‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 156 sur 177 · LA SOCIÉTÉ DÉLICIEUSE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ DÉLICIEUSE

Heureux qui , vers le soir, tranquille et sans affiiire ,

Rassemble une société Que Minerve eût choisie, et quelle-même éclaire;

Où , Icnn du profene vulgaire ,

L'ame sepandie en liberté;

Où la sagesse ait Fart de plaire;

Où la grandeur soit sans fierté,

La franchise sans dureté.

L'indulgence sans flatterie ,

Les Grâces sans coquetterie,

Le bon aîr sans fatuité.

Le savoir sans pédanterie,

L'enjonifient sans boufibonerie.

Le bel esprit sans vanité.

Et la verm sans pruderie !

Sur ce que M. de Voltaire y bienfaiteur de mesdemoiselles Corneille et de Varioourti les a mariées toutes deux après les avoir célébrées dans ses vers,

Apollon n a jamais doté Les belles que chantoit sa lyre.

Jamais^ deux fois, il na fêté Le dieu d'hymen en son empire ; Et même il est, s'il faut le dire, De gueuserie un peu noté.

On sait trop que le vieil Homère,

De Plutus, hélas! rebuté,

Sous les haillons de la misère

Couroit à l'immortalité;

Que les Muses, portant besace,

Compagnes de sa pauvreté,

Âlloient quêtant de place en place.

Quoi! l'Olympe, auteur de leur race, Put souffrir cette indignité !

D'époux même elles n'ont tàté.

Faute dor, que rien ne remplace; Puis ont &it vœu de chasteté :

Ce fiit leur dernière disgrâce !

Enfin Pactole si vanté De Permesse est devenu frère. L'union commence à Voltaire ; Et ce poète bien rente . Fait ce qu'Apollon n^a pu faire :

Il chante et dote la beauté.

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