‹ Œuvres choisies de Marceline Desbordes-ValmoreChapitre 93 sur 145 · RETOUR DANS UNE EGLISE · texte numérisé non relu

RETOUR DANS UNE EGLISE

Église! église où de mon âme, Moitié de pleurs, moitié de flamme, Et prompt comme l'eau de la mer, Coula le flot le plus amer!

Église où ma jeunesse blonde, Craintive ensemble et vagabonde, Attirée aux chants du saint lieu, N'accourait pas toute vers Dieu!

Église où chaque dalle usée, D'un tendre poids scandalisée, Dénonça deux ans, jour par jour, Des pas que rejoignait l'Amour!

Église où mon heure allait vite Pour rencontrer à l'eau bénite Une autre âme que j'y voyais, Une main qu'ailleurs je fuyais!

Église vainement austère, Où le doux encens de la terre, Ruisselant sur mes longs cheveux, Egarait le cours de mes vœux!

Église où mon humble famille, Moins morte aux soupirs de sa tille,

Planait sur mon sort combattu

Et criait dans l'air : « Que veux-tu? »

Le savais-je, ô Dieu de mon père?

Où va-t-on vers ce qu'on espère ?

Où fuit-on l'ombre de ses pas?...

Dieu! savais-je où l'on n'aime pas !

Dieu des larmes, le sais-je encore?

Je n'ai su qu'un mal qui dévore, Un mal dont on n'ose souffrir, Ni vivre, ô mon Dieu! ni mourir.

Église! église, ouvrez vos portes Et vos chaînes douces et fortes Aux élancements de mon cœur Qui frappe à la grille du chœur.

Ouvrez! Je ne suis plus suivie Que par moi-même et par la vie Qui fait chanceler sous son poids Mon âme et mon corps à la fois.

Ouvrez! Je suis triste et blessée, Seule sous mon aile abaissée; Il n'est plus de pas sur mes pas , Ni d'àme qui me parle bas.

Ouvrez à mon sort sans patrie, Flottant comme une algue flétrie!

Des deux voix tendres d'autrefois Vous n'entendrez plus qu'une voix!

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