‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 63 sur 145 · MA FILLE · texte numérisé non relu

MA FILLE

Ondine ! enfant joyeux qui bondis sur la terre, Mobile comme l'eau qui t'a donné son nom, Es-tu d'un séraphin le miroir solitaire? Sous ta grâce mortelle orne-t-il ma maison?

Quand je t'y vois glisser dansante et gracieuse,

Je sens flotter mon àme errante autour de toi,

Je me regarde vivre, ombre silencieuse!

Mes jours purs, sous tes traits, repassent devant moi!

Car toujours ramenés vers nos jeunes annales, Nous retrempons nos yeux dans leurs fraîches couleurs ; Midi n'a plus le goût des heures matinales Où l'on a respiré tant de sauvages fleurs!

Le champ, le plus beau champ que renfermât la terre

Furent les blés bordant la maison de mon père,

Où je dansais, volage, en poursuivant du cœur

Un rêve qui criait : « Bonheur! bonheur! bonheur! »

C'est toi! Mes yeux blessés par le temps et les larmes, Redevenus miroirs, se rallument d'amour!

N'es-tu pas tout ce monde infini, plein de charmes, Que j'encerclais d'espoir, en essayant le jour?

Viens donc, ma vie enfant ! et si tu la prolonges, Ondine! aux mêmes flots ne l'abandonne pas. Que les ruisseaux, les bois, les fleurs où tu te plonges, Gardent leur fraîche amorce au penchant de tes pas!

Il6 MADAME DESBORDES- VA L M 0 RE

Viens ! mon âme sur toi pleure et se désaltère. M a fille, ils m'ont fait mal!... Mets tes mains sur mes yeux. Montre-moi l'espérance et cache-moi la terre; Ange! retiens mon vol, ou suis-moi dans les deux...

Garde en ton cœur l'écho de ma voix maternelle : Dieu qui t'écoute encore ainsi m'écoutera. O ma blanche colombe! entr'ouvre-moi ton aile; Mon cœur a fait le tien, il s'y renfermera ; Car ce serait affreux et pitié de t'apprendre, Quand tu baises mes pleurs, ce qui les fait couler : Va les porter à Dieu, sans chercher à comprendre Ce qu'une larme pèse et coûte à révéler!...

Que tes cheveux sont doux! étends-les sur mes larmes, Comme un voile doré sur un noir souvenir. Embrassons-nous!... Sais-tu qu'ilreste biendes charmes A ce monde pour moi plein de ton avenir? Et le monde est en nous : demeure avec toi-même! L'oiseau pour ses concerts goûte un sauvage lieu. L'innocence a partout un confident qui l'aime"; Oh! ne livre ta voix qu'à cet écho : c'est Dieu!

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