‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 8 sur 147 · SUR RONSARD XIII · texte numérisé non relu

SUR RONSARD XIII

sard naquit donc le 11 septembre 1524* au château de la Poissonnière, dans le Vendômois, d'une famille noble, originaire de Hongrie. Mis à neuf ans au collège de Navarre, sous un régent nommé de Vailly, il se dégoûta des études, et entra au service du duc d'Orléans, fils de François I®^, puis à celui de Jacques d'Ecosse ; de là un séjour de trois années en Grande- Bretagne. Il revint de nouveau au duc d'Orléans, qui l'envoya en divers lieux et l'adjoignit à diverses ambassades. C'est dans un second voyage en Ecosse, entrepris vers cette époque, qu'il fît naufrage avec le sieur de Lassigny, et qu'il dut son salut à un coup de la fortune. Il avait seize ans alors (1540); il suivit Lazare de Baïf en Allemagne, à la diète de Spire, et aussitôt après, quoiqu'il n'en dise rien dans l'épitre, le célèbre capitaine Langey Du Bellay, en Piémont. Mais il venait d'être atteint d'une surdité, qui le dégoûta de la cour et du monde : l'amour, qui s'empara de son cœur à Blois, en avril 1541, ajouta peut-être encore à ce dégoût des plaisirs, à cette passion soudaine pour la retraite et l'étude. Il se mit donc, vers

1 Non pas, comme on Ta avancé, le Jour même de la bataille de Pavie, mais durant Tannée. La bataille de Pavie eut lieu le 24 février 1525; comme Tannée alors ne commençait qu'à Pâques, on rapportait cette bataille à la date de 1524, et j'y rapporte aussi la naissance de Ronsard. Goujet pourtant le fait naître en 15^. 11 s'agirait de savoir si, dans son épitre à Belleau. Ronsard compte Tannée à la nouvelle ou à l'ancienne manière. 11 était né sous l'ancienne chronologie, mais peut-être ^u'au moment oîi il fit Tépltre il suivait la nouvelle (voir au dictionnaire de Bayle l'article Ron^ sard sur ces incertitudes). Ce qui fixerait tout, ce serait de vérifier si c'était en 1524 ou on 1525 que le 11 septembre tombait un samedi^ puisqu'il dit être né un tel jour de la semaine. J'en laisse le soin à quelque bénédictin futur. (Noue de la première édition^ développée dans l'édition du Tableau de la poésie, de 4845.J

XIV NOTICB

1541 OU 1542 au plus tard, au collège de Coqueret, sous les soins de Jean Dorai ou Daurat, qu'il avait connu chez Lazare de Balf. Jean- Antoine de Baîf, fils naturel de Lazare, et Rémy Belleau devinrent ses condisciples les plus intimes ; il faut leur joindre Lancelot de Caries et Marc-Antoine Muret, qui depuis s'illustrèrent dans la poésie et Féloquence latines. Là, durant sept années d'études, au milieu des veilles laborieuses et des discussions familières, au sein de cette école normale du temps, si Ton peut ainsi dire, Ronsard jeta les fondements de la révolution littéraire qui changea l'avenir de notre langue et de notre poésie.

Cette retraite de sept années nous mène jusqu'en 1548 ou 1549, époque où les essais de Ronsard et de ses amis commencèrent à franchir les murailles du collège, et à se répandre dans le public des érudits et des courtisans. C'est vers la fin de ces sept années, peut-être dans la dernière, conune on pourrait le croire d'après Claude Binet*, que Ronsard, revenant de Poitiers à Paris, fit la renconlre de Joachim Du Bellay, jeune gentilhomme angevin ; ils se convinrent aussitôt, et se prirent d'une vive amitié l'un pour l'autre. Ronsard emmena Du Bellay à Paris, et l'associa aux études communes sous Dorât. Peu après

* Claude Binet, quoique ami et disciple de Ronsard, parait assez inexactement informé des premières années de ce poète, et les dates qu'il donne me semblent souvent suspectes. {Note de la première édition.) Dans la préface mise en tête de la première édition de ses odes (i5o0)» Ronsard loue Du Bellay et parle de la longue fréquentation qu'ils ont eue ensemble, ce qui suppose au moins deux ou trois ans de familiarité et reporterait le début de leur liaison vers 1547 ou i548 au plus tard. {^Addition de Védilion du Tableau de la poésie, de 4876.)

SUR HONSARD XV

(1549-1550), Du Bellay publia son Illustration de la langue françoise où il développa si éloquemment ses idées et celles de ses amis. Il ne parait pas que Ronsard eût rien -publié encore de considérable quand Du Bellay porta ce premier coup à la vieille école ; on ne saurait douter pourtant que ce coup ne partit de lui au moins autant que de Du Bellay, et ce serait à la fois une erreur et une injustice d'attribuer à celuici une priorité qui appartient évidemment à Tautre. Sans Ronsard, il est douteux que Du Bellay se fût jamais livré à la poésie, surtout au genre alors moderne de baute et brillante poésie ; sans Du Bellay, Ronsard n'eût rien perdu de ses idées, et la réforme se serait accomplie également. Dans une pièce où il évoque l'ombre de Du Bellay, Ronsard met à la bouche de son ami les paroles suivantes, que tant de contemporains auraient pu démentir, s'il y avait eu lieu :

Amy, que sans tache d'envie

J'aimay quand je vivois comme ma propre vie, Qui premier me poussas et me formas la vois A célébrer Thonneur du langage françois, Et compagnon d'un art tu me montras l'adresse De me laver la bouche es ondes de Permesse, * etc.

'SJ Illustration de Du Bellay irrita bien des amourspropres et souleva bien des inimitiés. Les quatre premiers livres d'odes de Ronsard, imprimés en 1550, peu de mois après, furent violemment attaqués, à la cour, par Mellin de Saint-Gelais et sa coterie. ^ Du

* Discours à Loys des Masures.— Édit. P. Bl., t. VU, p. 52.

• Mellin de Saint-Gelais était pourtant excepté dans la préface (ainsi qu'Héroët et Scève) du jugement sévère porté sur les devanciers; il parait qu'il ne se trouva pas satisfait de l'exception.

XVI NOTIGB

Bellay, dans la satire du Poète courtisan, Ronsard, en plusieurs endroits de ses odes, ripostèrent avec amertume ; on a beaucoup cité cette strophe du dernier (il s'adresse à Tombre de Marguerite de Navarre, la sœur de François P'^, et, comme il Fappelle, au saint astre Navarrois) :

Escarte loin de mon chef Tout malheur et tout meschef ; Perserve-moy d'infamie, De toute langue ennemie Et de tout acte malin ; Et fay que devant mon prince Désormais plus ne me pince La tenaille de Mellin 1 *

Le docte L'Hospital, qui était alors chancelier de madame Marguerite, sœur de Henri II, prit en main la cause des novateurs, et alla même jusqu'à composer, sous le nom de Ronsard, une satire latine dont nous donnerons quelques passages :

Magnificis aulae cultoribus âtque poetis Haec Loria scribit valle poeta novus,

[Note de l'édition du Tableau de la poésie, de ^87 6.) Le dernier biographe de Ronsard {Biographie universelle) a commis une erreur en disant que Mellin de Saint-Gelais se déchaîna souvent contre Ronsard devant François /«', et en ajoutant : « La cour était partagée entre Ronsard et Saint-Gelais ; Joachim Du Bellay avait aussi ses partisans. • François l'^' était mort depuis plusieurs années, et Joachim Ou Bellay n'avait d'autres partisans que ceux de Ronsard. {Note de la première édition.)

1 Cette strophe s'est adoucie et le nom de Mellin a disparu dans les réimpressions. {Note de V édition du Tableau de la poésie, de 4876.J

Edit. P. Bl., t. Il, p. 326. Voy. aussi, dans le tome préliminaire de cette édition des Œuvres complètes, p. i36, les strophes à madame Marguerite, sœur du roi Henri II. (L. M.)

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