‹ Œuvres choisies de MassillonChapitre 25 sur 74 · DEUXIEME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE

Quand on promet aux âmes mondaines, dit saint Augustin, des consolations et des douceurs dans l'observance de la loi de Dieu, elles regardent nos promesses comme un langage pieux dont on se sert pour faire honneur à la vertu ; et comme un cœur qui n'a jamais goûté ces chastes plaisirs ne peut aussi les comprendre, nous sommes obligés de leur répondre, continue ce Père : Comment voulez-vous que nous vous persuadions? nous ne pouvons pas vous dire : Goûtez, et voyez combien le Seigneur est doux (Ps. XXXIII, 9), puisqu'un cœur malade et

déréglé ne sauroit goûter les choses du ciel. Donnez-nous un cœur qui aime, et il sentira tout ce que nous disons.

Mon dessein donc ici n'est pas tant d'exposer toutes les opérations secrètes de la grâce dans le cœur des justes, que d'opposer la situation heureuse où elle les établit ici-bas à la triste destinée des pécheurs, et, par ce parallèle, achever de confondre le vice et d'encourager la vertu. Or je dis que la grâce ménage ici-bas aux gens de bien deux sortes de consolations : les unes intérieures et secrètes , les autres extérieures et sensibles ; toutes deux si essentielles au bonheur de cette vie que nul plaisir sur la terre ne sauroit jamais les remplacer.

Le premier avantage intérieur que la grâce ménage à une âme fidèle, c'est d'établir une paix solide dans son cœur et de la réconcilier avec elle-même; car, mes frères, nous portons tous au dedans de nous des principes naturels d'équité, de pudeur, de droiture. Nous naissons, comme dit l'Apôtre, avec les règles de la loi écrites dans le cœur. Si la vertu n'est pas notre premier penchant, nous sentons du moins qu elle est notre premier devoir. En vain la passion entreprend quelquefois de nous persuader en secret que nous sommes nés pour le plaisir, et qu'au fond, des penchants que la nature a mis en nous, et que chacun trouve en soi, ne sauroient être des crimes : cette persuasion étrangère ne sauroit jamais rassurer l'âme criminelle. C'est un désir, car on voudroit bien que tout ce qui plaît fût légitime ; mais ce n'est pas une conviction réelle. C'est un discours, car on se fait honneur de paroître au-dessus des maximes vulgaires; mais ce n'est pas un sentiment. Ainsi, nous portons toujours au dedans de nous un juge incorruptible qui prend sans cesse le parti de la vertu contre nos plus chers penchants; qui

mêle à nos passions les plus emportées les idées importunes du devoir, et qui nous rend malheureux au milieu même de nos plaisirs et de notre abondance.

Tel est l'état d'une conscience impure et souillée. Le pécheur est l'accusateur secret et continuel de lui-même : il traîne partout un fonds d'inquiétude que rien ne peut calmer. Malheureux, de ne pouvoir vaincre ses penchants déréglés ; plus malheureux encore , de ne pouvoir étouffer ses remords importuns. Emporté par sa foiblesse, rappelé par ses lumières, il se dispute le crime même qu'il se permet; il se reproche le plaisir injuste, dans le temps même qu'il le goûte. Que fera-t-il? Combattra-t-il ses lumières pour apaiser sa conscience? doutera-t-il de sa foi pour jouir plus tranquillement de ses crimes? mais l'incrédulité est un état plus affreux encore que le crime même. Vivre sans Dieu, sans culte, sans principe, sans espérance 1 croire que les forfaits les plus abominables et les vertus les plus pures ne sont que des noms ! regarder tous les hommes comme ces figures viles et bizarres qu'on fait mouvoir et parler sur un théâtre comique, et qui ne sont destinées qu'à servir de jouet aux spectateurs ! se regarder soi-même comme l'ouvrage du hasard, et la possession éternelle du néant! ces pensées ont je ne sais quoi de sombre et de funeste que l'âme ne peut envisager sans horreur ; et il est vrai que l'incrédulité est plutôt le désespoir du pécheur que la ressource du péché. Que fera-t-il donc? Obligé de se fuir sans cesse, de peur de se retrouver avec sa propre conscience, il erre d'objet en objet, de passion en passion, de précipice en précipice. Il croit pouvoir remplacer du moins par la variété des plaisirs leur vide et leur insuffisance ; il n'en est aucun dont il n'essaye. Mais en vain il offre son cœur tour à tour à toutes

les créatures ; tous les objets de ses passions lui répondent, dit saint Augustin : Ne t'abuse point en nous aimant; nous ne sommes pas la félicité que tu cherches, nous ne saurions te rendre heureux ; élève-toi au-dessus des créatures, et \a chercher dans le ciel si celui qui nous a formés n'est pas plus grand et plus aimable que nous. Telle est la destinée du pécheur.

Ce n'est pas que le cœur des justes jouisse d'une tranquillité si inaltérable qu'ils n'éprouvent à leur tour icibas des troubles, des dégoûts et des inquiétudes. Mais ce sont des nuages passagers qui n'occupent, pour ainsi dire, que la surface de leur âme. Au dedans règne toujours un calme profond, cette sérénité de conscience, cette simplicité de cœur, cette égalité d'esprit, cette confiance vive, cette résignation paisible, ce calme des passions, cette paix universelle qui commence dès cette vie même la félicité des âmes innocentes. Vaines créatures, que pouvez-vous sur un cœur que vous n'avez pas fait, et qui n'est pas fait pour vous? Première consolation de la grâce : la paix du cœur.

La seconde, c'est l'amour, qui adoucit aux justes les rigueurs de la loi, et change, selon la promesse de Jésus- Christ, son joug qui paroît insupportable aux pécheurs, en un joug doux et consolant pour eux. Car une âme fidèle aime son Dieu encore plus vivement, plus tendrement, plus solidement qu'elle n'avoit aimé le monde et les créatures. Tout ce qu'elle entreprend donc pour lui de plus rigoureux, ou ne coûte plus rien à son cœur, ou en fait même le plus doux soin. Car tel est le caractère du saint amour, lorsqu'il est maître d'un cœur, ou d'adoucir les peines qu'il cause, ou de les changer même en de saints plaisirs. Ainsi une âme éprise de son Dieu, si j'ose parler

ainsi, pardonne avec joie, souflVe avec confiance, se mortifie avec plaisir, fuit le monde avec goût, prie avec consolation, remplit ses devoirs avec une sainte complaisance. Plus son amour augmente, plus le joug s'adoucit. Plus elle aime, plus elle est heureuse; car rien n'est plus heureux que d'aimer ce qui nous est devenu nécessaire.

Mais le pécheur, plus il aime le monde, plus il est malheureux ; car plus il aime le monde, plus ses passions se multiplient, plus ses désirs s'allument, plus ses projets s'embarrassent, plus ses inquiétudes s'aigrissent. Son amour fait tous ses malheurs; sa vivacité est la source de toutes ses peines, parce que le monde, qui en fait le sujet, ne peut jamais lui en offrir le remède. Plus il aime le monde, plus son orgueil est blessé d'une préférence; plus sa fierté sent une injure, plus un projet déconcerté le confond; plus un désir contredit l'afflige, plus une perte inopinée l'accable. Plus il aime le monde, plus les plaisirs lui deviennent nécessaires, et, comme aucun ne peut remplir l'immensité de son cœur, plus son ennui devient insoutenable; car l'ennui est le retour de tous les plaisirs ; et avec tous ses amusements, le monde, depuis qu'il est monde, se plaint qu'il s'ennuie.

Et ne croyez pas que, pour faire honneur à la vertu, j'affecte d'exagérer ici le malheur des âmes mondaines. Je sais que le monde parolt avoir sa félicité, et qu'au milieu de ce tourbillon de soins, de mouvements, de craintes, d'inquiétudes, on y voit toujours un petit nombre d'heureux dont on envie le bonheur, et qui semblent jouir d'une destinée douce et tranquille. Mais approfondissez ces vains dehors de bonheur et de réjouissance, et vous y trouverez des chagrins réels, des cœurs déchirés, des consciences agitées. Approchez de ces hommes qui vous paroissent les

heureux de la terre , et vous serez surpris de les trouver sombres, inquiets, traînant avec peine le poids d'une conscience criminelle. Écoutez -les dans ces moments sérieux et tranquilles où les passions plus refroidies laissent faire quelque usage de la raison : ils conviennent tous qu'ils ne sont point heureux , que l'éclat de leur fortune ne brille que de loin, et ne paroît digne d'envie qu'à ceux qui ne la connoissent pas. Ils avouent qu'au milieu de leurs plaisirs et de leur prospérité, ils n'ont jamais goûté de joie pure et véritable ; que le monde un peu approfondi n'est plus rien, qu'ils sont surpris eux-mêmes qu'on puisse l'aimer et le connottre ; et qu'il n'y a d'heureux ici-bas que ceux qui savent s'en passer et servir Dieu. Les uns soupirent après les occasions d'une retraite honorable ; les autres se proposent tous les jours des mœurs plus régulières et plus chrétiennes. Tous conviennent du bonheur des gens de bien ; tous souhaitent de le devenir ; tous rendent témoignage contre eux-mêmes. Ils sont entraînés par les plaisirs plutôt qu'ils ne courent après eux. Ce n'est plus le goût, c'est la coutume, c'est la foiblesse qui les retient dans les liens du monde et du péché. Ils le sentent, ils s'en plaignent, ils en conviennent, et ils se livrent au cours d'une si triste destinée. Monde trompeur ! rends heureux , si tu le peux , ceux qui te servent, et alors j'abandonnerai la loi du Seigneur pour m'attacher à la vanité de tes promesses.

Vous-même qui m' écoutez, mon cher auditeur, depuis tant d'années que vous servez le monde, avez-vous beaucoup avancé votre félicité? Mettez dans une balance, d'un côté tous les jours et tous les moments agréables que vous y avez passés , et de l'autre toutes les amertumes que vous y avez dévorées ; et voyez lequel des deux l'emportera.

Vous y avez peut-être dit en certains moments de plaisir, d'excès, de fureur : Il fait bon ici, Bonum est nos hic esse (Matt., XVII, 4); mais ce n'a été qu'une ivresse qui n'a pas dui'é, et dont l'instant qui a suivi vous a découvert l'illusion et vous a replongé dans vos premières inquiétudes. A l'heure même que je vous parle, interrogez votre cœur : êtes-vous tranquille ? ne manque-t-il rien à votre bonheur ? ne craignez-vous rien ? ne souhaitez-vous rien ? ne sentez-vous jamais que Dieu n'est point avec vous ? voudriez-vous vivre et mourir tel que vous êtes? êtesvous content du monde ? êtes-vous infidèle à l'auteur de votre être sans remords ? Il y a douze heures dans le jour; vous sont-elles toutes également agréables ? et avez-vous pu réussir jusqu'ici à vous faire une conscience tranquille dans le crime?

Lors même que vous vous êtes plongé jusqu'au fond de l'abîme pour y éteindre vos remords, et que vous avez cru étouffer par l'excès de l'iniquité ce reste de foi qui plaide encore dans votre cœur pour la vertu, le Seigneur n'a-t-il pas commandé au serpent, comme il le dit dans son Prophète, de vous aller piquer jusqu'au fond de ce gouffre, où vous vous étiez jeté pour l'éviter ; et n'y avezvous pas senti la morsure secrète du ver dévorant ? Et si celaverint se ab oculis.meis in profundo maris ^ ibi mandabo serpentiy et mordebit eos (Amos, ix, 3). N'est-il pas vrai que les jours que vous avez consacrés à Dieu par quelque devoir de religion, par le renouvellement de votre conscience au tribunal, ont été les plus heureux de votre vie; et que vQus n'avez vécu, pour ainsi dire, que lorsque votre conscience a été pure, et que vous avez vécu avec Dieu? Non, dit le Prophète avec une sainte fierté, le Dieu que nous adorons n'est pas un Dieu trom-

peur ou incapable de consoler ceux qui le servent, comme les dieux que le monde adore ; et nous n'en voulons point d'autres juges que les mondains eux-mêmes : Non enim est Deus noster ut dit eorum^ et inimici nostri suntjudices (Deut., XXXII, 31).

Grand Dieu ! qu'est-ce donc que l'homme, de lutter ainsi toute sa vie contre lui-même, de vouloir être heureux sans vous, malgré vous, en se déclarant contre vous; de sentir son infortune, et de l'aimer; de connottre son véritable bonheur, et de le fuir ? Qu'est-ce que l'homme, ô mon Dieu, et qui comprendra la profondeur de ses voies et l'étemeDe contradiction de ses égarements ?

Mais que ne puis-je, mes frères, achever ce que je m'étois proposé, et vous montrer que ce qui rend la destinée des gens de bien encore plus digne de tous nos souhaits, c'est que, lorsque les consolations intérieures viennent à leur manquer, ils ont les secours extérieurs de la piété : le soutien des sacrements, qui ne sont plus, pour le pécheur obligé d'en approcher, qu'une triste bienséance qui le gêne et qui l'embarrasse ; les exemples des saints et l'histoire de leurs merveilles, que l'Église nous met sans cesse devant les yeux, et dont le pécheur détourne la vue de peur d'y voir sa condamnation; les mystères adorables, offerts tous les jours sur nos autels, et qui ne laissent souvent au pécheur que le regret de les avoir profanés par sa présence; les cantiques saints et les prières de l'Église, qui se changent pour le pécheur en un triste ennui ; et enfin la consolation des divines Écritures, où il ne trouve plus que des menaces et des anathèmes.

Quel délassement en effet, mes frères, pour une âme fidèle, lorsqu'au sortir des vains entretiens du monde, où

Ton n'a parlé que de rélévalion d'une famille, de la magnificence d'un édifice, de ceux qui jouent un rôle brillant dans l'univers, des calamités publiques, des défauts de ceux qui sont à la tête des affaires, des événements de la guerre, des fautes dont on accuse tous les jours le gouvernement; enfin où, terrestre, on n'a parlé que de la terre : quel délassement au sortir de là, lorsque, pour respirer un peu de la fatigue de ces vains entretiens, une âme fidèle prend le livre de la loi entre les mains, et qu'elle y trouve partout : Qu'il ne sert de rien à l'homme de gagner le monde entier, s'il vient à perdre son âme; que les conquêtes les plus vantées tomberont dans l'oubli avec la vanité des conquérants; que le ciel et la terre passeront; que les royaumes du monde et toute leur gloire s'useront comme un vêtement, mais que Dieu seul demeurera toujours, et qu'ainsi c'est à lui seul qu'il faut s'attacher! Les insensés m'ont raconté des fables, ô mon Dieu, dit alors cette âme avec le Prophète, mais qu'elles sont différentes de votre loi ! (Ps. cxviii, 85.)

Et certes, mes frères, que de promesses consolantes se présentent dans ces livres saints I que de motifs puissants de vertu ! que d'heureuses précautions contre le vice! que d'événements instructifs ! que de traits heureux qui blessent l'âme ! quelles idées de la grandeur de Dieu et de la misère de l'homme ! quelle peinture de la laideur du péché et de la fausse félicité des pécheurs I Nous n'avons pas besoin de votre alliance, écrivoient autrefois Jonathas et tout le peuple juif à ceux de Sparte, parce qu'ayant entre nos mains les livres saints qui nous tiennent lieu de consolation, nous pouvons nous passer du secours des hommes : Nosy cum nullo horum indigeremusy habenles solatio sanct08 libros quisurU in manibus nostris (I Macu., xii, 9).

Et savez-vous, mes frères, qui sont ces hommes qui parlent de la sorte ? Ce sont les restes infortunés de la cruauté d'Antiochus, errants dans les montagnes de la Judée, dépouillés de leurs biens et de leurs fortunes, chassés de Jérusalem et du temple , où l'abomination des idoles avoit succédé au sacrifice du Dieu saint ; et, à peine sortis d'un état si affligeant, ils n'ont besoin de rien, parce qu'ils ont entre les mains les livres saints : Kosy cum nullo horum indigeremus y habentes solatio sanctos libros qui mnt in manibm nostris. Et dans une extrémité si nouvelle, environnés de toutes parts de nations ennemies, n'ayant plus au milieu de leur armée ni l'arche d'Israël ni le tabernacle saint ; répandant encore des larmes sur la mort récente de l'invincible Judas, qui étoit le salut du peuple et la terreur des incirconcis, ayant vu égorger à leurs yeux leurs femmes et leurs enfants; eux-mêmes tous les jours sur le point de succomber ou à la perfidie de leurs faux frères ou aux embûches de leurs ennemis, le livre de la loi tout seul suffit pour les consoler et pour les défendre; et ils croient pouvoir se passer d'un secours qu'une ancienne alliance leur donnoit droit d'implorer : Nos^ cum nullo horum indigeremus y habentes solatio sanctos libros qui sunt in manibus nostris.

Je ne suis plus surpris après cela , mes frères , si les premiers disciples de l'Évangile oublioient dans la consolation des Écritures toute la fureur des persécutions, et si, n'ayant pu se résoudre à perdre de vue durant leur vie ce livre divin, ils vouloient encore qu'après leur mort le même tombeau qui les enfermoit l'enfermât aussi, comme pour y servir de garant à leurs cendres de F immortalité qu'il leur avoit promise, et pour le présenter, ce semble, à Jésus-Christ, au jour de la révélation, comme

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le titre sacré qui leur donnoit droit aut biens célestes et aux promesses faites aux justes.

Telles sont les consolations des âmes fidèles sur la erre. Qu'il est donc terrible, mes frères, de vivre loin de Dieu sous la tyrannie du péché ; toujours aux prises avec soi-même; sans aucune joie véritable dans le cœur; sans goût souvent pour les plaisirs comme pour la vertu; odieux aux hommes par la bassesse de nos passions: insupportables à nous-mêmes par la bizarrerie de nos désirs; détestés de Dieu par les horreurs de notre conscience; sans la douceur des sacrements, puisque nos crimes nous en éloignent; sans la consolation des livres saints, puisque nous n'y trouvons que des anathèmes et des menaces ; sans la ressource de .la prière, puisqu'une vie toute dissolue nous en interdit la liberté, ou nous en fait perdre l'usage ! Qu'est-ce donc que le pécheur, que le rebut du ciel et de la terre ?

Aussi, mes frères, savez-vous quels seront les regrets des réprouvés au grand jour où il sera rendu à chacun selon ses œuvres ? Vous croyez peut-être qu'ils regretteront leur félicité passée, et qu'ils diront : Nos beaux jours se sont écoulés ; et le monde où nous avions passé de si doux moments n'est plus ; la durée de nos plaisirs a imité celle des songes; notre bonheur a fmi., et nos supplices vont commencer. Vous vous trompez, ce ne sera pas là leur langage. Écoutez comme ils parlent dans la Sagesse, et comme l'esprit de Dieu nous assure qu'ils parleront un jour : Nous n'avons jamais goûté de joie véritable dans le crime, diront-ils; nous y avons toujours marché par des voies tristes et difficiles ; hélas I et ce n'est là cependant que le commencement de nos malheurs et de nos peines : Ambulavimus vias difficiles {S av. ^ v, 7) ; nous

nous sommes lassés dans les voies de 1* iniquité ; nos passions ont toujours été mille fois plus pénibles pour nous que n'eussent pu être les vertus les plus austères ; et il nous en a plus coûté pour nous perdre qu'il ne nous en eût coûté pour nous sauver, et mériter de monter aujourd'hui avec les élus dans le séjour de l'immortalité : Lassati sumtis in via iniquitatis et perditionis (Sap., y, 7) ; insensés, d'avoir acheté par une vie triste et malheureuse des malheurs qui ne doivent plus finir : Nos insensati! (Sap., v, 4.) Voulez-vous donc vivre heureux sur la terre, mon cher auditeur ? vivez chrétiennement. La piété est utile à tout. L'innocence du cœur est la source des plaisirs. Tournez-vous de tous les côtés ; il n'est point de paix pour l'impie, dit l'Esprit de Dieu. Essayez de tous les plaisirs; ils ne guériront pas ce fonds d'ennui et de tristesse que vous traînez partout avec vous. Ne regardez donc plus la destinée des gens de bien comme une destinée triste et désagréable ; ne jugez pas de leur bonheur par des apparences qui vous trompent. Vous voyez couler leurs» larmes ; mais vous ne voyez pas la main invisible qui les essuie : vous voyez gémir leur chair sous le joug de la pénitence ; mais vous ne voyez pas l'onction de la grâce qui l'adoucit : vous voyez des mœurs tristes et austères ; mais vous ne voyez pas une conscience toujours joyeuse et U'anquille. Ils sont semblables à l'arche d'Israël dans le désert : elle ne paroissoit revêtue que de peaux d'animaux ; les apparences en sont viles ou rebutantes : c'est la condition de ce triste désert. Mais si vous pouviez entrer dans leur cœur, dans ce sanctuaire divin, que de nouvelles merveilles s'y offriroient à vos yeux 1 Vous le trouveriez revêtu d'or pur ; vous y verriez la gloire du Dieu qui le remplit ; vous y admireriez la douceur des parfums et la ferveur des prières

qui montent sans cesse vers le Seigneur ; le feu sacré qui ne s'éteint jamais sur cet autel; ce silence, cette paix, cette majesté qui y régnent : et le Seigneur lui-même qui Ta choisi pour son séjour et qui en fait ses plus chères délices.

Que leur destinée vous touche d'une sainte émulation 1 Il ne tient qu'à vous de leur ressembler. Ils ont été peutêtre autrefois les complices de vos plaisirs; pourquoi ne pourriez-vous pas devenir l'imitateur de leur pénitence ? Établissez enfin une paix solide dans votre cœur; commencez à vous lasser de vous-même. Jusqu'ici vous n'avez vécu qu'à demi ; car ce n'est pas vivre que de ne pouvoir vivre en paix avec soi. Revenez à votre Dieu, qui vous rappelle et qui vous attend ; bannissez l'iniquité de votre âme; vous en bannirez la source de vos peines; vous jouirez de la paix de l'innocence, vous vivrez heureux sur la terre; et ce bonheur temporel ne sera que le commencement d'un bonheur qui ne finira plus.

Ainsi soit-il.

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