‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 103 sur 145 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

Nous n'avons plus d'argent pour enterrer nos morts. Le prêtre est là, marquant le prix des funérailles; Et les corps étendus, troués par les mitrailles, Attendent un linceul, une croix, un remords.

Le meurtre se fait roi. Le vainqueur siffle et passe. Où va-t-il? Au Trésor, toucher le prix du sang. Il en a bien versé! mais sa main n'est pas lasse : Elle a, sans le combattre, égorgé le passant.

Dieu Ta vu. Dieu cueillait comme des fleurs froissées Les femmes, les enfants, qui s'envolaient aux cieux. Les hommes... les voilà dans le sang jusqu'aux yeux. L'air n'a pu balayer tant d'âmes courroucées1.

Elles ne veulent pas quitter leurs membres morts. Le prêtre est là, marquant le prix des funérailles ; Et les corps étendus, troués par les mitrailles, Attendent un linceul, une croix, un remords.

i. Ce vers rappelle celui de d'Aubigné exprimant les massacres de la Saint-Barthélémy et cette buée de sang qui s"exhale des carnages :

A l'heure que le ciel fume de sang et d âmes.

L'un et Tautre vers, qui se rencontrent dans une même image, sont tout simplement sublimes. (Sainte-Beuve.)

Les vivants n'osent plus se hasarder à vivre. Sentinelle soldée, au milieu du chemin, La mort est un soldat qui vise et qui délivre Le témoin révolté qui parlerait, demain...

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