MA FILLE INÈS
LA JEUNE FILLE
Ma mère, entendez-vous, quand la lune est levée. L'oiseau qui la salue en veillant sa couvée? Ne fait-il pas rêver les arbres endormis? Pourquoi chante-t-il seul! Il n'a donc pas d'amis?
LA MERE
Il en a! Des bannis il soulage la route; Dans tous ces nids couchés on le bénit sans doute. Il parle à quelque mère humble et pareille à moi, A quelque enfant sauvage et charmant comme toi.
LA JEUNE FILLE
Que je l'aime! Avec nous que je voudrais le prendre! Tout ce qu'il chante à Dieu, que je voudrais l'apprendre ! Lui, s'il voulait venir, heureux dans notre amour, Nous lui ferions aimer le monde et le grand jour.
LA MÈRE
Il mourrait. Son destin est d'être solitaire, De jeter ses sanglots, libre, entre ciel et terre;
i. La maladie qui la fit mourir lui avait enlevé cette voix douce et pénétrante, comme était celle de Marceline. La Voix perdue est un des souvenirs des dernières veillées, lorsque, sa mère étant auprès d'elle ou dans la chambre d'à côté, tout en pleurs de l'entendre, l'enfant essayait en vain de moduler •< certains airs flottant dans sa mémoire ». et que les sons restaient comme étouffés au fond de sa poitrine brûlante et sèche.
ELEGIES I2g
D'attacher sa compagne, humble et pareille à moi, A son doux nid sauvage et charmant comme toi. On a dit qu'autrefois, au sein d'une famille, Il vécut sous un front brûlant de jeune fille. Cet être harmonieux aimait l'ombre et les fleurs; Nul ne pouvait l'entendre et retenir ses pleurs. Rossignol, il chantait aux errantes étoiles; Jeune fille, il pleurait, dérobé sous ces voiles.
LA JEUNE FILLE
Et la mère?
LA MÈRE
Était tendre et fière autant que moi De son enfant sauvage et charmant comme toi.
LA JEUNE FILLE
Après?...
LA MÈRE
De ce front pâle où frissonnaient ses ailes, L'oiseau voulait sortir et s'envoler par elles. Un jour, forçant le voile où gémissait sa voix, Il emporta le timbre et s'enfuit dans les bois.
LA JEUNE FILLE
Après?
LA MÈRE
L'enfant n'aima plus qu'en silence, Cherchant toujours le saule où l'oiseau se balance.
LA JEUNE FILLE
Et la mère?
LA MÈRE
Suivit, tendre et pareille à moi, Son doux enfant muet et charmant comme toi.
(DP
INES
Je ne dis rien de toi, toi, la plus enfermée! Toi, la plus douloureuse, et non la moins aimée ! Toi, rentrée en mon sein! je ne dis rien de toi! Qui souffres, qui te plains, et qui meurs avec moi!
Le sais-tu maintenant, ô jalouse adorée, Ce que je te vouais de tendresse ignorée? Connais-tu maintenant, me l'ayant emporté, Mon cœur qui bat si triste et pleure à ton côté?