SCÈNE IV
ROSSO , seul.
Les aventures courent après moi, de même que les bubons et les ulcères courent après celui qui s'empêtre avec Béalrix »', et je ne parle point des dix écus avancés, ni des lamproies escroquées au pêcheur, car ce sont des bagatelles. Il m'est venu, grâce à Dieu età mes habiles menées, une telle bonne fortune, que je ne changerais point mon sort contre celui d'un évêque. Monseigneur mou maître est amoureux, et il garde avec plus de soin le secret de son amour, qu'il uç M\. ^Q\v«x%^\!\.\<t
m'aperçus, il y a plusieurs jours, en le voyant sans cesse parler seul, soupirer et rester tout pensif , que Gupidon lui dissèque le cœur *^, et j'ai ouvert la bouche deux ou trois fois pour dire : « Qu'avez-vous donc, maître ? » mais je me suis tu. Or, qu'advint-il ? cette nuit, en furetant par la maison , car je suis hardi comme un moine àla procession, je m'arrêtai à la porte de la chambre du patron, et, prêtant l'oreille, je l'entendis babiller en songe ; il s'imaginait être aux prises avec son amie, et disait: « Li vie, je meurs ! Li vie, je brûle ! Livie ! je me pâme ! » Et, avec une longue kyrielle de niaiseries, il se recommandait à elle tout charnellement ^*, Et puis, changeant d'entretien, il disait : «
< Luzio! combien tu es heureux de jouir de la plus belle dame • qui existe! > Ensuite, revenant à Livie, il murmurait : < Mon
< âme ! mon cœur ! cher saog ! douce espérance ! etc. > Alors j'entendis remuer sa couchette de telle sorte que j'eus peur d'avoir affaire aux Bulgares*^. Aussi m'en retournai-je à mon lit , et ruminant ceci et cela dans ma tête, je pensai au moyen de lui jouer un bon tour pour lui tirer tout ce que je voudrais des maios. Et je l'avais presque oublié, à cause des occupations que j'ai eues en allant me divertir, en trompant le pêcheur et en mangeant avec Gappa les lamproies dans la révérendissime taverne. Or, voici mon affaire : j'irai trouver Alvigia, qui corromprait la chasteté même, car sans elle, je ne peux rien ; et , muni de ses ordres, je me chargerai de la magnanime entreprise d'assassiner mon gros âne , mon grand misérable, mon archicoïon de maître. Ces imbéciles-là sont volontiers crédules, quand il s'agit d'être aimés des duchesses et des princesses " ; c'est pourquoi il me sera plus facile de l'abuser qu'il ne l'est de mal réussir à la cour. Maintenant, allons trouver Alvigia. Oh !. quelle fête ce sera!