‹ œuvres choisies de N. Chamfort;Chapitre 38 sur 40 · LETTRE XVI · texte numérisé non relu

LETTRE XVI

A la Citoyenne

1 5 frimaire, l'an II de la République.

C'est un besoin pour moi, mon aimable amie, de vous écrire, et je suppose qu'en ce moment-ci vous êtes disposée à faire grâce aux défauts de mon écriture. Je ne croyois pas, lorsque vous déchiriez votre linge pour mes blessures et pour m'envoyer de la charpie, que je pourrois sitôt tracer de ma main les remercîmens que je vous ai adressés du fond du cœur. Ils seront courts, cette fois-ci, mais ils n'en seront pas moins vifs : appliquez-leur ce qu'on dit des prières, ce qui n'empêche pas d'en faire quelquefois de longues qui valent bien leur prix.

On me flatte d'obtenir bientôt ma liberté. Je suis diflîcile en espérance, mais je ne veux pas avoir

LETTRES DIVERSES itj

pour moi-même la cruauté de repousser celie-ci. Je serois pourtant plus voisin de vous au Luxembourg ; mais vous ne me souhaitez pas d'être votre voisin à ce prix.

Adieu, mon aimable amie. Respect et tendresse, et sensibilité à vos peines que je sais.

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