DE L'ÉDITION DE
On n'a fait jusqu'ici que des choix fort incomplets et fort maladroits de Ronsard. Il convenait pourtant de mettre le public à même de juger de cette grande renommée déchue, et d'en finir, une fois pour toutes, avec une question littéraire qui jette tant d'incertitudes sur le berceau de notre poésie classique. J'ose espérer que le choix qu'on va lire sera définitif : s'il ne trouve point grâce et faveur, Ronsard aura encore une fois perdu son procès, et j'aurai été la dupe d'une illusion de jeune homme. C'est toutefois avec confiance que je me présente, les pièces en main. Dans les commentaires qui sont joints au texte, j'ai fait usage, pour toute la partie érudite, des anciens commentaires de Muret, Belleau, Richelet, Garnier, Marcassus. Ces excellents hommes seraient heureux, j'en suis sûr, de savoir que ce larcin peut être bon en quelque chose à leur cher et grand Ronsard. J'ai de plus essayé de motiver mes
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éloges et mon admiration, toutes les fois surtout qu'il y aurait pu y avoir différence dans la manière de juger; et j'ai par conséquent été amené à toucher en passant les points essentiels deTart. Pour qui se donnera la peine de rapprocher les doctrines éparses dans ce commentaire et dans mon Tableau de la Poésie au xvi® siècle, il en sortira toute une poétique nouvelle, dont je suis loin d'ailleurs de me prétendre inventeur. Quoique cette poétique française se montre ici pour la première fois en plusieurs de ses articles, quoique aucun critique n'ait encore envisagé de cette manière la versification et le rhythme en particulier, je me hâte de faire honneur de ces idées neuves aux poètes delà nouvelle école que j'ai eu souvent occasion de citer. Sans doute, en ce siècle de haute philosophie, de lumineuse érudition et de grave politique, beaucoup de ces fines remarques, de ces confidences techniques à propos d'une chanson ou d'un sonnet, pourront d'abord sembler futiles et ridicules. Sans me dissimuler le péril, je l'ai bravé, sûr après tout d'obtenir grâce auprès du bon sens de l'époque, si je n'ai été ni faux ni commun.