! Et d'arracher, Seigneur, d'une mort manifeste, Le sang des Ottomans, dont vous faites le reste.

Ce reste malheureux serait trop acheté, S'il faut le conserver par une lâcheté.

ACOMAT

Et pourquoi vous en faire une image si noire 1 L'hymen de Soliman ternit-il sa mémoire 1 Cependant Soliman n'était point menacé Des périls évidens dont vous êtes pressé.

Et ce sont ces périls, et ce soin de ma vie, Clui d'un servile hymen feraient l'ignominie. Soliman n'avait point ce prétexte odieux. Son esclave trouva grâce devant ses yeux ; Et, sans subir le joug d'un hymen nécessaire, Il lui fit de son cœur un présent volontaire.

ACOMAT

Mais vous aimez Roxane.

Acomat, c'est assez ; Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez. La mort n'est point pour moi le comble des disgrâces : J'osai, tout jeune encor, la chercher sur vos traces; Et l'indigne prison où je suis renfermé

A la voir de plus près m'a même accoutumé.

Amurat à mes yeux l'a vingt fois présentée.

Elle finit le cours d'une vie agitée.

Hélas ! si je la quitte avec quelque regret...

Pardonnez, Acomat, je plains avec sujet

.Des cœurs dont les bontés, trop mal récompensées, *

M'avaient pris pour objet de toutes leurs pensées.

ACOMAT

Ah ! si nous périssons, n'en accusez que vous,

Seigneur. Dites un mot, et vous nous sauvez tous.

Tout ce qui reste ici de braves janissaires,

De la religion les saints dépositaires,

Du peuple bysantin ceux qui, plus respectés,

Par leur exemple seul règlent ses volontés,

Sont prêts de vous conduire à la porte sacrée,

D'où les nouveaux sultans font leur première entrée.

Eh bien, brave Acomat, si je leur suis si cher, due des mains de Roxane ils viennent m'arracher ; Du sérail, s'il le faut, venez forcer la porte. Entrez accompagné de leur vaillante escorte. J'aime mieux en sortir sanglant, couvert de coups, due chargé, malgré moi, du nom de son époux. Peut-être je saurai, dans ce désordre extrême, Par un beau désespoir me secourir moi-même ; Attendre, en combattant, l'effet de votre foi, Et vous donner le temps de venir jusqu'à moi.

ACOMAT

Eh, pourrai-je empêcher, malgré ma diligence, due Roxane, d'un coup, n'assure sa vengeance 3

Alors qu'aura servi ce zèle impétueux, Gtu'à charger vos amis d'un crime infructueux 1 Promettez. Affranchi du péril qui vous presse, , Vous verrez de quel poids sera votre promesse.

Moi!

ACOMAT

Ne rougissez point. Le sang des Ottomans Ne doit point en esclave obéir aux sermens. Consultez ces héros, que le droit de la guerre Mena victorieux jusqu'au bout de la terre. Libres dans leur victoire, et maîtres de leur foi, L'intérêt de l'état fut leur unique loi ; Et d'un trône si saint la moitié n'est fondée due sur la foi promise et rarement gardée.... Je m'emporte, Seigneur.

Oui, je sais, Acomat, Jusqu'où les a portés l'intérêt de l'état. Mais ces mêmes héros, prodigues de leur vie, Ne la rachetaient point par une perfidie.

ACOMAT

O courage inflexible ! O trop constante foi, due, même en périssant, j'admire malgré moi ! Faut-il qu'en un moment un scrupule timide Perde... Mais quel bonheur nous envoie Atalide?

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