LE PREMIER DIHÂINCHE DE CARÊME
l^'on in tolo pane rivit homo, ted in omni verbo quod proetdit de art Dti,
L'homme ne Tit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.
(Mattr., IV, 4.)
Rien ne marque mieux la puissance et la sublimité de la parole de FÉvangile que les images dont Jésus-Christ
1. « Oo croit avec beaucoup de vraisemblance, dit La Harpe, que c'est ce sermon qui opéra une conversion qui fit beaucoup de bruit dans le temps, et dont J'ai entendu parler cent fois dans ma Jeunesse, comme d*un fait public et avéré. Un homme de cour alloit à un opéra nouveau , qui attiroit de bonne heure un grand concours. Son carrosse se trouva arrêté , pr^s des Qaioz^Vingts, par une double file de voitures, dont les unes étoient pour rOpéra, et les autres pour le Sermon que Massillon devoit prêcher ce Jourlà dans Téglise des Quinze-Vingts, qui, comme on sait, étoit voisine du Palai»-Roya], où étoit alors la salle de TOpéra. Cet homme, impatienté, après avoir attendu assez longtemps, demanda ce qui pouvoit occasionner cette concurrence de tant de voitures, la plupart en sens contraire. On lui dit que c*étoit pour entendre Massillon , qui alloit prêcher : « Ah ! dit-il , Je ne l'ai ■ Jamais entendu, et on en dit tant de merveilles! l\ faut que Je profite de « l'occasion, puisque Je suis tout porté, et que peut-être netrouverois-Jeplus « de place à l'Opéra. » ïï en trouva heureusement au sermon, qui sembloit d'ailleurs, comme on vient de le voir, s'adresser particulièrement à lui, et lui dire z I\t ê$ ilie viri H en sortit tout autre qu'il n'y étoit entré, n'alla plus à l'Opéra, mais à l'église, et non plus par curiosité (Le Lycée , 3« p., 1. II, c. I, sect. II). »
ilO SERMONS DE MASSILLON.
se sert pour nous en prédire les effets. Tantôt c'est un glaive sacré qui va séparer le père de V enfant, F époux de réponse, le frère de la sœur, T homme de lui-même; captiver tout esprit sous le joug de la foi, assujettir les césars, triompher des sages et des savants, et élever l'étendard de la croix sur les débris des idoles et des empires ; et par là nous est représentée sa force , à laquelle le monde entier n'a pu résister.
Tantôt c'est un feu divin porté en un instant dans toute la terre, qui va dissoudre les montagnes, dépeupler les villes , peupler les forêts , réduire en cendres les peuples profanes , embraser les hommes , et les faire courir à la mort comme des insensés aux yeux des nations; et sous ces traits paraboliques, nous est figurée la promptitude de ses opérations et la rapidité de ses victoires.
Tantôt c'est un levain mystérieux, qui rassemble et réunit toute la masse, qui en lie toutes les portions, qui leur imprime une force et une vertu commune , qui confond les distictions de juif et de gentil , de grec et de barbare , et leur donne à tous le même nom et le même être : et ici vous comprenez quelle est sa sainteté et sa vertu secrète, qui a purifié tout l'univers, et de tous les peuples n'en a fait qu'un peuple.*
Une autre fois c'est une semence, qui, paroissant d'abord se perdre sur la terre, croît ensuite et multiplie jusqu'au centuple. Et voilà le principe de sa fécondité : non l'ouvrier qui sème, mais l'auteur invisible qui donne l'accroissement.
Mais aujourd'hui Jésus-Christ la compare au pain qui
1. n serait plus exact de dire : Et de tous les peuples n'a fait qu'un peuple.
sert de nourriture à rhomme, non in solo pane rivit homo ; et par là il veut nous apprendre que la parole de l'Évangile est une nourriture forte et solide , pernicieuse souvent à ceux qui la reçoivent dans un cœur malade et corrompu , et utile seulement aux âmes qui s'en nourrissent avec une sainte avidité, et qui portent ici un cœur préparé pour Tentendre.
Pour me renfermer donc dans cette idée, je ne dirai rien des merveilles que cette parole, annoncée par douze pauvres , opéra autrefois dans tout l'univers. Je passerai sous silence la sainteté de sa doctrine , la sublimité de ses conseils, la sagesse de ses maximes; et me bornant à l'instruction et à ce qui peut vous rendre utile la parole de l'Évangile que nous vous annonçons, je vous apprendrai premièrement quelles sont les dispositions qui doivent vous conduire en ce lieu saint pour l'entendre; et secondement, dans quel esprit vous devez ensuite l'écouter : deux devoirs non-seulement négligés , mais inconnus à la plupart des fidèles qui accourent en foule au pied de ces chaires chrétiennes, et la source la plus commune^ du peu de fruit de notre ministère. Implorons, etc. Ave^ Maria,