‹ Œuvres choisiesChapitre 60 sur 68 · SCÈNE xa · texte numérisé non relu

SCÈNE xa

LB MARQUIS

Eh bien I c'est que Justement le pis u'j trouve.

LA COMTESSE, par exclamation*

Oui! TOUS aimez ailleurs?

LE MAaquis.

De toute mon âme.

LA COMTESSE, en souriant»

Je m'en sois doutée. Marquis.

LE MARQUIS

Ehl TOUS Ôtea-Tous aussi doutée de la persoime?

LA COBfTBSSE.

Non; mais tous me la direz.

LE MARQUIS

^. Vous me feriez grand plaisir de la de* yiner.

LA COMTESSE

Ehl pourquoi m'en donn<iriez-yous la^ peine, puisque tous voilà?

LE MARQUIS

C'est que vous ne connaissez qu'elle : c'est la plus aimable femme ! la plus franche !...

Vous parlez de gens sans laçon; il n'y a personne comme elle : plus Je la vois, plus je l'admire.

LA OOMTBSSE.

Bponsez-la, Marquis, épousez-la, et laissez là Hortense; il n'y a point à hésiter; vous n'a* vez point d'autre parti à prendre.

LE MARQUIS

Oui, mais je songe à une chose. N'y auraitil pas moyen de me sauver les deux cent mille francs? Je vous parle à cœur ouvert.

LA OOBfTESSE.

Regardez-moi dans cette occasion-ci comme un autre vous-même.

ÏX HABQiUIS.

Ah I qne é^Bt bien dit, un-antremal^nèmet

LA UOMTESSB.

Ce qui me plaît en voue, c'est votre franchise, qui est une qualité admirable. Rtivenons. Gomment vous sauver C66 deux cent mille francs?

LB MARQUIS

C'est qu'Hortense aime \e Chevalier... Mais, à propos, c'est <voti« parent?

LA GOBlTfiaaB.

QhJ panent de loin.

LB MARQUIS

Or, de cet amour qu'elle a pour lui, je conclus qu'elle ne se soucie pas de moi. Je n'ai donc qu'à faire semblant de vouloir l'épouser; elle me refusera, et je ne lui devrai pluaden; son refus me serviia de quittance.

UL OOBfTESSE.

Oni-dà, vouB pouvez le tenter. Ce m'est pas qu'il n'7 ait du risque; elle a du discememenl^ Marquis. Vous supposez Qu'elle vous refusera* Je n en sais rien; vous niâtes pas mi. homme jd, dédaigner.

LE MABQSHB.

BSst-il vrai?

LA COMTBSSE.

C'est mon sentiment.

LB MARQfUIB.

Vous me !fiattez, vous encouragez ma fran« chise.

LA 0OMTE3SS.

Vous encouraçez ma franchise ! Mais mettez-vous donc dans l'esprit que je ne demande qu'à vous obliger, entendez-vous Y et que cela soit dit pour toujours.

LE MARQUHS.

Vous me ravissez d'espérance.

CA GOMTESSflK

Allons par ordre. Si Hortense allait tous wendkteau mot?

LBT MARQUW.

J'empare que non : en tout caiB» je' lui pftft^ sais sa somme, pourvu qu'auparavant h, pe^ 'Bonne qui* a pris mon cœur ait la bont^ dé me dire qu'elle veut bien éé moi.

LA OOSffBSSB'.

Hélas ! elle serait donc bien diffleilet HaAi( Marquis, est-ce qu'elle* ne sait pas que vous raimes?

Ll »AIE«9UI8*

Non, vraiment; je n'ai pas» esé lie kd dinn

LA OOlffSBaSI.

Bt !• tant par timidité, Ohi! en i/iérité, eTest la pousser trop loin. Et, tout »aiie que je taÛM des bienséanees^ je ne voua approuve pas : ce nfaatpaa se renidre justice.

LB. MARQUIS

EUe est si sensée, qjuej'ai peur d'elle. Vous m» conseillez donc de lui en. parler?

LA 00lfTSSS&

Eh ! cela devrait âtre fait Peut-être vous attend-elle. Vous dites qu'elle est sensée; que crugnez-vous? Il est louable de penser mor destement de soi ; mais, avec de la modestie, on parle, on se propose. Parlez, Marquis; parler, tout ira bien.

•«•Héla»! fli' vous snvies (jak o^est, ronm ne m'exhorteriez partant. Qi levous êtes heureuse âè« n'aimer rieo, et de môpriâer l'amour L

LA COMTBSSB.

Moi, mépriser ee qn'U y a au monde de plus^»

IMfturel ! cela ne* serait ^as raisonoahle. Ce B-'est pas ramour,ce sont les amants tels qu'ils float la plupafftrQue je méprise, et non pas le

■entiment qui fait qu'on aime, qui n'a rien en 0ol que de fort honnôte et de fort involontaire : c'est le plus doux sentiment de la vie, comment le halrais-]e? Non, certes; et il y a tel homme à qui je pardonnerais de m'aimer a'il me l'avouait avec cette simjplicitéde caractère, tenez, que jelouais tout à l'heure en vous.

13 MARQUIS

Bn effet, quand on le dit naïvement comme on le sent

LA. COBfTBSSE.

n n'y a point de mal alors : on a toujours bonne grtce ; voilà ce que je pense. Je ne suis pas une &me sauvage.

LE ICARQUIS.

Ce serait bien dommage! Vous avez la plus belle santé!...

LA. ooifTBSSB, à part.

n est bien question de ma santé. {Haut) G*est l'air de la campagne.

LE MiJlQUIS.

L'air de la ville vous fait de même. L'œil le plus vif, le teint le plus frais!

LA COMTESSE

Je me porte assez bien. Mais savez-vous bien que vous me dites des douceurs sans y penser?

LE MARQUIS

Pourquoi sans y penser? moi, j'y pense.

LA COMTESSE

Gardez-les pour la personne que vous aimei.

LE MARQUIS

Eh! si c'était vous, il n'y aurait que faire de les garder.

' LA COMTESSE

Ck)mment ! si c'était moi ! Est-ce de moi dont il s'agit? Qu'est-ce que cela sifimifie? Estce une déclaration d'amour que vousme faites?

8CÈN8 XII 141

LB ICARQUIS.

Oh! point du toutl Mais, quand ce serait Tous^. il n*est pas nécessaire de se fâcher. Ne diraitK>n pas que tout est perdu? Calmeztous; prenez que je n*aie rien dit*

UL GOMTESSB.

La belle chute! Vous êtes bien singrilier,

LB MARQUIS

Bt TOUS, de bien mauvaise humeur. Eh 1 tout à l'heure, à votre avis, on avait si bonne grftce à dire naïvement qu'on aime. Voyez comme cela réussit! Me voilà bien avancé!

UL OOMTBSSB.

Ne le voilèi-t-il pas bien reculé! A qui en avez-TOUS? Je vous demande à qui vous parlez.

LB MARQUIS

À personne, madame, à personne. Je ne vous dirai plus mot : ôtes-vous contente? Si vous vous mettez en colère contre tous ceux qui me ressemblent, vous en querellerez bien d'autres.

LACOMTBSSB, à part.

Quel original! (Haut.) Eh! qui eit-oe qili TOUS querâlet

LB MARQUIS

Ah! la manière dont vous me refusez n'est pas douce.

LA COBfTBSSB.

Allez, vous rôvez.

LB MARQUIS

Courage ! Avec la qualité d'original dont vous venez de m'honorer tout bas, il ne me manquait plus que celle de rêveur : au surpl^oa je ne m'en plains pas. Je ne vous conviens point, qu'y faire? Il n'y a plus qu'à me taire, et je me tairai. Adieu, Comtesse; n'en soyons pas moins bons amis, et, du moins, ayez 1»

im Ur LBG6

<>onté de m*aider à me tirer d'affaire ayee HDltanse* (1/ s'éioigne comme povr Bortktr^

fiA eoBTTBsaB;^ à eltk*fnéme, QatA homme! Cèlui-ei' ne m'ennuier» |m»

du récit de mes rigaeursv J'aime les œenatmiB^ pies et unis; mais, en. véritô, eelui-làfest trop.

SCÉNI 11II lA COiCTBaSE». LB MARQUIS, HORTBNSE.

■Murawsn,. arrêtant le Marquis prêt à sortir.

Monsieur te Marquisv je vous pnev JMt tous en allez pas : noua avons h nous parler» et madame peut être présente.

LB MABQUIS.

Comme vous voudrez, madame.

HORTENSE

Vbua savez ce dont il s'agit.

LB BfARQUia^

Nbn, ]0 ne saia pas ce que c'ealt; Je 110 m'en. souviens plus.

HORTBNSB.

YouAradisuBj^enez! Je me flaifctais q^ev.oas seriez le premier et rompre le silence. II. est. humiliant pour mold'ôtra obligée de vous prévenir. Avezrvous oublié qu'il y a un testament qui' nous regarde?

LE MABQUIS.

Oh! oui; je me souviens du testament*.

HORTENSE

£t,qiii dispose ùe ma main en votre faveur t

LE MARQUIS

Oui, madame, oui; il faut que je vouaépous^ CEibi est vrai.

HORTBNSB.

Eh bien! monsieur, àq^ioi vous déterminez*t«u0? Il est temos de ûxer mon état. J« n».

8C%NE XIY lis

Tons OEche poîiït que voue «vez ira Tîval :

c'est le Chevalier, qui est parent de madarao, aue je ne vous préière ^las, mais que je propre a tout autre, et que j'estime mm&i pottr ea faire mon époux, si vous ne devenez pas le mien; c'est ce que je lui Ai dit jusqu'ici; etj jCQmmeilm!assiire avoir desjraisous pressantes ^savoir, aujourd'hui mâme, à^oi s'en t*eqir, fe nSai pu'luiTeftuser de voias paTler. Moa« sieur, le congédierai-jq, ou non? Que voulezvous que je lui dise? Ma main est à vous» si vous la demandez.

LB VARQiinS.

Voue me faites'bien de la gi^oei jela preoûa^: mademoiselle.

HORTENSS.

Voilà qui est donc arrêté? Nous ne sommes gu*& une Ijeue de Paris; il est de bonne heure ; finvoyons chercher un notaire.

SGÉNB XIV

LISETTE, entrant (Pun côté, LA COMTEfVSB, HORTEÏ^B, LE CHKVALIER, «itérant de Vautre côté, LE MARQUIS.

HORTBNSS.

Voici Lisette; je vais lui dire de nous foirs Tenir L'Épine. Lisette, on doit ) casser un contrat de mariage entre M. le Marquis et mol; il veut tout à r heure faire partir L'Epine pour amener son notaire de Pans ;iiyez lia boim de lui dire qu'il vienne recevoir ses ordres.

LISETTB.

J^ cours, Tnadame. {EUe va pour sortir^

LA. COMTESSE, torrétfmt.

Où allez-vous? Entait de mariage Je neveux ni m'en mOler, ni que mes gens s^en m%lMtt«

LISETTE

Moi, 06 n'est ^iie pour vendre «erviOB.ire«

nez, Je n'ai que faire de sertir, je le vois sur la terrasse. (Èile appelle.) Monsieur de rÉpinel

LA OOMTBSSB, à part.

Cette sotte!

IGlil IT

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