‹ œuvres choisies de N. Chamfort;Chapitre 18 sur 40 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

Hassan, riant.

Et on souffre cela à Padoue?

L'Italien.

Assurément.

Hassan.

Le drôle de pays que Padoue ! Il se passera bien de toi, je m'imagine. {A André.) Et toi, qui es-tu?

André.

Moins que rien. Je suis un pauvre homme.

Hassan.

Tu es pauvre ? Tu ne fais donc rien ?

André.

Hélas ! je suis fils d'un paysan : je Tai été moimême.

Kaled.

Bon ! c'est sur ceux-là que je me sauve.

André.

Je me suis ensuite attaché au service d'un bon maître, mais qui est plus malheureux que moi.

Hassan.

Cela se peut bien : il ne sait peut-être pas labourer la terre. Mais c'est l'habit françois que tu as là?

André.

Je le suis aussi.

Tu es François ! Bonnes gens que les François !

Ils ne haïssent personne. Tu es François, mon ami! Il suffit, c'est toi qu'il faut que je délivre.

André.

Généreux musulman, si c'est un François que vous voulez délivrer, choisissez quelque autre que moi. Je n'ai ni père, ni mère, ni femme, nienfans; j'ai l'habitude du malheur : ce n'est pas moi qui suis leplusà plainclre. Délivrez mon pauvre maître.

Hassan.

Ton maître! Qu'est-ce que j'entends? Quelle générosité! Quoi!... Ces François... Mais est-ce qu'ils sont tous comme cela?... Et où est-il, toa maître ?

André , lui montrant Dornal, Le voilà : il est abîmé dans sa douleur.

Hassan.

Qu'il parle donc! Il se cache, il détourne la vue, il garde le silence. [Hassan avance, le considère malgré lui,) Que vois-je! est-il possible! je ne me trompe pas. C'est lui, c'est lui-même; c'est moa libérateur! (// l'embrasse avec transport.)

Dornal.

O bonheur! ô rencontre imprévue I

Kaled.

Comme ils s'embrassent ! Il l'aime : bon I il le payera.

Hassan.

Je n'en reviens point. Mon ami! mon bienfaiteur!

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