DORMEUIL. GERMAIN
DORMEUIt.
Germain , je t*ai fait avertir de te rendre ici avant de sortir.
GERMAIN
Et j*ai été exact , comme vous voyez , Monsieur.
DORMEUIL
Nous y serons seuls ?
GERMAIN
Les ordres sont dohnés pour cela.
DORMEIJIL.
Et je pourrrai te parler en liberté î
GERMAIN
Me voilà prêt à entendre tout ce que vous voudrez me dire.
l>ORMEtJIL.
D'abord , depuis dix ans que tu itie sers, je t'ai toujours trouve honnête,
GERMAIN
(Vêlait mon devoir.
a44 LÉONCE,
DORMEUIL
Affectionné.
GERMAIN
C'est mon plaisir.
DORMEUIL
Tu aurais pu cent fois abuser de ma confiance que je ne Tanrais pas su.
GERMAIN
Je l'aurais su, mot, et cela suffisait pour m'en empêcher.
DORMEUIL
Aussi, tu ne me quitteras jamais.
GERMAIN
C'est la grâce que je demande au ciel tous les jours.
DORMEUIL
Je veux que tu sois heureux.
GERMAIN
J'espère qu'il vous conservera long-temps.
DORMEUIL
Et puis , après moi , tu trouveras sur mon testament. . .
Voilà une belle manière de me rendre heureux !... Tout mon bonheur est de vivre au service d'un bon maître , et non d'avoir à le pleurer.
DORMEUIL
Eh ! parbleu ! crois-tu ({ue je ne pleurerais pas aussi un bon serviteur que la mort m'aurait enlevé ?... Celui qui restera regrettera Tautre , c'est juste! Ce sera toi , ce sera mei, ce s«ra l'un de
nouft deux , c^est égal ! ça doit être comme cela , et il n'en faut plus parler. Rerenons : je Tais te donner une grande preuve de mon estime ; il s'agit de Lëonce.
GERMAIN
Monsieur votre fils ?
DORMEVIL.
Adoptif ! malheureusement il ne Test que comme cela.
GERMAIN
L'on a cru long-temps... '
DORMEDIL.
L'on avait tort!... Je le voudrais bien... mais enfin il n'est pas mon fils, et fai cru inutile d^expUquer à tout le monde... Mais il faut bien aujourd'hui , mon cher Germain , que je te dise comment je l'ai adopté « avant de t* apprendre ce que j'exige de toi. Je venais de voyager pour les affaires de mon commerce ; ma fortuite, aAsez considérable , pouvait s'augmenter ; je n'avais point de parens ; je voulais laisser mon bien i quelqu'un qui le méritât.
GERMAIN
Vous étiez jeune encore , vous pouviez pren dre. . #
nORMJUlEL.
Une femme?... Il n'en était plus pour moi.
J'avais été marié... Un ange , Germain , que le ciel m'avait accordé , de ces âmes qu'on ne peut espérer de rencontrer qu'une fois ; la mort , la eruelle mort , me l'a enlevée dans son printemps...
TOM. u. i6
246 LÉONCE
Son e]i£dtitfetlàcame...%i)us'detixteiiié(Refot}r Je ftirai de la regretter tontema vie, et de ne la reml^litteer jatuais. . . Je "roulais cependant un hfMtîer , •en fils qui m^aimât uniquement... qui prit 'soinile lâa vieillesse , à qui je pusse laisser ma fortune , s'il en était digne... Je me trouvai alors en Hollande , près d'Amsterdam... J'entrai dans un de ces asiles respectables ouverts â l'indigence... Je demande s'il n'y a pas là un petit garçon abandonné, gentil!... Il y en avait trente!... J'en pleurai, car je n'en pouvais prendre xju.'unl... Un petit drôle, tout-à-fait gentii.. me sourit, ^m' ouvre ses petits bras... C'est Celui-là , m'ccriai^je ; vous voyez bien que c'est lui le premierrqui m'adopte^ et j'y souscris !... J'allais Tengiporter ( il y avait quelques for- ^(nalités d'usage à remplir )«
GERMAIN
Sans doute , il fallait bien . . .
DORBftEUIii.
-Ce fut pendant ce temjps njwe j'appris ,que or pauvre enfant était le fils d'un paysan devenu soldat , et qui était forisé 4e partir pour Batavia;... que sa mère, iiuoique mourant^, s'o^bstinaît à suivre son époux ; que quelques habitans du tiI* lage , touchés de l'afift^efufse «ilèère de cette famille , qui allait res^elr orpheline, s étaiéht partagé les «utres eirfâfrs phis forts , pltis âgés ; que ccftni - fk se«fl Aait reëtésans norun^ke, tens appui... I/b ctcJ wie le destinai , leui" did-je î màh écouter : d*a^ bord , voilà douze cents florins peiir le père de cirt
OPÉftA-COMiQUE, a47
enfant. De }^lûè , )é fié vi^tix pas que les frères dé mon fils -adoptif ttkâllquéni de rien ; une pension suftisanté pour léufs bénins âera pajrëe à ceux qui s'en sont chafgi^s. Mais Jreteîtes bien mes condi'tions> el jeu prendè à témoin l^honnêle admiiiîstrateur qui régit cette maison... Pour prix dé ine^ dons , de^ l'engagement sacré que je pfends dé Tadopter pour fils, j'exige qu'on lui laisse à jamais ignorer sdil origine, sa famille. Je demande que personne ne partagé ses affections ; qu'enfin je sois tout pour lui , afin qu^à sofi tour il ne Vive plus que pour moi. Le père , qui n'espérait plus teirenir en Europe, peu attaché à cet enfant c{u'il avait vu à peine, décidé par l'offre séduisante que je lui faisais, s'engagea pai' seraient.. L'administrateur lui-même fut sa caution, et je partis, fier du dépôt qui m'était confié, et déjà heureiix du bonheur dont j'allais le faire jouit. >
OEEM Ahf .
Et depuis ce temps vous n^ateè entétidn parler ni du père ni d'aucun des enliMiè'?»
Uoumun.;'
Nob^ jusqu'ici les conditions^de part eld^autre oUt été religieusement suivies , et inofi boiihéUr n'a point été troublé ; je dois recomiaîtré Cette défér^Cé , cette fidélité àaoivrelés clauses qfué j'ai prescrites» Je matie Léonce » et je veux (|Ué ce jour, qui embellit mon existence i ajouté aussi au bien-être de son père et de sea frères... s'ils vivent encore !... Germain, c'est toi que je veut charger
de cett<* douce et honorable commisajion. Dans deux jours tu partiras pour A,msterdani, avec des lettres sur mes correspondans ; tu verras avec eux ce qu'on peut faire pour obliger cette famille. Je ne fixe ni la somme ni les moyens ; souviens-toi seulement que je suis riche et que }e dois à leur silence les momens les plus doux de ma vie. «»
Je tâcherai ()e remplir vos intentions.
DORMEUIL
Parlons à présent du mariage de Léonce.
GERMAIN
C^est demain que vous ]i|i donnez cette aimable Glairine... dont il e^t bien cpri&.. et vous la dotez ; c'est encore «n trait de générosité..,
DORMEUIIi.
Dis donc un devoir de reconnaissance... La fille de mon honnête caissier, qui , pendant vingt ans, m'a consacré ses veilles, a. soigné , bonifié mes affaires., çt négligé les siennes..; qui est m^rt pauvre !..« et m'a estimé assez pour me nommer tuteur de sa fille... J^eni serai digne , je le suis! car, je lui donne pour époux '«cekii que j^ime le plus au mond^ t celui à qui je crois toutes les vertus !... N'est-ce pas là remplir lés intentions de son père , et m'acquitter déjà envers un ami ?... Oui,* demain, sans retard , je fais ce mariage... Prépare donc tout |iour notre petite fête.
J'y vais.
1K>RM£X7IL.
A ptopos , Germain , en faveur de ce jour , sî tu peux découvrir dans le quartier quelque famille indigente... Mais là... sans bruit , sans faste... Je déteste cette affectation de bienfaisance qui est devenue une mode , et qui annonce souvent plus d'orgueil que dliumanité... Pourtant j'aime à faire par- ci par -là quelques bonnes actions, cela m^égaye-.-. Ainsi ^ informe-toî... '
GERMAIN
C'est déjà fait.
DORMEUIL
Hc bien ! la matinée a-t-elle été bonne ?
GERMAIN
Assez... J'ai trouvé d^abord d lionne tes ouvriers qui ont été long-temps sans ouvrage.
DORMEIJII^
Bien ! bien !
GERMAIN
Ensuite j'ai remarqué , depuis quelques jours , un vieillard dont la figure m'a tout-à-fait intéressé. Je soupçonne qu'il n'est point heureux et qu'il n'ose peut-être eiq>o8er ses besoins. '
DORMEDIE.
Il faut le prévenir.
C'est ce que je compte faire' si je le rencontre encore! je le questionnerai pour savoir si vraiment il mérite des secours... car enfin , il ne faut pas être dupe.
DORMEUrL.
Oui , quand on le peut, cela vaut mieux. Mais
a5o LÉONCE,
tiens, mon ami , le ciel na^^ accordé de quoi être dupe... Ainsi , don^e toujours, k ceux qui deiQandent... et porte à ce^^ qui i;^'qsent p^ demander..»
GER]M(AIN
J'y cours.