‹ œuvres choisies de N. Chamfort;Chapitre 12 sur 40 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

NÉBI.

Belîe raison! Cela est -il vraisemblable? est- il possible qu'il y ait un pays où Ton soit assez dupe... Excuse de fripon, excuse de fripon. Je ne m'étonne pas si on fait des fortunes.

Kaled.

Excuse de fripon! des fortunes! Vraiment oui, des fortunes! Ne croit-il pas que tout est profit? Et les mauvais marchés qui me ruinent? N'ont-ils pas cent métiers où l'on ne comprend rien? Et quand j'ai acheté ce baron allemand dont je n'ai jamais pu me défaire, et qui est encore là-dedans à manger mon pain? Et ce riche Anglois qui voyageoit pour son spleen, dont j'ai refusé cinq cents sequins, et qui s'est tué le lendemain à ma vue, et m'a emporté mon argent? Cela ne fait-il pas saigner le cœur? Et ce docteur, comme on Tappeloit, croyez-vous qu'on gagne là-dessus? Et, à la dernière foire de Tunis, n'ai-je pas eu la bêtise d'acheter un procureur et trois abbés, que je n'ai pas daigné exposer sur la place, et qui sont encore chez moi avec le baron allemand?

NÉBI.

Maudit infidèle ! tu crois m'en imposer par des clameurs; mais le cadi me fera justice.

Kaled.

Je ne vous crains pas; le cadi est un homme juste, intelligent, qui soutient le commerce, qui

sait très-bien que celui des esclaves va tomber, parce que tous ces gens-là valent moins de jour un jour.

NÉBI.

Ah çà! une fois, deux fois, voulez-vous reprendre votre médecin?

Kaled.

Non, ma foi.

NÉBI.

Eh bien! nous allons voir!

Kaled. A la bonne heure !

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