La forme de ce vers n'est pas très heureuse
Pour te rendre suave et pur comme les fleurs;
Ou dans les roseaux verts je t'emportais pensive,
Pour t'abreuver du bruit de quelque source vive,
Qui, m'ouvrant son cristal comme à l'oiseau plongeur,
Sur notre double fièvre épanchait sa fraîcheur.
Souviens-toi que souvent, seuls au fond d'une église,
Nous regardions longtemps les anges aux fronts blancs,
Que je t'y promenais invisible, à pas lents,
Modelant leurs beaux traits sur ta forme indécise.
J'ai bien fait! nul enfant n'a rapporté des cieux
Tant de ciel inondant sa profonde paupière,
Et l'on n'a vu jamais d'un front si gracieux
Jaillir tant de rayons de vie et de lumière.
Qu'un si petit visage enferme de portraits!
De tout ce que j'aimai tu m'offres quelques traits :
Que d'anges envolés sans pouvoir les décrire,
Dans ton sourire errant reviennent me sourire1 !
Et je l'avais prédit, quand je sentais ton cœur
Eclore et battre faible à mon flanc créateur;
Quand mes heures veillaient autour de ta défense,
Dans mon humble abandon qui m'eût fait une offense?
Tout, c'était toi! Mes yeux enfermés sous ma main
N'ont appelé personne en ce monde inhumain,
Personne! pour calmer, pour soutenir ma tête
Et dérober mon fruit au vent de la tempête.
Oh! mais, lorsqu'en ton nom je regardais les cieux,
Ton sourire passait dans les pleurs de mes yeux :
Dieu se montrait au loin sous cette ondée amère,
Dieu dans ma pauvreté me laissait être mère,
Et j'envoyais à Dieu mes baisers ou mes cris,
Les doux cris d'une femme à qui Dieu donne un fils.
« T'is very strange, my little dove, That ail I ever loved, or love, In wondrous visions still I trace While gazing ou thy guiltless face. »
(Robert Burns, édit. Lemerre.)
Ton berceau, vide encor, peuplait ma solitude; Un ange respirait par moi sa nuit, son jour ; Je couvais son destin, j'en étais le séjour!... On ne meurt pas d'orgueil et de sollicitude!
Aussi j'ai cru tomber faible sur mes genoux Quand on me leva seule et comme trop légère, Cherchant le poids aimé d'une tête si chère; Car, si près que tu sois, l'air circule entre nous.
Des femmes me l'ont dit : oui! la femme étonnée, Quitte d'un doux fardeau, vacille consternée. Nous n'osons pas le dire et nous pleurons tout bas. Que de larmes l'enfant coûte à la mère, hélas! D'hier nous sommes deux! Le souffle de ta bouche Se mêle à chaque souffle étranger qui te touche, Et je pleure et... Pardon, mon jeune bien venu, Au monde pour moi seule et du monde inconnu!
Adieu! je ne suis plus l'heureuse chrysalide Où l'âme de mon âme a palpité neuf mois ; Mais à ta frêle fleur si j'ai servi d'égide, Homme, un jour, reviens-y t'appuyer quelquefois.
Je suis ta mère : un nœud nous a tenus ensemble; C'est l'aimant divisé que l'aimant cherchera; La terre ne rompt pas ce que le ciel assemble : Dans la vie, hors la vie, il nous réunira!
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