‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 2 sur 147 · II AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

II AVERTISSEMENT

notice^ notes et commentaires , par C.-A. Sainte- Beuve, et avait pour épigraphe rhémistiche de Martial : Habent sua fat a libelli.

La sensation que produisit cette double publication à une époque de curipsilé et d'effervescence poétiques fut considérable. Il y eut alors comme un véritable renouveau pour la gloire de Ronsard ; et ce retour du goût public ne fut point passager. L'enthousiasme perdit sans doute de sa première chaleur, mais la place élevée à laquelle le poète a droit dans l'histoire de notre littérature fut définitivement fixée. Depuis, on n'a plus cessé de s'occuper de Ronsard, de rééditer ses œuvres ou choisies ou complètes, et même d'en rechercher dans les manuscrits du temps les parties inédites, ou enfin d'étudier la biographie de l'auteur de la Franciade.

Quels qu'aient été ces travaux, on peut dire qu'ils n'ont pas effacé la publication qui donna le premier élan à la curiosité publique. M. Sainte- Beuve, avec la sagacité du critique et du poète, avait, dans l'œuvre touffue du vieux lyrique, recueilli la fleur, l'élite, — non pas sans doute tout ce qui doit survivre de Ronsard, mais ce qui doit rester dans la mémoire des lettrés ; ce qui est propre à faire apprécier et goûter aux générations nouvelles le génie « de l'Apollon de la source des Muses » , comme l'appelait la reine Marie Stuart ; ce qui mérite de devenir plus ou moins classique, c'est-à-dire d'être étudié par la jeunesse, d'être

POUR LA PRéSBNTB ÉDITION III

cité comme on cite des modèles ou des morceaux de choix d'ua autre âge et d'être signalé particulièrement à l'attention, au point de vue de l'histoire de notre Jangue et de notre poésie.

Le premier de ces deux volumes dont nous venons de parler, le Tableau historique et critique de la poésie française et du théâtre français au xvi^siècle, fut plusieurs fois réimprimé. M. Sainte- Beuve l'accrut notablement dans des éditions successives. Il n'en a pas été de même du second volume, qui resta tel qu'il était d'abord. L'auteur, cependant, songea à le refondre, à donner au recueil plus d'ampleur. Il était déjà atteint par la maladie lorsque cette idée lui vint. Dans le cours de relations où je rencontrai beaucoup de bienveillance et de précieux encouragements, et dont le souvenir m'est cher, il me parla de son projet, il me proposa de m'y associer. Lui-même me remit l'exemplaire de l'ancienne édition qui devait servir de base à la nouvelle. Il fut convenu que l'ouvrage, remanié et développé, prendrait place dans la collection des Chefs-d'œuvre de la littérature française éditée par MM. Garnier frères, et les prospectus traçant le plan de cette collection annoncèrent en effet les Œuvres choisies de Ronsard^ par MM. Sainte-Beuve et Louis Moland.

M. Sainte-Beuve mourut avant que ce dessein eût été mis à exécution. Les éditeurs voulurent que la promesse faite à leurs souscripteurs fût tenue et que les Œuvres choisies de Pierre de

lY AVERTISSEMENT

RoTvsardy avec notice, notes et commentaires ^ par C.-A. Sainte-Beuve^ enrichissent leur collection. Ne pouvant plus prendre les avis de l'auteur du recueil de 1828, ni m'autoriser de son approbation présente, je n'étais plus en droit de faire subir à l'ouvrage les modifications projetées dans un travail en commun. Il ne m'était plus permis que de le reproduire, sauf à y faire quelques légères corrections dont la nécessité était indubitable et que M. Sainte-Beuve n'eût pas manqué d'y faire lui-même, quelques additions soit dans le texte, soit dans les notes, trop peu considérables pour altérer le caractère de l'ouvrage et dont la nouvelle origine serait toujours indiquée au lecteur; et c'est effectivement à quoi mon rôle s'est réduit. Ce volume contient donc les ŒtCDres choisies de Pierre de Ronsard^ avec notice, notes et commentaires, par C-A. Sainte-Beuve^ telles qu'elles parurent il y a cinquante ans. Les lettrés ne regretteront peut-être pas tous que le recueil soit demeuré ainsi dans sa forme première : cet ouvrage est lui-même à présent un monument d'une époque particulière, l'un des manifestes d'un mouvement littéraire important; et il y a de bonnes raisons pour n'en point changer la physionomie.

Nous reproduisons le texte donné par M. Sainte- Beuve. Si nous avions, en effet, adopté d'autres leçons , nous aurions couru le risque que les appréciations et les observations du critique n'eussent plus été justifiées par le texte. Pour permettre aux

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