MADAME EMILE DE GIRARDIN
La mort vient de fermer les plus beaux yeux du monde. Nous ne les verrons plus qu'en saluant les cieux. Oui, c'est aux cieux déjà que leur grâce profonde Comme un aimant d'espoir semble attirer nos yeux.
Albert Durr l'avait vue à l'étude penchée, Au monde intérieur où lui seul pénétrait, Quand sa mélancolie éternelle et cachée Dans un ange rêveur la peignit trait pour trait.
Son enfance éclata par un cri de victoire. Lisant à livre ouvert où d'autres épelaient, Elle chantait sa mère1, elle appelait la gloire, Elle enivrait la foule... et les femmes tremblaient.
Et, charmante, elle aima comme elle était : sans feinte; Loyale avec la haine autant qu'avec l'amour. Dans ses chants indignés, dans sa furtive plainte, Comme un luth enflammé son cœur vibrait à jour!
Elle aussi, l'adorable! a gémi d'être née.
Dans l'absence d'un cœur toujours lent à venir.
i. Sophie Gay, qui fut elle-même une femme de beaucoup d'esprit et de beauté.
Lorsque tous la suivaient pensive et couronnée. Ce cœur, elle eût donné ses jours pour l'obtenir.
Oh! l'amour dans l'hymen1! Oh! rêve de la femme! O pleurs mal essuyés, visibles dans ses vers! Tout ce qu'elle taisait à l'àme de son âme, Doux pleurs, allez-vous-en l'apprendre à l'univers!
Elle meurt presque reine, hélas! et presque heureuse, Colombe aux plumes d'or, femme aux tendres douleurs; Elle meurt tout à coup d'elle-même peureuse. Et, douce, elle s'enferme au linceul de ses fleurs.
O beauté! souveraine à travers tous les voiles! Tant que les noms aimés retourneront aux cieux, Nous chercherons Delphine à travers les étoiles, Et son doux nom de sœur humectera nos yeux.
1. Son mariage avec Emile de Girardin fut une alliance brillante de leurs deux gloires; mais le célèbre journaliste ne s'employa que le moins possible à en faire une heureuse fusion de leurs cœurs et de leurs talents.