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uvres choisies illustrées

Publié en février 1823, Han d'Islande avait été commencé plus d'une année et demie auparavant.

■ Au mois de mai dernier — écrivait le jeune poète en 1822 ', — - le besoin d'épancher certaines idées qui me pesaient et que notre vers français ne reçoit pas, me fit entreprendre une espèce de roman en prose. J'avais une âme pleine d'amour, de douleur et de jeunesse, je n'osais en confier les secrets à aucune créature vivante ; je choisis un confident muet, le papier... Je voulais peindre une jeune fille qui réalisât l'idéal de toutes les imaginations fraîches et poétiques, afin de me consoler tristement en traçant l'image de celle que j'avais perdue et qui ne m'apparaissait plus que dans un avenir bien lointain. Je voulais placer près de cette jeune fille un jeune homme, non tel que je suis, mais tel que je voudrais être... » Celle qu'il avait « perdue » c'était sa future femme, MUe Adèle Foucher. dont la volonté de sa mère, à lui, l'avait séparé (avril 1820) encore plus que la volonté de M. Foucher. X'était-il pas trop jeune2, trop pauvre aussi, pour se marier? Et MUe Foucher, fille d'un chef de bureau au ministère de la guerre, était sans dot !... Elle avait un an de moins que celui qui l'adorait et qu'elle aimait. Il la peignit dans Han d'Islande sous le nomd'Ethel, en se peignant lui sous le nom d'Ordener. Et disons-le tout de suite : bien qu'assez pâles,

1. Victor Hugo raconte par un témoin de sa vie, ch. xxxvu et Lettres <i lu Fiancée. î. Tout le monde sait que Virtor Hugo naquit en 1802.

les amours d'Ethel et d'Ordener sont la seule chose qui soit touchante dans ce roman curieux par endroits mais extravagant et même plein de monstruosités '.

( ta lit encore, dans la lettre citée par le « témoin » : « Ce roman était un long drame dont les scènes étaient des tableaux, dans lesquels la description suppléait aux décorations et aux costumes. Du reste, tous les personnages se peignaient par eux-mêmes ; c'était une idée que les compositions de Walter Scott m'avaient inspirée et que je voulais tenter dans l'intérêt de notre littérature... » Enfin: « Je le commençais à peine, quand un affreux malheur vint disperser toutes mes idées et anéantir tous mes projets... •■ Ce malheur (juin 1821), c'était la mortdeM""' Hugo, cette «mère vendéenne » dont le poète des Feuilles d'automne a immortalisé la mémoire si tendrement. I e travail interrompu ne fut repris qu'après le mariage de l'auteur (octobre 1822). Quant à l'imitation de Walter Scott, ce n'est pas la seule à relever dans Han d'Islande. M. Edmond Biré-en a signalé deux autres : celle d'un romancier irlandais, Maturin 3, l'auteur alors en vogue de la Famille Montorio et de Melmotk, qui avait mis à la mode « le genre frénétique », et celle de Charles Nodier, qui avait donné, en 1820, LordRuthwen ou les Vampires. Qu'est-ce que Han ? Un anthropophage, et qui boit, dans un crâne, outre « le sang des hommes », « l'eau des mers ». 11 vit seul, clans la grotte de Walderhog (en Norvège, à la fin du dix septième siècle), avec un ours blanc. Ses crimes sont innombrables. Il est la terreur de la Norvège, et cependant c'est un « petit homme ». Il finit par mourir châtié, mais volontairement et après avoir allumé un dernier incendie, qui brûle une aserne et fait périr quantité de soldats. « Ma nature est de haïr les hommes, dit-il ; ma mission de leur nuire. » Bref, c'est le premier des monstres créés par Victor Hugo. — Des personnages secondaires, le vieux Spiagudry, gardien de la morgue de Drontheim (où se passe la première scène du roman), et le bourreau Orugix, ajoutent au macabre du livre, en des chapitres d'une horreur pittoresque assez amusante parfois. Et l'on a pu justement noter : •> Si l'on pense qu'au même moment Hugo écrivait Louis XVII et Jéhorah •, que pendant plusieurs années encore il devait refuser tout sens à l'expression de « romantique «, on ne laissera pas d'être quelque peu étonné de voirie défenseur... des théories classiques écrire un roman comme Han d'Islande ■• »,

Non moins juste, d'autre part, la remarque faite par M. Biré que ceroman est, au fond. « un roman de chevalerie, un de ces romans de la Table ronde, dans lesquels le héros allait, au travers des plus effroyables dangers, arracher à quelque génie terrible le talisman qui devait lui ouvrir les portes du château fort où gémissait sa dame " ». Le château fort, c'est, ici, la forteresse de Munckholm, bâtie sur une masse de rochers, au milieu du port de Drontheim. et dans laquelle a été enfermé, avec sa fille Ethel, l'ex-grand chancelier Schumacker, victime irréprochable. Pour achever de le perdre, son ennemi et successeur, le comte d'Ahlcfcld, et le secrétaire de celui-ci,

1. Q tu- opinion, d'ailleurs, est à peu près celle qu'exprimait l'auteur dans la préface d'une nouvelle érlition de l'ouvrage, en 1833. « Han d'Islande, disait-il, est un livre de jeune bomme, et de très jeune homme... Ii n'y a dans Han d'Islande qu'une chose sentie, l'amour du jeune homme; qu'une chese observée, l'amour de la jeune fille. Tout le reste 1 -I de\ ni'', t'est-à-dire inventé, car l'adolescence, qui n'a ni faits, ni expérience, ni échantillons derrière elle, ne devine qu'avec l'imagination. Aussi Han d'Islande, en admettant qu'il vaille la peine d'être classé, n'est-il guère autre chose qu'un roman fantastique. >

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