TRISTESSE
Au docteur Veyne.
Si je pouvais trouver un éternel sourire, Voile innocent d'un cœur qui s'ouvre et se déchire, Je retendrais toujours sur mes pleurs mal cachés Et qui tombent souvent par leur poids épanchés'.
Renfermée à jamais dans mon âme abattue,
Je dirais : « Ce n'est rien, » à tout ce qui me tue;
Et mon front orageux, sans nuage et sans pli,
Du calme enfant qui dort peindrait l'heureux oubli.
Dieu n'a pas fait pour nous ce mensonge adorable, Le sourire défaille à la plaie incurable : Cette grâce mêlée à la coupe de fiel, Dieu mourant l'épuisa pour l'emporter au ciel- Adieu, sourire! adieu jusque dans l'autre vie, Si l'âme du passé n'y peut être suivie! Mais si de la mémoire on ne doit pas guérir, A quoi sert, ô mon âme, à quoi sert de mourir?
i. « Il est des larmes, a dit un autre écrivain sensible comme elle, que la Muse avoue et qu'on regretterait de ne pas voir couler. Enchâssées dans la forme du vers, elles se cristallisent en gouttes de poésie et de lumière. Heureux les poètes qui laissent tomber de telles larmes! »