Flaccus, c'est-à-dire Horace désigné par son surnom
autour d'un trou dans la terre, chassant des billes avec le pouce, se disputant des liards, irresponsables, envolés, lâchés, heureux : et, dès qu'ils vous aperçoivent, ils se souviennent qu'ils ont une industrie, et qu'il leur faut gagner leur vie, et ils vous offrent à vendre un vieux bas de laine plein de hannetons ou une touffe de lilas. Ces rencontres d'enfants étranges sont une des grâces charmantes, et en même temps poignantes, des environs de Paris.
Quelquefois, dans ces tas de garçons, il y a des petites filles, — sont-ce leurs sœurs ? — presque jeunes filles, maigres, fiévreuses, gantées de hâle, marquées de taches de rousseur, coiffées d'épis de seigle et de coquelicots, gaies, hagardes, pieds nus. On en voit qui mangent des cerises dans les blés. Le soir on les entend rire. Ces groupes, chaudement éclairés de la pleine lumière de midi ou entrevus dans le crépuscule, occupent longtemps le songeur, et ces visions se mêlent à son rêve.
Paris, centre, la banlieue, circonférence ; voilà pour ces enfants toute la terre...
Ecce Paris, ecce homo '.
... Pour tout résumer... le gamin de Paris aujourd'hui, comme autrefois le graeculus - de Rome, c'est le peuple enfant ayant au front la ride du monde vieux.
Le gamin est une grâce pour la nation, et en même temps une maladie. Maladie qu'il faut guérir. Comment? Par la lumière. * La lumière assainit.
La lumière allume.
Toutes les généreuses irradiations sociales sortent de la science, des lettres, des arts, de l'enseignement. Faites des hommes, faites des hommes. Éclairez-les pour qu'ils vous échauffent. Tôt ou tard la splendide question de l'instruction universelle se posera avec l'irrésistible autorité du vrai absolu ; et alors ceux qui gouverneront sous la surveillance de l'idée française auront à faire ce choix : les enfants de la France, ou les gamins de Paris, des flammes dans la lumière, ou des feux follets dans les ténèbres...
I. Titre du chapitre : « Voici Paris, voici l'homme ?. Le Grec, et ici, évidemment, le petit Grec.