Byron exprimait la même pensée de regret dans ce vers
Aii I happy years ! once more who would not be a boy !
Dis que c'est pour ta sœur, dis, pour ta sœur chérie, Dis que ta sœur est triste, et qu'il en parle à Dieu!
Et le vieux prisonnier de la haute tourelle
Respire-t-il encore à travers les barreaux?
Partage-t-il toujours avec la tourterelle
Son pain, qu'avaient déjà partagé ses bourreaux?
Cette fille de l'air, à la prison vouée,
Dont l'aile palpitante appelait le captif,
Etait-ce une âme aimante au malheur envoyée?
Etait-ce l'espérance au vol tendre et furtif ?
Oui : si les vents du nord chassaient l'oiseau débile,
L'œil perçant du captif le cherchait jusqu'au soir;
De l'espace désert voyageur immobile,
Il oubliait de vivre, il attendait l'espoir.
Et lui, voit-il encor la froide sentinelle
Attachée en silence au cercle de ses jours?
D'une faute expiée est-ce l'ombre éternelle?
Sur ses rêves troublés veille-t-elle toujours?
Regarde-t-il encor sous sa demeure sombre
Les fleurs?... Libre du moins, toi, tu les cueilleras!
Oh! que j'ai vu souvent ses yeux luire dans l'ombre,
Etonnés qu'un enfant vint lui tendre les bras!
Il me montrait ses mains l'une à l'autre enchaînées;
Je les voyais trembler, pâles et décharnées.
Au poids de tant de fer joignait-il un remord?
Est-il heureux enfin, est-il libre, est-il mort?
Que j'ai pleuré sa vie! O Liberté céleste,
Sans toi, mon jeune cœur étouffait dans mon sein;
Je t'implorais au pied de ce donjon funeste.
Un jour... As-tu, mon frère, oublié ce dessein?
De la déesse un jour tu me montras l'image.
O Dieu! qu'elle était belle! Arrivais-tu des cieux,
Liberté, pour ouvrir et pour charmer les yeux?
Dans nos temples d'alors on te rendait hommage;
Partout l'encens, les fleurs, l'or mûri des moissons,
Les danses du jeune âge et les jeunes chansons, Partout Tétonnement, le doux rire des Grâces, Partout la foule émue à genoux sur tes traces!
Et je voulais courir, pour le vieux prisonnier,
Te chercher par le monde où l'on t'avait revue;
Te demander pourquoi, dans nos champs revenue,
A bénir ton retour il était le dernier.
Doux crime d'un enfant, clémence aventureuse!
Je t'aime, un jour entier tu m'as rendue heureuse,
Toi dont le cœur naïf y prêta du secours,
Mon frère, dans mes vœux reconnais-moi toujours.
Que jamais sur ta vie une grille inflexible
N'étende son voile de fer !
Sois libre! et que le sort content, s'il est possible, N'ajoute plus tes maux à ce que j'ai souffert!
On m'arrêta fuyante; et, craintive, à ma mère
Je fus à jointes mains conduite vers le soir.
O mère! trop heureuse encor de me revoir,
Sa tremblante leçon ne me fut point amère;
Car, de mon front coupable en détachant les fleurs,
Pour cacher son sourire elle baisa mes pleurs.
J'oubliai mon voyage, et jamais ta souffrance, Vieux captif! et jamais ton doux nom, Liberté! Et jamais ton pardon de mon cœur regretté, Ma mère! et ton beau rêve envolé, belle France! Et la leçon : « Ma fille, où voulez-vous courir? Votre idole n'est pas où vous pensez l'atteindre. Un flambeau vous éclaire, et vous alliez l'éteindre : Ce flambeau, c'est ma vie, et je n'ai qu'à mourir Si vous m'abandonnez. Pour vous, chère ingénue, Livrée à des regrets que vous ne savez pas, Sous le toit déserté, faible et traînant vos pas, Trop tard vous seriez revenue.
Vos yeux à peine ouverts égareront vos jours, Enfant, si près de moi vous ne marchez toujours.
« La Liberté, ma fille, est un ange qui vole.
Pour l'arrêter longtemps la terre est trop frivole.
Trop d'encens lui déplaît, trop de cris lui font peur;
Elle étouffe en un temple, et sa puissante haleine,
Qui cherche les parfums et l'air pur de la plaine,
Rafraîchit en passant le front du laboureur.
On dit qu'elle descend rapide, inattendue ;
Que son aile sur nous repose détendue...
Hélas! où donc est-elle? En vain j'ouvre les yeux;
En vain dit-on : « Voyez! » Je ne la vois qu'aux cieux.
Loin, bien loin des palais, au toit du pauvre même,
Où l'on travaille en paix, où l'on prie, où l'on aime,
Où l'indigence obtient une obole et des pleurs,
La déesse en silence aime à jeter ses fleurs.
Les fleurs tombent sans bruit, et, de peur de l'envie,
On les effeuille à Dieu, qui dit : « Cache ta vie. »
Ainsi priez, ma fille, et marchez près de moi :
Un jour tout sera libre, et Dieu seul sera roi. »