LE PREMIER AMOUR
Vous souvient-il de cette jeune amie, Au regard tendre, au maintien sage et doux? A peine, hélas! au printemps de sa vie, Son cœur sentit qu'il était fait pour vous.
Point de serment, point de vaine promesse : Si jeune encore, on ne les connaît pas; Son âme pure aimait avec ivresse Et se livrait sans honte et sans combats.
Elle a perdu son idole chérie :
Bonheur si doux a duré moins qu'un jour! Elle n'est plus au printemps de sa vie, Elle est encore à son premier amour.
J'étais à toi peut-être avant de t'avoir vu.
Ma vie, en se formant, fut promise à la tienne ;
Ton nom1 m'en avertit par un trouble imprévu;
Ton âme s'y cachait pour éveiller la mienne.
Je l'entendis, un jour, et je perdis la voix;
Je l'écoutai longtemps, j'oubliai de répondre;
Mon être avec le tien venait de se confondre;
Je crus qu'on m'appelait pour la première fois.
Savais-tu ce prodige? Eh bien, sans te connaître,
J'ai deviné par lui mon amant et mon maitre,
Et je le reconnus dans tes premiers accents.
Quand tu vins éclairer mes beaux jours languissants.
Ta voix me fit pâlir, et mes yeux se baissèrent.
Dans un regard muet nos âmes s'embrassèrent;
Au fond de ce regard ton nom se révéla,
Et, sans le demander, j'avais dit : « Le voilà ! »
Dès lors il ressaisit mon oreille étonnée;
Elle y devint soumise, elle y fut enchaînée.
J'exprimais par lui seul mes plus doux sentiments;
Je l'unissais au mien pour signer mes serments.
Je le lisais partout, ce nom rempli de charmes,
Et je versais des larmes.
D'un éloge enchanteur toujours environné, A mes yeux éblouis il s'offrait couronné2.
i. Ce nom dont elle évoque tant de fois l'image imprécise, en ses vers. mais qu'elle ne livra jamais.
2. C'était donc un poète, favorisé, complimenté dans les salons, et par les
Je l'écrivais... bientôt je n'osai plus l'écrire, Et mon timide amour le changeait en sourire. Il me cherchait la nuit, il berçait mon sommeil, Il résonnait encore autour de mon réveil : Il errait dans mon souffle, et, lorsque je soupire, C'est lui qui me caresse et que mon cœur respire, Nom chéri! nom charmant! oracle de mon sort! Hélas! que tu me plais, que ta grâce me touche! Tu m'annonças la vie, et, mêlé dans la mort, Comme un dernier baiser tu fermeras ma bouche1.
complaisances de l'amitié haussée de beaucoup, sans doute, au-dessus de son mérite réel.
i. Elle croyait, alors, dans les vceux d'une constance éternelle.