RELATION
■Dvisi ÈYÊmwmi fort bxtraûrddîairë.
Quand oa lit d'AioâdU ks ftîti iaimitablM^ r < , l*aQt de cIiÂteauz fbrcéi , etc.
Cm n'a point de regret que oe aoienit là des iàU^;
.mai^ on en auroit beaucmip peftd>étre qu'une relation aus» intéressante que ceUe qa'on va Itre^ ne ftkt
4>as .certaine daoïsSQutes sescirconstances.
£T AN£CBOT£S. jîÇ)l
, L'asage des jSngloîs est, comme le nôtre , de faire nourrir leurs eii&nts à la campagne par des femmea qiû se présentent au bazaird, ou da-tnoins sur de fort légères recommandations. On sait à quels iqconvéments cette confisnce expose souvent des parents crédules. Une dame riche et de qtlelque naîssanee , avoit ainsi livré sa iSlle unique, le premier fruit de son mariage ; et se reposant sur la bonne foi de la nourrice, qui avoit un enËœt du même sexe, elle n'avoit pas d'autresoin que de la payer régulièrement. Qùdques mois se: passèrent sans trouble; mais la nourriceétantmorte subitement, son mari qui étoit un laboureur fort simple^ et qui n^voit jamais oon-! sidéré les deux enfants avec assez d^attention pour hb distinguer, se trouva dans Fiœposaîbilité. de re«» oonnotire le sien. La probité dont il manquoit moins que d'esprit , le porta bien à confesser son embarras* à son curé ; mais n^ea pouvant recevoir aucune lu-*, mière , il prit le parti de les transporter tous deuxk la ville, et de les présenter à ktdame qiû d^oit partager sa peine. Après lui avoir expliqué leur mai^i b^ir commun, îi lui dit avec la même firanchilse, que si elle n'avoit pas les yeux plus clairvoyants que lui, il étoit d'avis qu'elle prit celui des deux pour lequd elle se sentoit le plus d'inclination.
JEn effet, elle n'avoit guèresà choîâr d'autre vdM« Après avoir tiré biep des conjectures de la ressem* biance de quelques traits avec les siens, et du ph«{
mpin^de déficaieste dans le teîot'et.fti cdmj^xion , ees.règles nelui paroisçant pointcertaiiaes, ilen&IIut revenir à ceUé du fkeiMhaDt , qui ne manqua point ^ cfomme. on se l'iibagine aisément, .de se dédarer' pour la plus joUe des deux fittis. Le paysan ftit congédié avec ceHe qu'on liii laissa pour partage, il- Féleva dans les exercices de la çâilipa^e , tandis quer l'autre fut traitée avec toute lad^icatesse qui con-^ Tenoit à la condition où le bazard Pavoiit,fait entrer. . . Mais rien n'étant si sujet à changer que les pre^ nuers traits de l'enfance, il ariiva que eelle a qui la" fortune aToil^:fait donner k préféirence, devint sL laide avant l'âge de qninseans, quW la^citoit pour un exemple de difiEormité dans le quartier^ La dame^ qui passoit pour sa mère fut d'autant plus affligée de cette idisgnfDe, cfue le ciel ne lui avoit point accolade d'autre:enfant. Dans le chagrin qu'elle en res* senitok , se rappehm ii^nelquefois l'a^venture qui l'a-* ^tVmdUe $a fille, elle ne ptit résiéier à la curio^ site tdè voir celle qu^^e avoit rejetée; etsand cotû-> muniquer son dessein, elle se fit un JQur men^df; seule dans le villi^e oit elle étoit sàre dé la trouver. EUp là vît. Si elle n'y reniarqua .point un prodige de beauté , elle y trouva du-moins une figure des plus aimables; des yeux tels qu'on les souhaite à 1» viilef atf teint que l'ardeur du soleil n'avoit pu ternir, et dont on pou voit espérer encore mieux aveu un peiji de fortuné et de repos ; une bouche et dea
dents qui avoient triomphé de la noirceur et de là, grossièreté des aliments j enfin, la taille non*iseulement droite, mais assez bien prise pour i^arottre noble et dégagée, sous un habit vil et informe. L'impression de cette vue se joignant au dégoût que la dame avoit pour sa fille, il ne lui resta pas le moindre doute qu'elle ne se fût malheureusement trompée dans son choix, et que le tendre nom qu'elle avoit accordé à l'autre ne convint unique-* ment à celle-cL £Ue ne manqua point d'aiAeurà de prendre le trouble que cette pensée lui causa pour un avertissement de la nature, et l'amour-propre ne lui persuada pas moins aisément qu'une si jo^ lie personne avoit beaucoup de ressen^blance avec elle.
Elle Fauroit accablée de caresses dans le premier transport ; mais la prudence l'obligeant de garder des mesures, eUe se contenta de faire appeler le paysan. EUe le prit à l'écart , et suivant quelques vues qu'elle avoit formées sur*-le*champ, elle lui déclara que par de nouvelles lumières dont elle étoit redevable à la bonté du ciel;, elle avoit enfiù reconnu qu'ils s'étoient trompés tous deux lorsqu'ils avoient réglé le sort de leurs enfants. Y ous avez ma fille , lui dit-elle , que je viens vous redemander , et )e suis prête à vous rendre la vôtre. Son dessein étoit d'abord de sonder les dispositions de ce bon bomme. Elles les trouva plus favorables qu'elle n'a-
PréTost. Tome XXXV. l3
ig4 . AVENTURÉS
voit espéré. Sa fille éfoît un fardeau pour lui ; il Ini importoit peu qu'elle conservât ce nom , lorsqu'elle ne devoit le perdre que pour devenir plus heureuse j et peut-être se jQatta-t^il que sa fortune s'étendroîl jusqu'à lui. Il consentit donc tout-d'un-ooupà la pre^ mière partie de cette proposition. Mais avec plus dé pigeaient qu'on ne l'en auroit cru capable , il re- |»résenta qu'il y auroit peu de raison et de justice èi le charger d'un autre en&nt, dont il savoit fort loiea que l'éducation n'auroit pu faire une fille propre au travail.
Comme on ne songeoit à rien . moins qu'à Vy forcer ) et qu'on n'avoit touché cet article que pour s'assurer du fond de ses sentiments, on eut trop de joie de le trouver de si bonne composition sur le seul point qu'on avoit à: cœur. La jeune fiUe fut appelée aussitôt. On eut soin de lui donner un air dé propreté avant que de la fairç pàroitre ; et celui qu'elle avoit pris jusqu'alors pour spu père la remit lui-même à la dame qui vouloit être sa mère, et qui se hâta de l'emmener à Londres. Quelques pistoles laissées à sa place, qui furent regardées comme l'au^ gurq de qudque chose d^-plus à l'avenir, émpéchè-^ reût que sa perte ne fût sentie trop amèrement. '- - l\ n'étoit pas difficile à la dame de Lohdrœ d'introdtiire une étrangère dans sa mtaàdn'y et de lîi traiter même avec toutes les distinctions qn'eHe pût s'imaginer pour satisfaire sa tendresse; mais com^
£T ANECDOTES. îgS
ment la faire reconnoitre pour sa fille, et quel moyen de la faire entrer dans le droit d'héritage ? Son mari, qui avoit toujours été dans le secret , iut aussitôt consulté. S^étiaint'prévenu du même pcn^ ohant pour unefiUe si aimable, il fut d'avis que, sans s'«poser à mettre le trouble dans sa maison , il devoit remercier le ciel de lui donner deux en-« £ints pour un , comme s'ils foss^it nés de son ma^ liage. Il n'en avoit point d'autres. Ses riebesses suf^ fiscHent pourles établir honnêtement. Ce partiiui parut beaucoup plus sûr que celui d'une distinction qui ne pourroit jamais avoir de fondement raison^ nable, el qui lui laisseroit toujours sujet de douter s'il ne se seroit point rendu coupable d'une injusH tice-
Personne ne l'accusa d'avoir manqué de sagesse dans ce raisonnement ; mais il falloit prévoir deux difficultés qu'il étoit presque imposisible d'éviter: L'une du côté de sa femme , qui n'avoit point assez d'empire sur ses sentiments pour tenir la balance si égale entre ses deux filles 5 Fautre du côté de o^le qui étoit de tout temps en possession de ce titJDe, ^ qui ii'étoit pas disposée à le partager si légèrement» Dès les premiers jours, la &veur de la mère se déidara si vi^blement pour la dernière venue , que la jalousie et les. murmures éclatèrent bientôt dans, la bouche de l'autre. Le mal ne fit qu^augmenter à mesure que sa sœur se forma aux usages de la viUe,
et cpLe l'art parut relever ses agréments nature»/ Celle-ci se nommoit Anne, et l'autre Sara. Aniie n^abusa point de ses avantages 3 mais elle ne put empêcher qu'une infinité de jeunes gens ne la trou-, vassent aimable j et cette observation, quin'échaf^a point à la malheureuse Sara , fut pour elle un coup mortel. Ne pouvant plus contenir sa haine, elle^ chercha toutes les occasion^ de la marquer, sans eo^ exciter toième les injures et les outrages.
Ce fat dans un de ces violents démêlés ^ue la mère, à qui Anneavoit eu jusqu'alors assez de bonté; pour les cacher^ survint au bruit de quelque em-^ portement de Sara. La vue de sa fille cHérie, qu'ire trouva les yeux en pleurs , et qui ne put lui en dé* guiser la cause dans ce moment d'amertume, l'émut jusqii'au point de ne plus garder de mesures. Elle apprit à Sara que si elle étoit soufferte dans la maison, c'étoit par une indulgence dont dUte n'étoit pas digiie; et lui déclarant qu'elle n'étoit que la fille d'un paysan, elle hudonina ordre.de respecter désormais celle qu^on h» p>^iBettoxt encore de nom* mer sa scemr , mais qui étoit en eSst sa maîtresse , et qui hii Ëiisoit trop de grâce; en prenant avec elle un nom plus tendre et plus familier. . v
Sayra n'étoit point sans esprit; le poids de Fau^ tprité paternelle l'avoit empêchée d'abbrdr d'ex2^ miner avec trop de soin de quel dnoit on lui dou'jsoit une sœur qu'dle n'avoit jamm connue. Mai^
^ voyaïil j^oussee jusqu'«\ perdre le titre et les droits^ de sa naissance , elle résolut d'approfondir un mystère si funeste , et de se faire rendre juislicè à force ouverte. Elle découvrit facilement de quel village Sa sœur étôît venue , et les informations qu'elle se procura Payant assurée qu'Anne n'avoit jamais passé elle-même que pour la fille d'un paysan, qui vivoit tencôre , et qui pouvoit rendre témoignage de sa naissance , elle se persuada de plus en plus que son: père et sa mère ne pouvant lui ravir ses droits que par une imposture , il lui seroit aisé dé les soutenir tnalgré eux. L'argent lui manquoit pour les fraisTles^ jprdcédures ; mais sa hardiesse ifut d vivement ex-' citée par le dépit et la haine, qu'dle prit le parti de s'ouvrir à un avocat, moins riche qu'avide de le devenir, en lui p'roiïièttànt de se donner à lui' avec toutes ses espérances , sHl avbit assez dTiàbileté pour f es faire valoir et pour la venger. Ge motif eut Fefiet qu'elle s'en étôit promis. L'avocat , qui h'envîsageoit que la fortunesab^^s'arréter à lalaidéur , conimençar par vérifier secrètement la naissance de Sara. Les t^stres de fe- paroitee qui portôient son nom et son âge, le témoignage- des anciens domestiques de la maison , à qui l'aventure avoit toujoiirs été soigneusement cachée , la déposition même des par* rents et des voiisins, tout enfin paroissant favorable, il ne balança point à recevoir des promesses dont l'âg^ ne diminue point la v^i^té en Angleterre, et
iqB avent,ures
se les étant fait coûfinner par des gages encore pln$ certains, il entreprit cette affaire avec tcMite rardeur> de la chicane, lorqu'elle est animée par Fayarice.
Comme la difficulté rouloit sur deux points, Pua consistant à prouver la naissance de Sara , et l'autre  détruire la supposition de celle d'Anne , ii avoit remis ses observations sur cdui-ci après réclaircissèment de l'autre^ assea; satisfait d'abord de se croire certain du principal intérêt qui le faisoit agir , et sur lequel i} fondoit toutes ses vues. Cependant le se* GOnd objet demandant ai)sd ses soins, à-peine se iut-il assuré de Sara, qu'il se tran^orta loi-même à la camps^ne d'où Anne étoit venue , pour se jBettre en état , par ses propres lumières , de pousser G^tte pattie de soa entreprise avec autant de vigueur que l'autre. Mais après> en avoir Qpnçu une fort bonne idée sur le rapport de plusieurs hs^bitants du village,. quel fut son étonnement , lorsque ^'adressant au curé et au paysan même qi^ti pas$oit pour le père d'Anne, il apprit par un récit fort simple toutes les circonstances de l'ancienne aventure ! 1) avpit jurop de jugement pour ne pas comprendra que, dans un C9S si singulier , le caprice d'une mère n'ayoit pu siïffire pour Gxer la coadition d'un en* Î9UûXy et que ps^r conséquent l'incertitude étant toujoutçla même,il nerésiiltoit rien du premier choix qui fût oapablededpnner I'e)U)lusioJi à l'une d^ Glle^ plutôt qu'à l'autre. JJ'iiepm; j:€lvis^ dcis. louanges à
Ja sagesse et à la bonté d'iia père , qui a?oit mieux: aimé se charger d'un double fardeau que de s'exposer, par uoe préférence aveugle, à priver un en-* faut de l'état qu'il dévoila la nature. Il prévit même que les tribtiùaux de la justice ne réformerdient rien à une di^osition si raisonnable. L'emporter ment de la mère contre Sara , et la pnéSérence vio^ lente qu'elle avoit donnée à l'autre , furent les seuls mystères qui lui parurent, capables de l'arrêter ; todh les pénétrant encore, il ne douta point que la cause de cet éclat n'eût été quelque querelle passagère ; et il s'en crut encore plus a^uré , lorsqu'il fit réflexioa qu'il n'en étoit arrivé aucun changement dans la condition présent^jet dans les errances des deux filles.
Ainsi revenant à Londres avec moins de satisfaction qu'il n'en étoit parti ^ il commençoit à craindre de s^étre engagé trop loin , et de ne retirer que de la confiision de son entreprisé au-lieu delà fortune qu'il en avoit attendue. Il trouva de nouveaux sur jets de crainte dans une fausse démarche que l'imr patience avoit déjà fait fair^ à Sara. N'ayant, pu se contraindre assez pour attendre à ^rtir de la maîson de son père que les procédures fissent comniencées, elle s'étoit retirée chez un' 4^ ses bnples , qu'elle avoit eu l'adresse de faire entrer dans ison ressentiment ; et ne gar4apt aucune mesure,: tdle avoit déjà faijt éclater ses projets de vengeance» Vavocat^ qui apr-
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prit cette lâcheuse nouveOeen arrivant, ne vit point d'antre moyen pour se mettrq à couvert du ridicule , que de se rendre aussitôt chez le père et chea& la mère , auxquels il confessa l'imprudence qu'il avoit eue de s'en rapporter trop aisément à une fille furieuse. U ne déguisa pas même ses mptiÊ y qui avoient été l'envie de s'enrichir en l'épousant. Le père , homme facile et toujours disposé à traiter ses deux filles avec une certaine égalité, prit si bien cette confidence, que loin de s'ofienser contre Sara, il fut ravi de trouver une occasion de la marier^ que sa laideur lui avoit fait craindre de n'avoir jamais. Suivez vos premières vues , dit-il à l'avocat } je lui ferai une fortune qui ne lui laissera point de jalousie pour celle que je réserve à sa sœur. La proposition fut acceptée; on convint que Sara seroit rappelée sans bruit, et que le mariage serôit célébré peu dé jours après.
Ce traité supposoit le consentement de Sara^ -qu'on étoit bien éloigné d'obtenir. Soit honte, soit fureur, elle ne put apprendre ce qui s'étoit passé^ 'saifô ressentir plus vivement que jamais Toutrage qu'elle croyoit avoir reçu. Tous les avantagés qui 'lui étôient offerts n'enipéchoiènt poidt que sa naissance ne demeurât incertaine; elle ne voulut souffrir aucune composition sur cet article, et traitant son avocat deperfidë, die engagea'son oncle,^qtu ignoroii ^eneof 6 les circonstlamces de l'anciemie avoiture, a
ET ANECDOTES. âOl
prendre ouvertement sa cause. Le procès alloit commencer sans ménagement, lorsqu'un nouvel incident changea tout-à-fait la scène.
. Anne avoit îaît quelques liaisons depuis son sé-« jour à Londres, et d'une connoissance à l'autre, elle étoit parvenue à se lier particulièrement avec la fille du ministre de la paroisse. Il étoit servi depuis quinze ans par une vieille gouvernante, qui n'avoit jamaispensé à quitter une condition si douce. Un jour que cette femme s'étoit mêlée dans quelqu'entretien de sa jeune maîtresse et de son amie, il lui édiappa de nommer le lieu de sa naissance, qui étoit le même village d'où Anne étoit venue. Celle-ci ouvrant l'oreille à un nom qui lui étoit toujours cher, demanda ardemment des explications. Elle en donna.elle-méme sur quantité de circonstances, dont il est surprenant qu'une fille de Loiidres fût si bien instruite ; de sorte que la gouvernante eut la curiosité de s'informer, après son départ, comment elle pouvoit les avoir apprises. Le ministre qui n'âvoit pu ignorer toùt-à-fait l'histoire des deux soeurs, surrtout depuis que l'avocat avoit consulté ses registres, raconta amplement ce qui étoit venu à sa connoissance. Il fiit étrac^ement surpris d'entendre dire à sa gouvernante qu'elle étoit en état de donner bien des lumières sur ce qui paroissoit bieû obscur, et qu'ayant été la meilleure amie de la uourrîce, elle se sbuvenoit de l'avoir ai«
aO« AVENTURES
dée dans une opération dont les traces dévoient encore subsister, et leveroient nécessairement toutes les incertitudes. Elle assura là-dessus son maître^ que la nourrice dont elle lui dit le nom , ayant reçu de Londres un enfant nouveau-né qu'elle s'étoit cbargée de nourrir, et s'en trouvant un du même sete, l'embarras où elle craignoit d'être tôt ou tard pour les distinguer, lui avoit fait prendre le parti de marquer l'un des deux dans quelqu'endroit du . corps où cette marque fût secrète et sans danger ; que s'étànt ouverte à elle en lui demandant son se^ cours, eDes avoient fait rougir ensemble un petit anneau de fer qu'elles avoient appliqué sur la plante du pied droit de la petite étrangère, et qu'il étoit impossible qu'une figure si bien imprimée fiit di&^ parue tout-à-fait. Je quittai le^ village quelques se-r maines après, dit-elle, et n'y ayant eu depuis au* cune communication , je n'ai su ni la mort de ma voisine , ni le sort des deux enfants.
Une preuve de cette nature étoit si claire et si dé* clsive , que la chicane n'y pouvoit rien opposer. Le ministre qui ne croyoit point que l'amour des biens célestes auxquels sa profession l'obligeoit partîcu-^ Uèrement, pût l'empécber d'en avoir un^ peu ponr ceux de ce bas monde, résolut de faire servir cette connoissance à l'établissement d'un de ses frères, jeune officier, mieux pourvu de mérite que de bien^ II ordonna le sil^ice à sa fille et à sa gouvernante;
ET ANECDOTES. So5
et s'étant rendu chez celui qui passoit pour le père des deux demoiselles , il lui dit Daturellement qu'ayant entendu parler du désordre qui étoit prêt d'éclater dans sa famille, il vènoit lui en offrir le remède; mais que sans avoir recours à FartiâcQ pour s'assurer le prix du service qu'il vouloit lui rendre , il lui déclaroit qu'en lui faisant reconnoîtré sa fille à des marques certaines, son espérance étoit de l'obtenir en mariage pour son frère. Cette ouverture ne fat pasd'abord reçue aivec autant de joie qu'il s'en étoit flatté. La mère tremblant qu'un éclaircissement, de quelque nature qu'il fût, ne se trouvât pas favorable à sa cbère Anne, répondit froidement qu'il étoit bien tard pour espérer des certitudes qu'elle n'avoit pu se procurer dans l'espace de quinze ans; qu'elle se contwtoit de celles qu'elle tiroit de son inclination, et que perr sonne d'ailleurs n'avoit droit de se plaindre , lorsque les deux en&nts étoient traitée sur le même pied. Le mari, sur qui l'habitude de voir Sara faisoit' presque autant d'impression que son penchant pour Anne, ne parut pas plus empressé; et loin de pen*ser à se délivrer de l'une ou de l'autre, il pria le mi^ nistre d'employer l'autorité que li}i donnoit son \ caractère, pour arrêter l'entreprise de Sara, qui
vouloit se perdre par un éclat inutUe. A l'égard du msoîage proposé, comme la naissance du minîsire étoL t de quelque distinction ^ et le mérite de son
2o4 AVENTURES
frère fort connu , on ne marqua point d'éloignément , pourvu qu'Anne n'en eût point pour le mari qu'on lui ofiroit.
Si cette réponse ne satisfit poiilt absolument le ministre, elle ne lui ôta pas l'espérance de réussir par une autre voie. C'étoit beaucoup d'avoir obtenu le consentement du père et de la mère pour le mariage qu'il méditoit; mais comme il ne le souhaitoit lui-même qu'autant que la naissance d'Anne deviendroit céi'taine , et qu'il croiroit donner à ^n frère une femme ricbe et bien née , il résolut de se procurer la «certitude qu'on refusoit de recevoir. Anne étoit souvent avec sa fille; il prit une de ces occasions pour lui parler du doute où elle étoit de «on sort, et la voyant bien échauffée par l'offre qu'il lui fit de l'éclaircir secrètement, il n'y mit point tl'autre condition que son mariage avec son frère. Elle l'avoit assez vu pour le trouver aimable. Son consentement fut donné sans violence ; après quoi le ministre la pria de se déchausser, et prenant liiimême sa jambe, il chercha la marque qui devoit éclaircir tous les mystères. Anne se défia tout-d'uncoup de ce qu'il cherchoit , parce qu'elle coniioissbit cette marque; et comme elle ignorait encore si c'étoit le signe de son bonheur ou de son maUieur, elle tomba évanouie de frayeur, et ne feviât à èKé-mémé qu'au bruit des applaudissemeiits <lu ministre, qui ne put modérer sa joie en voyant .seB espérances
ET ANECDOTES. âo5
keurettsement remplies. La gouvernante fî^appelée au noiéme moment; elle répéta les explications qu'elle avoit déjà données à son maître, et elle vé-i rifia elle-même la marque, qui se trouva exacte^ ment conforme à son témoignage.
Xe premier mouvement d'Anne l'auroit portée à découvrir cette heureuseaventureà sa mère, sileministren'eûtezigédesa reconnoissancequ'élleluilaissât le ménagement d'une si agréable ouverture. Sa crainte étoit que le mariage de son frère n'en devint plus difficile. Il retourna chez le père, pour se bâter de lui faire renouveler sa parole aux premières conditions; et le pressant de conclure la cérémonie, il la fit célébrer en effet peu de jours après. Mais à-peîne eût-il obtenu ce qu'il avoit désiré, que suivant sa propre ardeur autant que celle de sa nièce, il prit le père et la mère en particulier, pour leur communi- ' quer une découverte k laquelle ils s'attendoient peu* Ils en forent ravis jusqu'au tran^ort, et la mère ne vouloit pas différer un moment à publier sa joie. Cependant.la: bonté et la prudoaee du père lui fi« rent concevoir qud aUoit être le désespoir de la oialheureose Sara : il ne put étouffer ce sentiment de tendresse, et voulant lui assurer dù*moins un état honnête et tranquille, il demanda le temps d'exécuter un projet qui kli venoit à l'esprit.
Ce fut d'aller trouver Sara chez son oncle, et de lui apjprendre que son . sort étoit réglé par de»
do6 AYBNTUEES
preuves s^os réplique , en Fassuranl oéanmoms que ^ loin de fabandonner, il étoit toujours résolu de lui faire la dot qu'il lui ayôit destinée, sr elle vouloit renoncer à des poursuites inutiles , et prendre niôn destement le parti d'épouser l'avocat. Il ne perdit pas un moment. Sara reçut son discours ave^: un torrent de larmes, et ne voyant plus de jour <^ l'es-, pérance, elle parut se soumettre à tout ce qu'on lui proposoit. L'avocat , qui n'avoit point changé det sentiment, reçut avec joie l'avis qu'on lui donna de^ se reddre à l'église. Ils furent mariés, et le père remplit ses engagements de bonne grâce.
Le ministre, la mère et les deux familles, qui entrèrent dans les mêmes sentiments , n'ayant guères tardé k répandre le bruit de cette aventure, chaque' circonstance qui revint aux oreilles de Sara, fiit pour elle un coup mortel. Son mari même contribua à l'augmentation de ses chagnns par des mar-^ ques de dégoût qui n'étoient peut-être que l'effet de sa laideur, mais qu'elle prit pour un reproche méprisant de la bassesse de sa naissance. Elle passa ainsi quelques mois daii^ une langueur qui étoit capable d'exciter la pitié. JEn vaiu le père et la mère d'Anne , qui n'avoient pas perdu pour elle une cer^ taine affection que leur erreur mélne leUr a voit ià-spirée,.s'efforçèrent-*i]s dé la consoler par leurs car^ resses et leurs bienfaits. Elle évitoit leur présente; et celle d'Anne étoit encore un tourfneat plus insup4
ET ANECDOTES. tOJ
portable; le seul nom de cette heureuse rivale la jetoit quelquefois dans des transports dont on ne pouvoit attendre que des suites funestes. Enfin, six mois aprè^ son mariage, on la trouva p^idue dans sa chambre, avec un billet près (Telle qui paroissoit écri: le même jour, dans lequel elle reprochoit amèrement ses malheurs à la fortune. ISPayant point laissé d'enfants à son mari, il se trouva obligé de restituer son bien y quoique , sous prétexte qu'elle li^toit point la fîUe de celui que le public avoit cru son père, il employât toutes les ressources de la chicane, pour prouver que ce qu'dle avait reçu à titr^ dé dot, devoît être regardé commQ tm* simple présent dont il devbit demeurer le possesseur. Le père, homme riche et libéral, ne se seroit pas porté à eette rigueur eôntre l'avocal^, s'il n'eût voulu punir la dureté avec laquelle il avoit traité sa femme; et dans un pays où les morts volontaires seroi^it moins fréquentes, peut-être l'auroit-on sofupconné d'avoir eu part à sa mort. '
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