‹ Œuvres choisies de MarsollierChapitre 50 sur 219 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

M. DE LTMBOURG , GASPARD.

M. DE IIMBOURG , en rediogotte d'unîformc.

Voici donc mon tIcux château , jusqu^à ce moment le séjour paisible de F amitié, le rendez-YOus de chasse de mes voisins , Fasile de Finnocence et de la pauvreté , tran^ormé , grâce à la fantaisie d^un nûiistre , en une forteresse , en une prison d*état ; mais les raisons qu^il me donne , le motif honnête qui le fait agir, mon cœur qu^ii intéresse , me décident à remplir ses intentions ; tu m'aideras aussi , mon dier Gaspard.

GASPABB.

Moi , Monâeur !... et conunent ça ?

DE IIMBOURG.

J^ai besoin de toi , mon vieux camarade { car nous avons servi ensemble ) ; je ne puis rien faire sans ton secours... Ce matin encore tu étais mon garde - chasse ; eh bien ! en ce moment , de ma pleine autorité , je tVrige , je te constitue , je te nomme... geôlier de la prison dont je suis commandant

II» A»pLPHp Ef CLAR4,

GASPAÏID.

Ce n'est pas pour dg bon, au moins; car ni TOUS, ni moi ne sommes néspour. . .

DE UHBOUEG.

Noii , non ; je t'ai dit aussi que c'était un badinagc , et dont le but me plait , parce qu'il est moral , parce qu'il tend à rapprcicl^er deux jeunes c^poux légers, inconsidérds, honnêtes pourtant, que les plaisirs de la capitale , d( ifLauvais conseils, quelques faux amis ont ddjà égare's, et qui auraient fini parles perdre tout-à-fait.

GASPAHD.

Pour un pareil motif, je me chargerai de tous les personnages qu'on voudra ; le nom , Iliabit. . . qu'importe P quand c'est pour faire une bonne action ! . . . Hl

DB XI14BOVBG.

Je te reconnais bien là ;... mais prends garde , mon ami, tremble que, sous le inainLicn scvèn que tu Tas adopter, on ne devine le bon l'âine sensible de Gaspard.

GASPARD

Je me piloterai.

K UHBOTTRG.

Et puis , cette figure honnête... qu drc dure .farouche. . .

GASPARD

Ah, diantre!... c'est difficile lerai sans les regarder... parre tristes , effrayés , j'aurais eu br

tre d'abord , j'enverrais le rôle à tous les diables, et je leur sauterais au cou... Eh! qu'attend-on de nous pour contribuer à leur raccommodement ?

D£ UMBOUaG.

, Tu vas le savoir ; écoute la lettre du ministre , je l'ai reçue il y a environ huit jours : depuis ce moment , je me suis occupe' de chercher les moyens les plus propres à faire réussir ses projets ; voici donc ce qu'il m'écrit :

Berlin , ce i...

« Mon ami ,

» Vous m'avez souvent entendu parler de Clara, » ma nièce, charmante petite folle que j'ai ma- » née , à dix-sept ans , au jeune Adolphe de Rum- » berg , qpi à peine en avait vingt-deux ; tous deux » s aidlaien^, et je me félicitsus dejmon choix. Une » vie trop dissipée , des conseils pernicieux , quel- » ques oppositions dans le caractère , de vrais en- » fantillages , ont produit entre eux mille petites » querelles , qui enfin ont amené une rupture sé- » rieuse , sans qu'aucun pût reprocher à l'autre » un tort réel... Ils sont venus séparément me » porter leurs plaintes , et me prier de les déli- » vrer de la cause de leurs peines ; le mari de- » mandait que je fisse mettre sa femme dans un }y couvent ; la femme V€yulait aussi s'éloigner de » son mari, qui la contrariait sans cesse... Aucun D des deux ne désirait peut - être au fqnd de son » cœur , ce qu'il demandait avec tant d'instances ;

it?o ADOLPHE ET CLARA,

» j'at YOtiIu leur donner une leçon. J'ai feint de » les excuser l'un et Tautre, espérant que, loin » de la ville et des causes de leur désunion , sous » les yeux d'un ami sage , éclairé , leur tête pourj» rait se calmer, et leur cœur se réchauffer en- A core... Ils partiront à une heure de distance , et » arriveront le dix chez vous (c'est aujourd'hui). » Je laisse à votre prudence le soin de les guider, » de les rendre à la raison et au bonheur. Vous » déciderez de leur sort , et vous m'écrirez , dans » quelque temps, si je dois conserver de Tespér> rance , ou s'il faut les abandonner tout-à-fait à » leur triste destinée^ »

GASPARD

Ils vont être bien étonnés d'avoir fait tant de chemin pour se retrouver ensemble... Je voudrais qu'ils arrivassent. . .

DE UMBOURC.

Us ne peuvent tarder. J'ai ordonné à un piqueur de s^ tenir sur la vieille tour pour m' avertir, en donnant du cor , dès qu'il les apercevrait ; mes autres domestiques , instruits de mes intentions , feront les sentinelles , les porte-clefs.

GASPARD

Ah !... nous en sommes tous.

Il n*y a pas jusqu'à mes deux petits canons. . . qui , Dieu merci ! n'ont jamais servi , et qui pourront jouer leur rôle . . .

GA&PARD

Oui , en avaDt.. aux deux côtes du ponl-levîs ;... fort bien !... et moi ?...

DE LIMBOURG

Tof , tu es l'homme de confiance , le concierge... Tu seras chargé de veiller nos prisonniers , de les observer, de me rendre un compte fidèle de tout ce qui pourra se passer entre eux... mais il faut aller te préparer, et moi-même, bientôt.. X« trouveras dans mon cabinet plusieurs habits, avec lesquels nous jouyons jadis la comédie . . .

GASPARD

Et nous allons la jouer encore... et de noire mieux. Ça serait drôle, pourtant, si j'allais bien m'en tirer.

( On entend une fanfare de cors. )

DUO

GASPAED , en regardant par la fenêtre.

BoD... J'aperçois une voiture...

Qui s'avauce rapidement.

DE UMBOVRG.

C'est Fun des. deux , la chose est sûre ; Est-ce la dame?

Oh ! sûrement ; Car je vois une eaîsae énorhie...

DE LIMBOUHG, regardant

CVst sa harpe dans son étui.

GASPARD

. Des cartons de plus d'une forme...

DE UMBOURG.

T(/ns les éhîflbtis que Ton porte ftvjottr^'hni. . t

GASPARD

Vous Terrez, monsieur, qa^elle espère Nous séduire par sa beauté...

DE UMBOURG.

Des frais pour nous!... en vérité!

CVst avoir trop de bonté.

ENSEMBLE

Sexe charmant on a beau faire « Contre vous un ordre porté , Peut vous ôter la liberté ; Mais jamais le désir de plaire.

DE UMBOURG.

Peux-tu distinguer son visage ?

GASPARD

Un voile cache ses attraits...

DE LIMBOI7RG.

Elle descend... joli corsage...

GASPARD

Nou^ allons voir ça de plus près ; Mais, bon Dieu!... Mais quel assemblage Et de livres... et de paquets!..*

ENSEMBLE

Sexe charmant, etc.

GASPARD

On va la faire entrer dans la salle... du conseil; moi je passe les guichets^ je me renferme dans mes fonctions, je fais jouer mes verroux, et je parais quand M. le commandant me fera Thonneur de m' appeler.

BC LIMBOURG

On la conduit ici ; éloignons-nous un peu , pour observer l'impression que lui fera ce séjour, et juger 4u. ton que je dois prendre avec elle.

OPÉRA-COMIQUE. ia3

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