‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 74 sur 145 · LE COUCHER D'UN PETIT GARÇON · texte numérisé non relu

LE COUCHER D'UN PETIT GARÇON

« Couchez-vous, petit Paul ! il pleut, c'est nuit, c'est l'heure. Les loups sont au rempart. Le chien vient d'aboyer. La cloche a dit : « Dormez! » et l'ange gardien pleure Quand les enfants si tard font du bruit au foyer.

— Je ne veux pas toujours aller dormir; et j'aime A faire étinceler mon sabre au feu du soir; Et je tuerai les loups! je les tuerai moi-même! » Et le petit méchant, tout nu! vint se rasseoir.

« Où sommes-nous? mon Dieu! donnez-nous patience; Et surtout soyez Dieu! soyez lent à punir : L'àme qui vient d'éclore a si peu de science! Attendez sa raison, mon Dieu! dans l'avenir.

« L'oiseau qui brise l'œuf est moins près de la terre,

Il vous obéit mieux; au coucher du soleil,

Un par un descendus dans l'arbre solitaire,

Sous le rideau qui tremble ils plongent leur sommeil.

« Au colombier fermé nul pigeon ne roucoule, Sous le cygne endormi l'eau du lac bleu s'écoule, Paul! trois fois la couveuse a compté ses enfants, Son aile les enferme; et moi, je vous défends!

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« La lune qui s'enfuit, toute pâle et fâchée, Dit : « Quel est cet enfant qui ne dort pas encor? » Sous son lit de nuage elle est déjà couchée; Au fond d'un cercle noir la voilà qui s'endort.

« Le petit mendiant, perdu seul à cette heure, Rôdant avec ses pieds las et froids, doux martyr! Dans la rue isolée où sa misère pleure, Mon Dieu! qu'il aimerait un lit pour s'y blottir! »

Et Paul, qui regardait encor sa belle épée, Se coucha doucement en pliant ses habits; Et sa mère bientôt ne fut plus occupée Qu'à baiser ses yeux clos par un ange assoupis.

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