‹ Œuvres choisies de MarsollierChapitre 34 sur 219 · ALEXIS · texte numérisé non relu

ALEXIS

pour le gronder... tu es un bon petit enfant-., il y a même des jours que tu travailles comme quatre ; quand Monsieur te regarde, par exemple.

AX£XIS.

Oh! oui , cela me donne un courage..*

AMBBOiSE.

Je le voyons ben... cest pour cela qu^il faut^ quand on a fini sa besogne , se reposer d'abord..* et puis après, dcjeûper, boire im petit coup avec moi... me, faire de^' contes, au lieu de venir passer ton temps sur c^te grande caisse... à.fa^e des tron , trou , des pon » pon , pon... comment ça peut-il t' amuser ."^ moi , je bâille tant seulement que de penser qu'il y aura encore ce matin un concert, où que Mam^zelle doit faire voir à M. Nelcour ses progrès.

ALEXIS

Elle en a fait beaucoup !...

Le biau juge , ma foi !..»

ALEXIS , «e reprenant

Je l!ai entendu dire. Son maître va arriver, et elle doit chanter avec lui. . . >

AMBBOI^..

Chanter! oui... ils appellent ça chanter... ah, mon dieu! ils vont si haut, si bas... que je crois toujours qu'ils vont se casser quelque chose dans le tuyau de la voix... et puis tout le monde d'applaudir ; par ma fine ! je le crois ben , c'est pour les féliciter 'de» ce qu^il ne leur est pas arrive

queaqae fâcheux accident. Morgue! je voudrions que par homanitë on défendît à tous ces grands ehaoteux de s'exposer comme ça ; tu le verras , ça finira mal.

ALEXIS

Peut-on parler ainsi d'un art 91 précieux, et de ceux qui le perfectionnent ?

AMBROISE

Oui , eh ben.. . fais comme si je ne t'avais rien dit. Ne te fâche pas, mon garçon. Oh! j'ai ben vu déjà que tu avais pris du goût pour c'te chanterie ; oh, oui ! jVons entendu dans le jardin , tu faisais aussi tes fredons... prends-y garde , je te le dis , cela te gâtera la voix... £h, par la sandié, pourquoi donc qu'ils ne chantiont pas à la bonne franquette, conmie dans mon jeune temps... £h, oui, je sis conmie ça , moi...

CX>UPL£TS.

Xaîmons qne I'od chante gahnent , Qœlqaes cooplets , qœuqu* chaDSonneUe...

Où r herger près de sa bergerette , Lui parr d'amour beu gentiment.

£h ooî, morguenne, •TTOolons qu'on ^-enne, Quelque joli petit refrain.

Qui mette tout le monde en train ,

Tout en vidant nos verres,

Comme faisaient nos pères.

J^commençons à m'aperce voir, Qu'il en est de la musique ,

66 ALEXIS

Comme d'ia politique ; Dont chacun parle sans savoir; Eh ! mais , morguenne , Vaut mieux qu'on prenne :

Quelque joli petit refrain , etc.

Je ne voulons pas me vanter^, Mais si j'sats m'y connaître , SUila qui chante, trop haut, peut-être , S Verra forcé de déchanter :

Eh oui , morguf une , S'tila quis^mène, Si vite dans son phaétpn, Un heau matin changeant de top , Pourra remonter, derrière , Comme faisait son père.

Mais voyez donc où que me yVà allé , moi ? je dis aussi mon mot. Tant y a que jVrons toujours pour les chansons,

ALEXIS

L'un n'empêche pas l'autre , et ici même , plus d'une fois » et avec un égal plaisir , on a entendu les airs les plus savans et les chants les plus gais*

AMBROISE

Kh bien! puisque cela te plaît tant, je te ferons entrer dans ce salon, quand Mam'zelle chantera; comme c'est la fête de Monsieur , on permettra à tout le monde d'y assister,., Mais, dis -moi,

* Des raisons particulières ayant obligé l'auteur de placer le lieu àt h scène en Suisse , ce dernier couplet a dû être supprimé à Ja reprélentatioB.

M(Misieiir te croit toujoiin mon neyeu. . . pas naî?. . .

AI£XIS.

Oui, sans doale.

AjnaoïSK.

Pmdant Fabsence qae j^ons faite à Laosane , il D^a passa que je t^avions rencontré seul , égaré , au désespoir , sans que tu aies jamais voulu me dire qui tu étais, d où tu venais, et cequit^était arriTé.

Tous avez en la jMMyté de vous en rapporter à eu parde^. Je vous ai juré que je ne méritais pas mon infortune , alors vous m*avez conduit îd ^ TOUS m^avez placé , et sans ce service , la doolear, la misère. . .

AMBB0ISE.

Fant pas se rappeler ça , je t^ai été utile , et tu m^CD récompenses ben; d'abord tu m^aimes^ et tn serais m<m neveu que tu ne m^aimerais pas darsBitage... ni moi non plus... et d^un... et puis lost ie mcmde te chérit dans la maison : Monsieur tout le premier. . .

AUEXIS.

Monâenr!. . .

AXBRCHSE.

Oui , Motisieur t^a distingué , quoique j^aie crûnt d^abord que ça ne lui fît du chagrin dç ^oîr des jeunes gens de ton âge. . .

Et pourquoi ?

68 ALEXIS

AMBROISE

Ça pouvait lui rappeler un fils qui s^cst sauvé de Tendroit où il avait été mis en pension... Un enfant qui promettait pourtant... Mais , Monsieur ne voyait pas ça , lui , on ne voulait pas le voir... Il y avait là des gens., enfin Dieu les a punis, ils ne sont plus... pour le petit bonhomme « aigri par les injustices, les mauvais traitemens qu^il éprouvait , ma fine , il a pris son parti ; on dit qu'il s est embarqué , on n^a plus entendu parler de lui ; et il y a tout lieu de croire qu'il aura péri dans le voyage.

ALEXIS

Et Monsieur, lui en veut-il toujours?...

AMBROISE

Ah!... à présent qu'il est mort... je crois bcn...

Mais s'il savait au moins que pendant sa vie , ce fUs, mal connu...

AMBROISE

Ah! sans doute... et je pourrais, peut-être mieux qu'un autre... mais à quoi qu'ça lui servirait à présent! ça le rendrait encore plus malheureux.

ALEXIS

Plus malheureux !... ah! il ne faut jamais le lui dire.

AMBROISE

Aussi ne saura-t-il pas ; mais malgré ça , quoiqu'il fasse, il le regrette.

ALEXIS

Il le regrette ?...

AMBROISE

n le pleure sourent , j'en suis sûr... je Tons vu.

ALEXIS

Ambroise!

AMBROISE

Ça t^étoiine , toi , parce que tu n Vs pas père ; mais je vais le parler de tout ça , moi , et ça ne t'intéresse pas beaucoup.

Pardonnez-moi , plus que vous ne pouvez croire.

AMBROLSE.

Ehben?... une autre fois , je te conterai le reste. L'essentiel , c^est que Monsieur prenne de Tamitië pour toi.

ALEXIS

Oui c^est Tessentiel.

AMBROISE

Et que mam'zelle Caroline...

ALEXIS y inquiet.

Mademoiselle Caroline...

AMBROISE

n faut ben qu^eUe t^aime aussi...

ALEXIS

Moi!...

AMBROISE

Oh ! elle t^aimera , sais-tu ben qu^elIe ne vient

pas de fois au jardin qu^elle ne me demande :

Comment se conduit Alexis? étes-vous content

d^AII^I^ dites à Alexis de m' apporter des fleurs.

Si elle te protège , ça ira ben, car elle aura tout

le bien de Monsieur, son Bis ne reparaissant plus

ALEXIS

ft quand même il reparaîtrait ?

AMBEOISE.

Tu ne sais ce que tu dis, mon pauvre garçon.

S'il revenait , il faudrait ben alors que mam 'selle Caroline lui rendît... Mais il nVst pas question^ ça , elle aura le bien de Monsieur, et tu poumii

un jour...

ALEXIS

Je pourrais?

AHBBOISE.

Sans doute, tu pourrais avoir ma place , aprèt ma mort s'entend ; ça te ferait un joli sort !...

ALEXIS

Hélas!...

AHBBOISE.

Faut pas t'affliger pour ça , je Tivrai longtemps , et puis d'ici là, Mam'zelle peut être mariée.

ALEXIS

Mariée...

AHBBOISE.

Tu t'étonnes de tout!... eh oui , mariée , bientôt elle aura seize ans , et alors une fois établie , elle achètera queuq' ^11* campagne oîi elle te placera comme soti jardinier; tout ira beo, mon enfant, soislaborieux et bonnâte...

ALEXIS, Tivcment.

Tant que je vivrai.

AMBBOISE.

V*là ce que c^est, el Dieu te bénira ; faut toujours aroir ça devant les yeux , ça ne peut pas nuire ; et celui qui pense qu'il y a là*haut quelqu^un qui punit les médians et récompense les bons , à coup, sur, il ne trompera jamais les autres... Adieu , mon ami... ( nn^ient) A propos, dis-moi donc , que diantre fabriques-tu dans la serre ? tu y es ben souvent... et iVons pas pu y entrer depuis huit jours.

AI£XIS.

Je TOUS en ai demandé la permission , c^est une surprise pour Monsieur , pour mademoiselle Caroline, et TOUS Terrez aujourd'hui même ce qui m'a tant occupé.

AMBROISE

A la bonne heure. Je m'en rapporte à toi, arrange ben tout ça , tâche que ça soit gentil , et que ça Susse honneur au neveu de ton oncle ; motus, Tlà Mam'zelle.

SCÈKE m.

LES PRECEDEKS, CAROLINE.

C/IROUNE.

Ambroise , n'est-il venu personne pour accorder mon piano?

AMBBOISE.

Non, Mam'zeUe , personne encore...

CABOUME.

O dd ! je ne pouraai donc pas m'accompagner. . .

72 ALEXIS

Hier il était d'un faux... (Elle essaye. ) et jamais... Ah! ah ! ( Elle essaye encore ) mais y quel prodige ! il n*y a rien à y faire... non; qui donc a pui^...

AMBROISE

Ah ! c^est pas moi toujours , car si j'y avais mis la main tant seulement... ah! ma fine, vous pourriez ben lui dire adieu pour tout-à-fait.

CAROLINE

Mais enfm, il ne peut pas tout seul... Alexis, sauriez-vous.^...

ALEXIS

Personne n'est entre' ici que nous. Mademoiselle.

CAROLINE

Eh bien? c'est donc... mais je n'y puis rien concevoir...

AMBROISE

Ni moi , s'tapendant , il faut être vi'ai , mam zelle Caroline , j'ons trouve' ici Alexis , et il serait drôle que ce fût lui...

J'ai essaye, je l'avoue; le hasard m'aurait-il servi ?

CAROUNE.

Très bien, cela est fort extraordinaire. (A part) Le hasard !.. Alexis n'est pas ce qu'il paraît. ( Haut. ) Ambroise , j'oubliais... M. Nelcour vous cherche.

AMBROISE

J'y cours, (A Alexîs.) et toi, au jardin, point de paresse. Mam'zelle , je vous le recommande, c'est

âge, c'est honnête, c^est une bonne souche, et ça ne portera que de bon firoits; ( Bas à Alexis. ) courage , mon garçon , continue : rends-toi utile , tu seras un jour son jardinier accordeur.

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