‹ Œuvres choisies du Chanoine Christophe SchmidChapitre 62 sur 107 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Châtiment des voleurs.

Quelques jours après, les gens que le comte avait envoyés à la poursuite des voleurs arrivèrent au château, amenant toute la bande , qu'ils avaient eu le bonheur de trouver réunie dans la caverne. Les

brigands étaient enchaînés deux à deux ; à la queue du convoi marchait une voiture chargée d'un grand nombre de caisses renfermant des effets volés, et sur laquelle on avait attaché aussi la bahémienne.

Après la disparition du petit Henri , les voleurs n'avaient point songé à le poursuivre; car, trouvant à leur retour la porte de fer bien et solidement fermée, et la fente du rocher leur étant inconnue, ils présumèrent que Tenfant s'était abtmé dans un des gouffres de l'ancienne mine , ou qu'il avait été écrasé par l'éboulement de quelque galerie. Le chemin qui conduisait à la fente du rocher était si dégradé , si dangereux , que jamais les voleurs n'avaient osé s'y engager pour voir où il menait ; et nul d'entre eux n'aurait voulu croire que leur jeune captif se fût évadé par un semblable chemin.

Ils furent donc extrêmement surpris lorsqu'en entrant au château ils aperçurent le jeune comte debout sous le portail , à côté de son père ; ils ne purent concevoir comment il leur avait échappé sans passer par la porte de fer. « Nous pensions , murmurait leur chef avec dépit , que personne ne nous égalait en ruse ni en courage , et voilà qu'ui) faible enfant nous confond par sa finesse , et nous fait charger de chaînes : n'y a-t-il pas là de quoi enrager? »

Un des musiciens , qui se trouvait aussi dans la bande , se dit à son tour : Nous avions enlevé cet enfant afin qu'il nous servît de garantie , et il arrive que c'est, au contraire, son enlèvement qui nous conduit à notre perte. On a donc raison de dire que celui qui spécule sur les avantages d*une mauvaise action trouve toujours à la fin qt^lque mécompte*

Quant au plus jeune des brigands, c'est-à-dire celui qui s'était montré si bon et si obligeant envers Henri , et dont le cœur n'était point entièrement dépravé , on l'entendit crier : « C'est Dieu qui a protégé la fuite de cet enfant : je suis bien aise de le voir sauvé , dût-il m'en coûter la vie. Dieu protège l'innocence, et punit le crime tôt ou tard. Ainsi s'est donc accompli envers nous ce que ma mère me répétait si souvent : « Quand même le méchant irait se cacher dans les entrailles de la terre, la justice divine saurait le découvrir et lui infliger le châtiment qu'il mérite. »

Lorsque Henri aperçut enchaîné parmi les brigands ce jeune homme, dont il n'avait point oublié les bons procédés h son égard, cette vue lui fit beaucoup de peine , et il pria instamment son pèrs de lui accorder la grâce de ce malheureux^ qui avait toujours été si bon pour lui. Le comte répondit que pour le moment il ne pouvait s'engager à rien, mais que ce jeune homme serait traité avec toute l'iodulgence permise. Les interrogatoires et l'instruction du procès ayant prouvé que ce jeune homme n'avait jamais versé de sang, et qu'il avait été plutôt domestique des brigands que brigand lui-même, on lui fit grâce de la vie; mais il futcondanmé à la prison perpétuelle. Le comte commua encore cette peine , et l'envoya dans une maison ds c<»rreetioQ où il devait rester jusqu'à ce qu'il donnât des preuves d'un sincère repentir; alors on lui permettrait de retourner chez ses parants.

Le comte , en lui signifiant cet arrêt , lui dit : « Vous voyez bien qu'aucun forfait ne reste impuni ; mais aussi jamais une bonne action ne reste

sans récompense. Vous ne devez l*adoucisseinent de Totre peine qa*à la manière dont vous avez agi envers mon fils; et pour mieux vous récompenser encore du bien que vous avez fait à mon enfant , je vous promets d'avoir soin de votre pauvre mère jusqu'à la fin de ses jours. Allez , comportez-vous bien , et faites en sorte que je puisse bientôt vous rendre k votre famille. »

Tous les autres voleurs montèrent sur Téchafaud , où ils subirent la peine qu'ils avaient méritée par leurs crimes. La bohémienne fut renfermée pour la vie dans une maison de correction. Les effets volés furent rendus à ceux des propriétaires qu'on put découvrir. Quant à ceux dont la restitution fut impossible faute de renseignements ou de réclamations, le comte en ordonna la vente, et le produit servit à fonder un hospice pour les orphelins.

Marguerite resta au service de la comtesse ; après tant de souffrances , eUe j passa des jours heureux et tranquilles. Georges , ce garçon jardinier dont nous avons parlé précédemment , s'était fait chasser depuis longtemps à cause de sa négligence et de sa légèreté; et comme, outre ces deux défauts, il était encore débauché et ivrogne, il tomba dans la plus affreuse misère, et mourut à la fleur de son ftge. Le jeune berger, richement récompensé, retourna dans les montagnes chez ses parents.

Le comte et sa famille désiraient que le père Ambroise se fixât pour toujours .au château. Ce bon vieillard voulut bien accorder quelques jours è leurs instances; mais on ne put le décider à renoncer à son ermitage; il résista à toutes leurs soUi-

citations. « Non, mes amis, disait-il, je Teui que le reste de mes jours soit entièrement consacré à Dieu, et ce n'est que dans ma solitude que je crois pouvoir bien accomplir ce vœu. J'ai assez vécu dans le monde , et il y a près de mon ermitage quelques malheureux qui ont besoin de moi. Se préparer à une vie meilleure par la prière et les bonnes œuvres, c'est , à mon âge surtout , ce que Ton peut faire de mieux. »

Au moment des adieux, qui furent extrêmement touchants , le vénérable vieillard donna sa bénédiction au comte, à la comtesse et au jeune Henri. Les larmes coulèrent de toutes parts; Henri, surtout, ne pouvait plus s'arracher des bras de son bienfaiteur. Toute la famille accompagna cet homme respectable jusqu'au bout de l'allée, où une voiture du comte l'attendait. Il les embrassa tous pour la dernière fois, et monta en voiture en disant d'une voix émue : Adieu t adieu, mes bons amis! Que la paix du Seigneur soit avec vùusî Nous nous reverrons dans le ciel !

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