‹ Œuvres choisies de P. ArétinChapitre 97 sur 218 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

LE SIENNOIS , MESSIHE MACO.

LE SIENNOIS. Le voilà, lisez le titre?

MACO. La rie des Turcs, composée par Févêque de Nocera '*. Oh ! que la grosse vérole te vienne '** ! Que veux-tu que je fasse des Turcs? Il me prend envie de m'en laver les mains... Comme si je ne l'avais pas dit !... Emporte-le donc.

LE SIENNOIS. Je lui ui demandé les Courtisans^ et il m'a donné ce livre-ci ; et il m'a dit : < Sache si ton maître veut le mal français de Stiacino de Sienne "*. »

MACO. Quel mal français ? Suis-je homme à l'avoir?

ACTK I, SCèNR VIK 95

LE siÉNifois. Est-ce un si grand mal de Tavoir ?

MACO. Viens à la maison, que je t'assomme.

LE siENNOis. Je me révolterai, maître.

BiAco. Va donc, c^r je veux prendre Grillo, et te laisser, toi.

kSCÈNE VII.

KOSSO , GAPPÀ , laquais de mesiire Paraholano.

Rosso. Notre maître est le plus genlil bourreau, le plus excellefit vaurien et le plus vénérable Ane de tonte Tltalie. Et , quand Dieu le dirait... Il n'y a pourtant pas mille ans qu'il faisait compagnie à "Sarapica^', et maintenant il faut lui parler selon les quartiers de la lune.

CAPPA. Certainement, qui voudrait dire qu'il ne fût pas un vaurien, mentirait par la gorge ; et j'îii noté un vilain procédé du ribaud. Il dit aux serviteurs qui s'arrangent avec lui : « Vous m'éprouverez un mois ; de mon côté, j'éprouverai un mois votre service. Si je vous plais, vous resterez à la maison ; et, si vous ne me plaisez point, à moi, vous vous en irez. » Au bout du mois, il dit : < Vous ne faites point mon affaire, vous. »

Bosso. J'entends la ruse : par ce moyen, il est bien servi , lui, et ne paye point de salaire.

CAPPA. II y a vraiment de quoi rire, et de quoi renier Dieu out ensemble, lorsque, appuyé sur deux serviteurs, il se. fait lacer ses chausses ! Que si les aiguillettes ne sont point pareilles, si les bouts ne se rejoignent pas l'un avec l'autre, ses cri§ vont jusqu'au ciel.

ROSSo. Oublies-tu le papier parfumé qu'il se fait porter à la garde-robe dans deux plats d'argent? Et il n'en userait point,' si *le parfumeur ne lui faisait crédit.

CAPPA. Ah ! ah I Je ris tout bas quand, à l'église, par chaque ave Maria qu'il dit, le page, qui se tient devant lui, dépêche un paler nosier du chapelet qu'il lient à la main ; puis, pour prendre l'eau sainte, ledit page se baise le doigt, et, le trempant dans l'eau, la présente, avec une très-espagnole révérence, au bout de ce doigt, avec lequel le traître se signe le front.

Rosso. Ah ! ah! ne lui compare pas Pex-prieur de Capoue, qui, quand il urinait, se faisait dénouer la braguette par un page, et par un autre mettre Toiseau hors de la cage ; et qui , (fuand on lui peignait la barbe, faisait rester là un valet de chambre avec un miroir à la main ; mais si, par malheur, un poil dépassait les autres, le barbier en était mauvais marchand. CAPPA. Ah ! ah ! dis-moi, as-tu fait attention aux coïonneries qu'il fait en se nettoyant les dents après un repas ?

ROSSO. Comment I si j'y ai fait attention I Je ne me lasse pas de voir le soin quMl y met ; car, après quMl a passé trois heures à se les frotter avec l'eau, puis avec la serviette, et avec le doigt, à chaque sottise qu'il entend, il ouvre la bouche tant qu'il peut, afin qu'on voie ses dents blanches ; et ce n'est point chose a omettre que sa manière de marcher avec majesté, de se tordre les poils de la barbe, et de regarder le prochain avec un regard distrait.

CAPPA. Voulons-nous, uue belle nuit, lui donner d'une ha chette sur le chef? et qu'il eu soit après ce qu'il pourra.

ROsso. Donnons-lui un bon coup, afm que les autres, ses pareils, apprennent à vivre. 5fais voilà Yalère: je crains qu'il ne nous ait entendus. Tournons de ce côté.

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