LETTRE X
A Madame.....
Voici le moment où je commence à soulever mon âme, après le coup qui vient de l'accabler. C'est ce qui m'a empêché, mon aimable amie, de répondre à votre lettre Un autre sentiment m'a empêché de courir à vous. J'ai craint, je l'avouerai, j'ai craint votre présence autant que je la désire; j'ai craint d'être suffoqué en voyant, dans ces premiers jours, la personne que mon amie aimoit le plus et dont nous parlions le plus souvent. Le cœur sait ce qu'il lui faut, et quand il le lui faul. C'est de vous que j'ai besoin maintenant : j'irai vous voir au premier jour, mais le matin, vers les dix heures. Je ne réponds pas du premier moment ; mais je ne suffoquerai point, parce que mon
cœur peut s*épancher auprès de vous. Mais, quand je songe que ce même jour, et sans doute à cette même heure où je serai chez vous, elle vous verroit aussi... Je m'arrête, et ne puis plus écrire; les larmes coulent ; et c'est, depuis qu'elle n'est plus, le moment le moins malheureux.