‹ Œuvres choisies de P. de RonsardChapitre 92 sur 147 · LOUANGES DE LA ROSE · texte numérisé non relu

LOUANGES DE LA ROSE

Verson ces roses en ce vin, En ce bon vin verson ces roses, Et boivon i*un à l'autre aûn Qu'au cœur nos tristesses encloses Prennent, en boivant, quelque fin.

La belle rose du printemps, AuBBRT, admoneste les bommes Passer joyeusement le temps, Et, pendant que jeunes nous sommes, Esbattre la fleur de nos ans.

Tout ainsi quelle defleurit Fanie en une matinée.

Ainsi nostre âge se fleslrit.

Las I et en moins d'une journée Le printemps d'un bômme périt.

Ne veis-tu pas hier Brinon Parlant et faisant bonne chère.

Qui, las I aujourd'huy n'est sinon Qu'un peu de poudre en une bière.

Qui de luy n'a rien que le nom ?

» Ed. P. BU, t. H, p. 291.

Nul ne desrobe son trespas ; Gharon serre tout en sa nasse ; Roys et pauvres tombent là bas :

Mais cependant le temps se passe, Rose, et je ne te cbante pas.

La rose est Tbonneur d'un pourpris, La rose est des fleurs la plus belle, Et dessus toutes a le pris :

C'est pour cela que je l'appelle La violette de Gypris.

La rose est le bouquet d'Amour, La rose est le jeu des Gharites ; La rose blanchit tout autour Au malin de perles petites.

Qu'elle emprunte du poinct du jour.

La rose est le parfum des dieux, La rose est l'honneur des pucelles.

Qui leur sein beaucoup aiment mieux Enrichir de roses nouvelles, Que d'un or tant soit précieux.

Est-il rien sans elle de beau ?

La rose embellit toutes choses ; Venus de roses a la peau.

Et l'Aurore a les doigts de roses, Et le front le Soleil nouveau.

Les Nymphes de rose ont le sein, Les coudes, les flancs et les hanches ; Hebé de roses a la main.

Et les Gharites, tant soient blanches, Ont le front de roses tout plein.

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Que le mien en soit couronné, Ce m'est un laurier de victoire :

Sus, appeîon le deux-fois-né, Le bon Père, et le faison boire, De cent roses environné.

Bacchus, espris de la beauté Des roses aux feuilles vermeilles.

Sans elle n'a jamais esté, Quand en chemise sous les treilles Il boit au plus chaud de Testé.

Verson ces roses en ce vin. Ce commencement est imité d' Anacréon passim, et de Tépigramme de Martial :

Sextanfees, Calliste, duos infunde falerni, Et super œstivas, Âlcine, funde nives.

Pinguescat nimio madidus mihi crinis amomo, Lassenturque rosis tempora sutilibus.

Jam vicina jubent nos vivere mausolœa^ Cum doceant ipsos posse perire deos.

La rose est l'honneur d'un pourpris. Tout le reste est une imitation de Tode d'Anacréon où le poète amoureux et buveur célèbre la rose. Ronsard a lié cette seconde imilation à la précédente par une transition pleine de naturel et d'à-propos :

Mais cependant le temps se passe, Rose, et je ne te chante pas.

^ ;c Ici le rhythme est encore inventé. ^ ^v s

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