SCÈNE XIV
TULLIA , LISA , BOCCACÇ(p.
TULLiA. Messire frè !
LISA. Elle n'a pu dire r^, tant la tendresse fraternelle la met hors d'elle-même !
BOCCACCIO. Où suis-je, moi... ?
LISA. Elle ne peut reprendre haleine !...
BOCCACCIO. Je rêve éveillé!...
TULLIA. MoncherBo...l)o...ca...a...accio !
ACT II , SciNE XIV. 31
feoccAGCio. Remettez-vous un peu , amabilité des amabili-
TULLU. Ni ma pâmoison, ni ce déluge de larmes, pendant
^e je vous embrasse et baise, ne doivent point vous surprendre; car c'est votre sœur, qui — qu'elle meure maintenant, s'il plaît à Dieu ! — mourra bien heureuse , puisqu'elle vous a FU enfin une fois, bu ! hu I bu I
BOGCACCio. Je suis hors de moi !
TULLU. Oui, je l'ai vu !
LisA . Plus de larmes, vous autres !
BOGCACGio. Je ne sais que dire.
LI8A. Us semblent faits dans le même moule !
TULLU. Honorable frère !
LiSA. C'est tout son sourire !
TVi^LU. Si mon mari, qui reviendra demain matin , était ici à présent , je vous prouverais, en vous montrant la moitié d'un carlin papal, que vous êtes bien mon frère.
BOCCACCio. Ceci suffit pour que je vous croie, puisque jo l>orte sur moi l'autre moitié du carlin.
LisA. Ce sont les mêmes gestes, les mêmes manières.
BOCCACCIO. aimable sœur !
TULLU. Comment se porlc M«»<' Ciencia ?
BOCCACCIO. Elle se maintient le mieux qu'elle peut.
TULLU. Et Panta, ma belle-sœur?
BOCCACCIO. A merveille I
LISA. Dieu! Quel fronf !
TULLU. Lorenzino étudiait déjà?
BOCCACCIO. Il est trop petit pour aller à l'école.
MSA. Je tombe des nues '^!
TULLU. Notre père, messire Gnagni, est donc mort?
BOCCACCIO. Il faut se résigner.
LISA. Oh! oh! oh!
TULLU. Ya-t-il eu bonne récolle, chaque année, à la Spina et à Tubiano ?
BOCCACCIO. Nous ne pouvons nous en plaindre.
LISA. Je m'y perds!
TULLiA. Est-il bien vrai (]ue le pape habite en ce moment le château de Pérouse ?
BOCCACcio. Certainement.
TULLIA. Et que les Baglioni^ n'y sont pas ?
BOCCACCIO. Cest la vérité.
LiSA. Ah! ah! dh!
TULLIA. Mais pourquoi n*avez-vous point eu Fidée de descendre chez nous, et non ailleurs ?
BOCCACCIO. Accusez-en l'ignorance où j^étais de notre parenté.
TULLIA. Maintenant, montons là-haut; car, quand je vous aurai conté de quel sang je suis du côté de ma mère, vous ne voudriez point, certes, que je ne vous fusse pas ce que je vous suis.
BOCCACCIO. Sans en entendre davantage , je m'en glorifie !
LISA. ParlezHnoi de ça!