ACTE I, SCÈNE X
MARTHON, à part aussi.
L'air n'y fait rien : je vous réponds de lui ; e'estrhomme qu'il nous faut.
MADAME ARGANTE
Pourvu qu6 monsieur ne s'écarte pas des intentions que nous avons, 11 me sera indifférent que ce soit lui ou un autre.
DORANTE
Peut-on savoir ces intentions, madame?
MADAME ARQANTE.
Connaissez- VOUS M. le comte Dorimontî C'est un homme d'un beau nom. Ma fllle et lui. allaient avoir un procès ensemble, au sujet d'une terre considérable ; il ne s'agissait pas moins que de savoir à qui elle resterait, et on a songé à les marier, pour empêcher qu'ils ne plaident. Ma fllle est veuve d'un nomme qui était fort considéré dans le inonde, et qui l'a laissée fort riche : mais madame la comtesse Dorimont aurait un
voue, ie serais charmée moi-mêmte d'être la mère de madame la comtesse Dorimont, et plus que cela peut-être : car M. le comte Dorimont est eg jasse d'a ller à tout- *,^.C i' y^
DORANTE
Les paroles sont- elles données de part et d'autre?
MADAME ARGANTE
Pas tout à fait encore, mais à peu près:
ma fille n'en est pas éloignée. Elle souhaite-* rait seulement, dît-elle, d'être bien instruits de l'état de l'afifaire, et savoir si elle n'a pas
meilleur droit que M. le comte, afin que, sS elle l'épouse, il lui en ait plus d'obligation; mais j'ai quelquefois peur oue ce ne soit une défaite. Ma flUe n'a qu'un tnSTîaut : c'est que Je ne lui trouve pas assez d'élévation; le beau nom de Dorimont et le rang de comtesse ne la touchent pas assez; elle ne sent pas le désagrément qu'il y a de n'être qu une bourfeoise. Elle s'endort dans cet état, malgré le ien qu'elle a.
DORANTE, doucement.
Peut-être n'en sera-t-elle pas plus heureusQ si elle en sort.
MADAME AROANTE, Vivement,
n ne s'agit pas de ce que vous en pensez gardez votre petite réflexion roturière, et servez-nous, si vous voulez être de nos amis.
MARTHON.
C'est un petit trait de morale qui ne g&te rien à notre affaire.
MADAME ARCIANTB.
Morale subalterne, qui me déplaît.
DORANTE
De quoi est-il question, madame?
MADAME ARGANTE
De dire à ma fille, quand vous aurez vu ses papiers, que son droit est le moins bon ; que, si elle plaidait, elle perdrait.
DORANTE
Si effectivement son droit est le plus faible, je ne manquerai pas de l'en avertir, ma* dame.
▲CTB I^ SCÈNE XI 25
M ADABfE AROANTE, à part, à MorOion,
Hum ! quel esprit borné ! [A Dorante,) Vous :i'y êtes point ! ce n'est pas là ce qu'on vous a dit : on vous charge de lui parler ainsi, indépendamment de son droit oien ou mal fondé.
DORANTE
Mais, madame, il n'y aurait point de probité à la tromper.
MADAME ARQANTE.
De probité ! J'en manque donc, moi ? Quel raisonnement ! C'est moi qui suis sa mère, et qui vous ordonne de la tromper à son avantage, entendez-vous? C'est moi, moi!
DORANTE
Il 7 aura toujours de la mauvaise foi de ma part.
MADAME ARGANTE, à part, à Marthon,
C'est un ignorant ^ue cela, qu'il faut ren« voyer. Adieu, monsieur l'iiomme d'affaires»
qm n'avez fait celles de personne. ' {Elle sort.)
SCÉHI II
DORANTE, MARTHON.
DORANTE
Cette mère-là ne ressemble guère à sa fllle.
MARTHON.
S^ Oui, il 7 a quelque différence, et Je suis A-
26 LES PAUSSES CONFIDENCES
chée de n'avoir pas eu le temps de vous prévenir sur son humeur brusque. Elle est extrêmement entêtée de ce mariage, comme vous voyez. Au surplus, que vous importe ee que vous direz à la nlle, dès que la mère sera votre garant? Vous n'aurez rien à vous reprocher, ce me semble; ce ne sera pas Ut une tromperie.
DORAMTB.
Eh ! vous m'excuserez : ce sera toujours
donc?
HARTHON.
Cest par indolence.
Croyez-moi, disons la vérité.
MARTHON.
Oh ! çà, il y a une petite raison à laquelle vous devez vous rendre : c'est que M^ le comte me fait présent de mille écus le jour de la signature du contrat ; et cet argent-là, suivant le projet de M. Rémi, vous regarde aussi bien que moi, eomme vous voyez.
DORANTE
Tenez, mademoiselle Marthon, vous êtes la plus aimable ûUe du monde; mais ce n'est que faute de réflexion que ces mille écus voua tentent.
MARTHON.
Au contraire, c'est par réflexion qu'ils me tentent : plus l'y rêve, plus je les trouve bons.