‹ uvres choisies illustréesChapitre 137 sur 240 · LA CHAISE GILDHOLM'UR · texte numérisé non relu

LA CHAISE GILDHOLM'UR

Ce serait vainement qu'on chercherait aujourd'hui, dans l'anse du Houmet, la maison de Gilliatt, son jardin, et la crique où il abritait la panse. Le Bu de la Rue n'existe plus. La petite presqu'île qui portait cette maison est tombée sous le pic des démolisseurs de falaises et a été chargée, charretée à charretée, sur les navires des brocanteurs de rochers et des marchands de granit. Elle est devenue quai, église et palais, dans la capitale Toute cette crête d'écueils est depuis longtemps partie pour Londres.

Ces allongements de rochers dans la mer, avec leurs crevasses et leurs dentelures, sont de vraies petites chaînes de montagnes ; on a, en les voyant, l'impression qu'aurait un géant regardant les Cordillères. L'idiome local les appelle banques. Ces banques ont des figures diverses. Les unes ressemblent à une épine dorsale, chaque rocher est une vertèbre ; les autres à une arête de poisson , les autres à un crocodile qui boit.

A l'extrémité de la banque du Bû de la Rue, il y avait une grande roche que les pêcheurs du Houmet appelaient la Corne de la Bête. Cette roche, sorte de pyramide, ressemblait, quoique moins élevée, au pinacle de Jersey. A marée haute, le flot la séparait de la banque, et la Corne était isolée. A marée basse, on y arrivait par un isthme de roches praticables. La curiosité de ce rocher, c'était, du côté de la mer, une sorte de chaise

i. Ou joal ou jas, nom donné à deux pièces de bois que l'on cheville à la tige de l'ancre pour la faire tomber sur le bon côté au fond de l'eau.

2. L'ancre cabane quand c'est le jas qui est vertical sur le fond, et non les pattes de l'ancre.

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