DORANTE, ARAMINTE, DUBOIS
DUBOIS
Madame la marquise se porte mieux, madame. (// femt de voir Dorante avec surprise.) Et vous est fort obligée... fort obligée de votie attention.
{Dorante feint de détourner la tête, pour se cacher de Dubois.)
Voilà qui est bien.
30 LES FAUSSES COMVIDENCBf
DUBOIS, regardant toujours Dorante,
Madame, on m'a chargé aussi de vous dire un ixH)t qui presse.
ARAMINTE
De quoi s^g^it-il?
DUBOIS
11 m'est recommandé de ne tous pari.er qu'en particulier.
MnAMMNTK, à DoTonte,
Je n'ai point achevé ce que je voulais vous dire; laissez-moi Je vous prie, un moment, et xevenéz.
8GÉNI HT ABAinNTS, DUBOBB.
ARAMINTE
Qu'est-ce que c'est donc que cet air étonné que tu as marqué , ce me semble, en voyant Dorante? D'où vient cette attention à le regarder?
DUBOIS
Ce n'est rien, sinon que Je ne saurais plus avoir l'honneur de servir madame, et qu'il faut que je lui demande mon congé.
ARAMINTB, surprise.
Quoi ! seulement pour avoir vu Dorante iciî
DUBOIS
Savez-vous à qui vous avez affaixaf
ACTK r, SCtNB XIV M
ARAMÏNTE.
AU neveu de M. Rémi, mon procureur.
DUBOIS
Eh » par quel tour d'adresse est-il connu de madame? comment a-t-U fait pour arriver jusqu'ici?
ARAMINTE
C'est M. Rémi qui me Ta envoyé pour in-i tendant.
DUBOIS
Lui votre intendant! et c'est M. Reml qui vm^a renvoie! Hélas! le bon homme, il ne lait pas qSi à vous donne; c'est un démon que ce garçon-là-
ARAMINTE
Mais aue signifient tes exclamations t Explft-toi; est?ce que tu le connais?
DUBOIS
Si Je le connais,inadame!siie le connais! Ah I vraiment oui; et il me connaît Di^ ÏQsài N'avez-vous pas vu comme û se détonnait, do peur que je ne le visse?
ARAMINTE
n est vrai, et tu me surprends à mon tour.
Serait-U capable de quelque mauvaise action; que tu saches? Est-ce que ce n'est pas un honnôte homme?
DUBOIS
T ui ! il n'v a pas dia plus brave homme dans ♦Y^nîS la terre ; il a peut^tre plus d'honneur Wtout seiJ que ânquante /nonnêtea gens Vsenible. Oh!c^estune probité merveilleuse; g n'a peut-être pas son pareu.
32 LES FAUSSM CONFIDENCES
ARAMINTE
Eh! de quoi peut-il donc être question?
D*où vient que tu m'alarmes? En vérité, j'en Buis tout émue.
DUBOIS
Son défaut, c'est là. (// se touche le front.) C'est èi la tôte que son mal le tient.
ARAMINTE
A la tôte?
DUBOIS
Oui, il est timbré, mais timbré comme cent.
Dorante ! il m'a paru de très-bon sens.
Quelle preuve as- tu de sa folie?
DUBOIS
Quelle preuve! il y a six mois qu'il est tombé fou; il y a six mois qii'il extravaguo d'amour, qu'il en a la cervelle brûlée, qu'il •n est comme un perdu : je dois bien le saroir, car j'étais à lui, le le servais, et c'est ce qui m'a obligé de le quitter, et c'est ce qui me force de m'en aller encore. Otez cela, c'est un homme incomparable.
ARAMINTE, un peu boudant.
Oh! bien^ il sera ce qu'il voudra, mais je ne le garderai pas. On a bien affaire d'un esprit renversé, et peut-être encore, je gag[e, pour quelque objet qui n'en vaut pas la peinel car les hommes ont des fantaisies...