‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 20 sur 218 · ACTE II , SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE II

TULLiA. Reconnais-moi.

MéA. Le diable ne vous reconnaîtrait pas !

TPLLU. Ah ! ah ! ah I

MÉA. Mais d^où vient-on? Où va-t-on? Et comment se portet-on?

TULLIA. Je viens d'amour, je vais à repoSy et je me porte sur mes jambes.

MÉA. En regardant le monde comme fait exprès pour qu^on s'y donne du bon temps, vos pareilles y sont fqrt bien placées.

TULLIA. Et toi, d'où sors-tu ? Où vas-tu? Et comment te portes-tu?

MÉA. Je me porte bien , je vais à la maison , et je sors de Pauberge de la Bella, où je suis restée un bon moment à parler avec un Pérugin chez qui j'ai été élevée.

TULLIA. Est-il squvent venu dans cette ville?

MÉA. L'envie de gagner gros au commerce des joyaux l'y a traîné par les cheveux, avec une bourse pleiiie de florins qui fument...

TULLIA. Grand bien lui fasse !

MÉA. Tout neufs sortis de la Monnaie.

TULLIA. Je lui souhaite santé et gain.

MÉA. Cinq cents et plus !

TULLIA. Sait-il au moins les dépenser?

MÉA. Les femmes le ruinent, parce que les Pérugins, dit-on, naissent avec des femmes au cou.

TULLIA. Comment se nomme-t-il ?

MÉA. Boccaccio.

TULLIA. Qui a-t-il de parents '*?

MÉA. Sa mère, qui s'appelle Ciencia; sa femme, qui se nomme Panta , que lui donna un vaillant et sage capitaine ; un petit garçon de six ans, Renzo^; et son aïeule Bertoccia. Puis, il a des biens à Tubiano, ù la Spiua. et ailleurs encore ; et, comme son père, qui avait nom Gnagni de la Cupa, venait- souvent ici, y restant des mois et des années, il aime ce pays; et de plus, grâce à Dieu , parce que son père y laissa enceinte* une fille, alors belle, très-belle, nommée Berlhe, la(juelle.> éUwV Va^^^w-

vrcté luèrae, se mit à êlre femme galante et de joyeuse vie*. Puis, elle devint si riche qu^elle ne voulait plus rien entendre; et, quand on sWrait à elle par centaines, en lui rappelant ce qu'elle avait été, elle répondait : < Il est passé le temps où < l^rlhe filait ! »

TULLiA. Et de là vient donc le root usité en proverbe?

MÉA. Je crois qu'oui.

TULLIA. Je te remercie de m'avoir conté cela.

MÉA. Croiriez-vous que le Boccaccio, que je vous ai dit, m'a, tout à l'heure, montré la moitié d'un carlin papal, que son père coupa par le milieu, et dont il donna une moitié à garder à sa bonne amie, en réservant l'autre pour lui ?

TULLIA. Pourquoi cela?

MÉA. Pour pouvoir, avec un tel indice , retrouver son véritable enfant, dans le cas que lui, ou elle, mourrait.

TULLIA. Ainsi devraient être tous les hommes * !

MÉA. Bon voyage, pendant que moi je tournerai de ce côté, et continuerai ma route.

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