A REMY BELLEAU
Du grand Turc je n'ay soucy Ny du grand Tartare aussi :
» Éd. P. Bl., t. II, p. 275.
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L'or ne maistrise ma vie : Aux roys je ne porte envie :
Je n'ay soucy que d'aimer Moy-mesme et me parfumer D'odeurs, et qu'une couronne De fleurs le chef m'environne.
Je suis, mon Bellbau, celuy Qui veux vivre ce jourd'huy :
L'homme ne sçauroit cognoistre Si un lendemain doit estre.
Vulcan, en faveur de moy, Je te pri', despesche-toy De me tourner une tasse, Qui de profondeur surpasse Celle du vieillard Nestor :
Je ne veux qu'elle soit d'or ; Sans plus fay-la-moy de chesne, Ou de lierre, ou de fresne.
Ne m'engrave point dedans Ces grands panaches pendans, Plastrons, m(»rioQS, ni armes :
Qu'ay-je soucy des allarmes, Des assaux et des combas?
Aussi ne m'y ^ave pas Ny le soleil ny la lune, Ny le jour, ny la nuict brune, Ny les astres, ny les Ours : * Je n'ay souci de leurs cours, Encor moins de leur Charrette, D'Orion, ny de Boëte.
* Les Ourses, constellations*
Mais pein-moy, je te suppli, D'une treille le repli Non encore vendangée :
Peins une vigne chargée De grapes et de raisins ; Peins-y des fouleurs de vins, Le nez et la rouge trongne D un Silène et d'un yvrongne. *
, Imité de deux odes d'Anacréon réunies en une seule.
^ Les Muses lièrent un jour
De chai sues de roses Amour, Et pour le garder, le donnèrent Aux Grâces et à la Beauté, Qui voyant sa desloyauté Sur Parnasse l'emprisonnèrent.
Si tost que Venus l'entendit.
Son beau ceston elle vendit A Vulcan, pour la délivrance De son enfant, et tout soudain, Ayant l'argent dedans la main.
Fit aux Muses la révérence.
Muses, dcc.-ses des chansons, Quand il faudroit quatre rançons Pour mon enfant, je les apporte; Délivrez mon fils prisonnier :
Mais les Muses l'ont fait lier D'une chaisne encore plus forte.
« Éd. p. Bl., t. 11, p. 276.
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Courage donques, Amoureux, Vous ne serez plus langoureux ; Amour est au bout de ses ruses ; Plus n'oseroit ce faux garçon Vous refuser quelque chanson, Puisqu'il est prisonnier des Muses. *
Imité d'Anacréon, mais avec supériorité. L'idée de faire vendre à Vénus sa ceinture est de Ronsard ; la conclusion de la pièce, Courage donques^ Amoureux^ lui appartient encore.
Pourtant si j'ay le chef plus blanc Que n'est d'un lys la fleur esclose, Et toyle visage plus franc Que n'est le bouton d'une rose,
Pour cela moquer il ne faut Ma teste de neige couverte :
Si j'ai la teste blanche en haut.
L'autre partie est assez verte.
Ne sçais-tu pas toy qui me fuis, Que pour bien faire une couronne Ou quelque beau bouquet, d'un lis Tousjours la rose on environne ? *
Toujours d'Anacréon.
Plusieurs de leurs corps desnuez Se sont veus en diverse terre,
» Éd. P. Bl., t. II, p. 285.
» Éd. P. BL, t. II, p. 286.
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Miraculeusement muez,
L'un en serpent et l'autre en pierre ;
L'un en fleur, Tautre en arbrisseau, L'un en loup, l'autre en colombelle :
L'un se vid changer en ruisseau.
Et l'autre devint arondelle.
Mais je voudrois estre miroir Afin que tousjours tu me visses :
Chemise je voudrois me voir, Afin que souvent tu me prisses.
Volontiers eau je deviendrois, Afin que ton corps je lavasse * Estre du parfum je voudroîb.
Afin que je te parfumasse.
Je voudrois estre le riban Qui serre ta belle poitrine :
Je voudrois estre le carquan Qui orne ta gorge yvoirine.
Je voudrois estre tout autour Le coral que tes lèvres touche, Afin de baiser nuict et jour Tes belles lèvres et ta bouche. *
D'Anacréon.
Pourquoy , comme une jeune poutre * De travers guignes-tu vers moy ?
* Ed. P. Bl., t. II, p. 287.
" Poutre, jument.
Pourquoy farouche, fuis-tu outre Quand je veux approcher de toy ?
Tu ne veux souffrir qu'on te touche, Et ne veux souffrir que la main D'un escuyer, ouvrant ta bouche, T'apprivoise dessous le frein ;
Puis te voltant à toute bride.
Ton corps addresseroit au cours, Et, le piquant, seroit ton guide Par la carrière des amours.
Mais bondissant tu ne fais ores Que suivre des prez la fraicheur, Pource que tu n'as point encores Trouvé quelque bon chevaucheur. ^
D*Anacréon.