SCÈNE II l8l
Hassan, souriant.
Oui, mais en récompense...
Zayde.
Quoi?
Hassan.
Rien. {A part.) Pourquoi lui dire cela' C'est détruire une idée agréable. [Tout haut.) J'ai fait vœu d'en délivrer un tous les ans. Si nos gens avoient fait quelques esclaves aujourd'hui, qui est précisément l'anniversaire de mon mariage , je croirois que le Ciel bénit ma reconnoissance.
Zayde.
Que j'aime votre libérateur sans le connoître! Je ne le verrai jamais... je ne le souhaite pas au moins.
Son image est à jamais gravée dans mon cœur.
Quelle âme!... Si vous aviez vu... On rachetoit quelques-uns de nos compagnons; j'étois couché à terre ; je songeois à vous , et je soupirois. Un chrétien s'avance et me demande la cause de mes larmes. « J'ai été arraché , lui dis-je , à une maîtresse que j'adore; j'étois près de l'épouser, et je mourrai loin d'elle, faute de deux cents sequins. » A peine eus-je dit ces mots, des pleurs roulèrent dans ses jeux. « Tu es séparé de ce que tu aimes ! dit-il; tiens, mon ami, voilà deux cents sequins; retourne chez toi, sois heureux, et ne hais pas les
chrétiens. » Je me lève avec transport, je retombe à ses pieds, je les embrasse; je prononce votre nom avec des sanglots ; je lui demande le sien pour lui faire remettre son argent à mon retour. « Mon ami, me dit-il en me prenant par la main , j'ignorois que tu pusses me le rendre, j'ai cru faire une action honnête : permets qu'elle ne dégénère pas en simple prêt, en échange d'argent. Tu ignoreras mon nom. )> Je rettai confondu, et il m'accompagna jusqu'à la chaloupe, où nous nous séparâmes les larmes aux yeux.
Zayde.
Puisse le ciel le bénir à jamais ! Il sera heureux, sans doute, avec une âme si sensible!
Hassan.
Il étoit près d'épouser une jeune personne qu'il devoit aller chercher à Malte. •
Zayde.
Comme elle doit l'aimer!