SCÈNE X
VÀLÈRE, PARÂBOLAN.
VALÈRE. Je cherche à savoir la cause de votre langueur, non pour me donner des airs de courtisan**, mais pour remplir le devoir d'un fidèle serviteur, et pour vous procurer un remède, fût-ce avec mon propre sang.
PARABOLAN. C'cst toi, Valèrc?
VALÈRE. Moi-même, qui, m*é(ant aperçu que l'amour (ait de vous ce qu'il a coutume de faire de toute noble personne, désire savoir ce qui en est, afin de prêter assistance, par ma fidélité, à vos nouveaux désirs.
PARABOLAN. 11 y a autro chose.
VALÈRE. S'il y a autre chose, pourquoi me Je cacher, à moi, qui tiens plus à votre contentement qu'aux yeux de la tête? Et, si c'est de l'amour, manquez-vous de courage à tel point que vous supposiez difficile de posséder une femme ? Eh ! que devraient donc faire les amants privés de toutes les choses dont vous êtes si richement pourvu ?
PARABOLAN. Si dc sages paroles avaient un baume pour guérir les plaies d'autrui, tu aurais déjà cicatrisé les miennes.
VALÈRE. Eh ! monseigneur, sortez d'une aussi étrange erreur, et gardez-vous, en vo\is affligeant vous-même, de consoler ceux qui envient tant votre grandeur : car, si la renommée fait connaître la mélancolie qui vous consume, quelle joie en auront vos amis, quel profil vos serviteurs, et quelle gloire la patrie?
PARABOLAN. Supposons quc je fusse amoureux, quel remède me donnerais- tu?
VALÈRE. Je vous trouverais une entremetteuse,
PARABOLAN. Et pUiS?
ACtÈ II, SCÈNE X. 123
VALÈRE. Par son entremise j^enverrais une lettre à celle que vous aimez tant.
PARABOLAN. Et si elle la refusait?
VALÈRE. Les femmes ne refusent ni lettres ni présents.
PARABOLAN. Que voudrais-tu que je lui écrivisse ?
VALÈRE. Ce que Pamour vous dicte.
PARABOLAN. Si clIc Ic prenait mal ?
VALÈRE. Le prendre mal? Ah ! nos fenmies ne sont plus si cruelles. Il fut un temps où Ton se tourmentait dix ans pour avoir d'elles une parole. Pour leur faire accepter une lettre, il fallait employer jusqu'à la nécromancie ; et, à la (in , la liaison une fois faite •*, force était de s'accrocher à quelque toit, au risque de se rompre le cou , ou bien de rester un jour et la moitié d'une nuit dans quelque froide cellule, au cœur de l'hiver, ou sous un tas de foin quand le monde brillait de chaleur ; et un faux pas®*, un flux de ventre, une chatte, un rien te faisait échouer complètement. Mais j'oublie les échelles de cordes ! Mes cheveux se dressent en pensant à la chute de celui qui y montait.
PARABOLAN. Quc veux-lu inférer de là?
VALÈRE. J'en veux inférer qu'à présent on entre par la porte en plein jour ; et les amants ont tant de bonheur, qu'ils sont favorisés par les maris eux-mêmes : parce que les guerres, les pestes, les famines, et les mœurs du temps ^, qui portent chacun à se donner du plaisir , ont putanisé ®® toute l'Italie , si bien que cousins et cousines, beaux-frères et belles-sœurs, frères et sœurs, se mêlent ensemble sans scrupule, sans la moindre honte, et sans aucun remords de conscience. Et , n''était que j'en rougis pour elles, je vous nommerais autant de femmes que j'ai de cheveux à la tète. Ainsi, monseigneur, ne désespérez point de contenter vos désirs : vous pouvez compter sur un plein succès, plus que le Fléau desprinces*^^ ne compte sur la courtoisie du général de l'empereur en Italie.
PARABOLAN. L'assurancc que tu me donnes ne diminue en rien ma peine.
VALÈRE. Or 8US, ressuscitez cette hardiesse qui a toujours guidé Tos pas dans les entreprises difficiles. AHpos à la maison, et pensons au moyen d^envoyer la lettre ; et peut-être sauraije accommoder quatre lignes de paroles amoureuses en votre faveur.
PÂRÂBOLAM. Allons; aussi bien, en quelque endroit que je sois, je ne sais comment calmer mon coeur ^.