‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 100 sur 147 · A LA REINE-MÉRE CATHERINE DE MÉDICIS · texte numérisé non relu

A LA REINE-MÉRE CATHERINE DE MÉDICIS

QUI VOYAGEAIT DANS LE ROYAUME AVEC SES FILS CHARLES IX ET HENRI, DUC D* ANJOU, DEPUIS ROI

Gomme une belle et jeune fiancée, • De qui l'amour reveille la pensée , Souspire en vain son amy nuict et jour.

Et triste attend l'heure de son retour.

Feignant tousjours, tant son esprit chancelle. De son retard quelque cause nouvelle ;

De tel désir toute France, qui pend

De vos vertus, vostre présence attend,

Et le retour de nos deux jeunes princes,

Qui dessous vous cognoissent leurs provinces.

» Éd. P. Bi., t. m, p. 283.

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Mais quand on dit que Phebus aux grands yeux

Aura couru tous les signes des cieux ,

Et que la lune à la coclie attelée

De noirs chevaux, sera renouvelée

Par douze fois sans retourner icy,

Paris lamente et languit en soucy,

Et ne sçauroit, quoy qu'il pense ou regarde.

Songer le poinct qui si loin vous retarde.

Seroit-ce point le Rhosne impétueux?

Le cours de Seine aux grands ports fructueux

Est plus plaisant. Seroit- ce point Marseille?

Non, car Paris est ville sans pareille :

Bien que Marseille en ses tiltres plus vieux

Vante bien haut ses Phocenses ayeux,

Qui d'Apollon fuyans l'oracle et l'ire,

A son rivage ancrèrent leur navire.

L'air plus serein des peuples estrangers Et le doux vent parfumé d'orangers De leur douceur vous ont-ils point ravie ?

La peste, hélas! vous a tous] ours suivie.

De Languedoc les pâlies oliviers Soal-ils plus beaux que les arbres fruitiers De vostre Anjou ? ou les fruits que Touraine Plantez de rang en ses jardins ameine?

Je croy que non. Y vit-on mieux d'accord?

Mars en tous lieux, de vostre grâce, est mort.

Qui vous tient donq si loin de nous, Madame?

C'est le désir de consumer la flame Qui peut rester des civiles fureurs, Et nettoyer vos provinces d'erreurs.

Vostre vouloir soit fait à la bonne heure :

Mais retournez en la saison meilleure, Et faites voir au retour du printemps De vostre front tous vos peuples contents.

Votre Monceaux * tout gaillard vous appelle,

Sainct-Maur pour vous fait sa rive plus belle,

Et Ghenonceau rend pour vous diaprez

De mille fleurs son rivage et ses prez;

La Tuillerie au bastiment superbe

Pour vous fait croistre et son bois et son herbe,

Et désormais ne désire sinon

Que d'enrichir son front de vostre nom.

Et toustefois par promesse asseurée

Ils ont ensemble alliance jurée

De leur vestir de noir habit de dueil

Jusques au jour que les raiz de votre œil

Leur donneront une couleur plus neuve.

Changeant en verd leur vieille robe veuve,

Et que jamais ils ne seront joyeux ,

Beaux ny gaillards qu'au retour de vos yeux.

Si vous venez, vous verrez vos allées Dessous vos pas d'herjbes renouvellées , Et vos jardins plus verds et plus plaisans Se rajeunir en la fleur de leurs ans.

Ou bien, Madame, ils deviendront stériles, Sans fleurs, sans fruits, mal-plaisans, inutiles, Et peu vaudra de les bien disposer.

Les bien planter, et bien les arroser c

* Monceaux, lieu de plaisance en Brie. — Chenoneeau, en Totiraine. — Saint-Maur^ à deux lieues de Paris.

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Le jardinier ne pourra faire craistre

Herbe ne fleur sans voir l'œil de leur maislre.

Quand voirrons-nous quelque tournoy nouveau.

Quand voirrons par tout Fontainebleau

De chambre en chambre aller les mascarades ?

Quand oirrons-nous au matin les aubades

De divers luths mariez à la vois?

Et les cornets, les fifres, les haubois,

Les tabourins, violons, espinettes

Sonner ensemble avecque les trompettes ?

Quand voirrons-nous comme balles voler Par artifice un grand feu dedans Tair?

Quand voirrons-nous sur le haut d'une scène Quelque Janin* ayant la joue pleine Ou de farine ou d'encre, qui dira Quelque bon mot qui vous rejouira?

Quand voirrons-nous une autre Polynesse Tromper Dalinde^, et une jeune presse De tous costez sur les tapis tendus Honnestement aux girons espandus De leur maistresse, et de douces parolles Fléchir leurs cœurs et les rendre plus molles, Pour sainctement un jour les espouser, Et chastement près d'elles reposer?

* Janin, farceur à la mode.

* C'était une certaine pièce qui fut représentée de son temps.

C'est en ce poinct, Madame, qu'il faut vivre, Laissant Tennuy à qui le voudra suivre.

De vostre grâce un chacun vit en paix :

Pour le laurier Tolivier est espais Par toute France, et d'une estroite corde Avez serré les mains de la Discorde.

Morts sont ces mots, Papaux et Huguenots !

Le prestre vit en tranquille repos, Le vieil soldat se tient à son mesnage.

L'artisan chante en faisant sou ouvrage , Les marche» sont fréquentez des marchands, Les laboureurs sans peur sèment les champs, Le pasteur saute auprès d'une fontaine.

Le marinier par la mer se promeine Sans craindre rien : car par terre et par mer Vous avez peu toute chose calmer.

En travaillant chacun fait sa journée :

Puis quand au ciel la lune est retournée.

Le laboureur délivré de tout soing Se sied à table, et prend la tasse au poing : Il vous invoque, et remply d'allégresse Vous sacrifie ainsi qu'à la déesse, Verse du vin sur la place; et aux cieux Dressant les mains et soulevant les yeux, Supplie à Dieu qu'en santé très-parfaite Viviez cent ans en la paix qu'avez faite.*

C'est bien plutôt comme des vœux honorables et comme des conseils indirects qu'il feut prendre ces

* Éd. P. Bl., t. III, p. 380.

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descriptions riantes de la félicite publique, que comme d'absurdes et plates flatteries.

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